
À 13 ans et demi, Maurice Dumont témoigne au travers de son journal intime de la folie galopante de sa mère Ginette et de l’indifférence alcoolique de son père Edmond, dans une maison sans électricité du nord de la France dans les années 30.
Les premières lignes du texte plongent sans préambule dans le calvaire du garçon, dont le pouce de la main droite a été sectionné par sa mère pour l’empêcher d’écrire. Baignant dans la misère sociale et intellectuelle, Ginette dans sa détresse psychologique est manipulatrice, son traumatisme oblitérant sa lucidité pour transmettre son délire à son fils et le charger d’une culpabilité essentielle aux dimensions mythiques d’intentions meurtrières prénatales. Ayant perdu Jacques, le jumeau de Maurice, découvert à sa naissance étranglé par le cordon ombilical, Ginette fait partie des Mères Noires, club secret de vieilles femmes qui ont survécu à leur progéniture et se réfugient dans un occultisme de pacotille. La suggestion cruelle comme un empoisonnement de l’identité engage un processus de dissociation chez Maurice, qui mène à une étrangeté schizophrène et un flottement hypnagogique aux conséquences concrètes d’incarnation de la tragédie œdipienne. La narration à la première personne garantit l’immersion jusqu’à l’étourdissement dans ce théâtre des horreurs, communiquant l’intensité d’une innocence enfantine étouffée par la maltraitance et le naufrage pathologique d’une mère, l’inspiration littéraire du fantastique soulignant, au lieu de brouiller les pistes, le réalisme sous-jacent hérité des sciences humaines.