
Pour finir leur croisière asiatique en amoureux, Arnaud Stolognan et Florène Lafouge aboutissent en Birmanie. Dans un magasin d’antiquités de Rangoon, le couple est intrigué par une grande malle faite d’un bois sombre gorgé de sève et qui semble vivant, puis ils sont enlevés et emmenés dans le nord du pays par un gang à la solde de la Swanson Company dont le domaine d’activité est l’exploitation forestière, Florène se retrouvant victime d’une confusion avec Marine Touraine, médecin spécialiste de la lèpre attendue auprès d’une des trois sœurs Swanson à la tête de l’entreprise éponyme.
François Sarkel exauce son souhait de clôturer sa trilogie chez Rivière Blanche douze ans plus tard. Pour une fois, Florène est présente dès le départ mais elle va être mise de côté à la moitié du livre au profit de Clydie Swanson qui embarque Arnaud dans la véritable aventure, retrouvant une jungle similaire à celle de La Vallée Truquée, une guérilla révolutionnaire ici incarnée par les autonomistes du Z. H. Y. et une tribu d’indigènes aux croyances magiques animistes. La nature des arbres appelés latens qui dévorent les corps est d’abord présentée comme la résurgence fantastique d’une terrible malédiction mais l’explication surgit vite d’un élément science-fictif, introduisant les travaux d’un savant fou en biologie végétale et rejoignant la dimension mutagène présente dans Les Chasseurs de Chimères. La mise en scène des objets manufacturés doués d’une volonté rudimentaire amène des scènes comiques, plus amusantes que l’humour habituel entre les personnages toujours goguenards, et à l’inverse la transformation xylomorphe des humains introduit par contraste une horreur biologique de sérieux tragique et de terreur épidermique causant des plaisanteries ironiques. Finalement, après sa conclusion apocalyptique des luttes sociopolitiques locales dans un massacre aux accents gore, François Sarkel entérine le portrait de ses deux personnages emblématiques en confirmant leur égocentrisme respectif et incompatible dans le mensonge et la vulnérabilité psychologique, le satyriasis pour Arnaud et la kleptomanie pour Florène qui confèrent rétrospectivement une lecture assez sombre de toute la trilogie.