
Alerté par une fusillade sur le pas de porte de sa demeure en Lozère, Arnaud Stolognan découvre gisant blessé le professeur Hubert Sarlon, éminent égyptologue rencontré lors d’une enquête passée, auprès de sa jeune nièce Miquette apeurée. Les malfrats mis en fuite et le vieil homme soigné, l’aventurier est engagé pour retrouver un mystérieux homme-faucon, sosie du dieu Horus, qui rôde autour du camp retranché de l’agence Teratos organisant des safaris dans le Grand Nord canadien pour chasser des espèces génétiquement mélangées.
Se déroulant six mois après La Vallée Truquée, cette nouvelle mission est plus étayée, rompant avec le début en trombe au Pérou qui permettait la surprise de l’irruption de l’élément science-fictif, alors qu’ici la révélation de l’enjeu cynégétique hors du commun survient dès le début. La construction de l’histoire est beaucoup plus classique dans sa gradation et l’attirance centripète planifiée vers la source des mutations, le centre de recherche et le camp dirigé par le colosse Robert Gramont à la physionomie hésitant entre un ours et un orang-outan. L’animation du récit repose sur le duo formé par Arnaud et Miquette que les chamailleries continuelles rendent plus immature comparé à la relation du héros avec Florène Lafouge, constat vérifié et amplifié par son apparition sous l’identité de Carole Garbo un peu après la moitié du livre, inaugurant des dialogues puérils et caricaturaux. L’humour est donc différent en se focalisant sur un trio qui n’a rien à voir avec celui du tome précédent, remplaçant une cantatrice revêche par une adolescente aguicheuse pour troubler la relation entre le Français et la Québécoise. Cette situation permet par contraste de décupler l’intensité de l’horreur biologique et de l’émotion autour des hybrides prisonniers, cobayes malheureux suscitant une empathie monstrueuse, comme le dieu Horus ou Quenotte l’homme-castor. Moins amusant que le premier tome, celui-ci est tellement plus terrible et concret par rapport aux extra-terrestres du Pérou qu’il distille une tension phobique dans tout son déroulement avec efficacité dans des scènes mémorables.
Le problème dès le départ provient du personnage de Miquette, fille mineure qui s’amuse à embrasser plusieurs fois par surprise Arnaud jurant sa réprobation tout en la trouvant sacrément attirante, et la blague dérisoire en conclusion consiste à annoncer que le jour de la fin de leur mission correspond à son dix-huitième anniversaire.