
Dans Intérieur nuit / extérieur jour, Mark Giordano vit enfermé depuis sa naissance dix-neuf ans plus tôt, sujet d’expériences observé en permanence au gré de ses mutations. Cette nouvelle permet de déployer les thèmes de l’enfermement, de l’illusion, de l’effondrement de la civilisation, de la guerre inhumaine, de la science militarisée et de l’instrumentalisation nationaliste de l’individu dans un pessimisme absolu.
Dans Une dernière fois le temps battit des ailes, Marc Albert fait partie d’une équipe de scientifiques travaillant sur le déplacement temporel vers l’avenir guidé par un flux d’hyperchronons, faisant des essais infructueux et juste avant la clôture forcée du projet, il décide de tenter un saut d’un siècle en avant. Ce texte en assénant avec ironie le principe de réalité éradique un idéalisme qui ne cachait qu’une lassitude désabusée.
Dans La Muraille Occident, Wally Mestriano du haut de ses quatorze ans découvre sa mission de défenseur dans la Muraille Occident, son lieu d’affectation dans le Labyrinthe et la vie en commun dans sa section, l’attente interminable à son poste de surveillance derrière une meurtrière et son fusil sur la ligne de défense barrant une plaine déserte. Cette longue nouvelle montre le conditionnement d’une société misérable à la posture xénophobe ancrée, dénonce la vacuité simpliste de la guerre aveugle, devient intimiste dans l’expression d’une forme d’immaturité enfantine et de la sensualité de la femme africaine qui se retrouvent dans certains textes de l’auteur.
Dans Brouillage psi, le Réseau qui connecte une grande partie de l’Humanité pour vivre les fragments d’autres vies, via un transport de données encéphaliques, a soudain des ratés sous la forme de connexions spontanées et anarchiques causant des millions de morts incongrues, après seize ans de bon fonctionnement. Cette nouvelle met en scène la chute d’un monopole capitaliste, incarné par Harrison de Wrangel à la tête de l’hypernationale ComTot, et la libération ironique de la domination technologique de l’espèce humaine.
Dans De longues vacances en perspective, un homme se réveille nu et amnésique au milieu d’un désert, s’écroule sous la chaleur pour se retrouver dans une oasis habitée par un peuple muet qui pourvoie à tous ses besoins. Cet enfermement à l’air libre, en dehors de l’espace et du temps, ressemble à un sauvetage une fois que sa femme l’a rejoint et que leurs cauchemars de fin du monde commencent à faire sens.
Dans Androsaurus, Franti est projeté au Crétacé Supérieur depuis le Terminal de Transtemps assailli par une manifestation pour la protection des dinosaures et tombe sur un Tyrannosaure, alors qu’une loi abolitionniste sur la chasse temporelle est sur le point de passer. Alliant trois thèmes chers à l’auteur (voyages dans le temps, dinosaures et chasse), cette nouvelle déploie avec ironie un glissement de point de vue par la subtile influence de la causalité temporelle.
Dans Le futur t’attend !, l’acteur vedette en 2087 Phil Mancini se rend au studio pour tourner un holo-film sur la paysannerie du début du XXe siècle. Cette histoire de translation temporelle combine une poésie subjective et onirique à un voyage objectif dans l’Histoire qui forment l’expérience de la parfaite antithèse du désastre futuriste.
Comme signalé dans la Brève introduction, aucun texte n’est inédit, Jean-Pierre Andrevon y applique des ajustements cosmétiques légers qui n’empêchent pas les coquilles, ajoute un dessin en noir et blanc par nouvelle et la couverture en couleur, choix très personnel du contenu représentant une époque (années 70 et 80) et les principales obsessions de l’auteur dans une singulière cohérence.