Tempête sur Goxxi – Maurice Limat

Le commandant Peraz a dérouté le Condor pour se poser en catastrophe sur Goxxi, une mystérieuse planète orageuse, puis se rend dans une caverne pour dupliquer un énorme diamant volé, tirant parti de l’action combinée du minerai constituant les parois et la foudre qui le frappe. Le reste de l’équipage, constitué du second Claudio Falkim, du commissaire Robin Muscat de la Police Interplanétaire, du chevalier Coqdor accompagné par Râx le pstôr de la planète Dzô mi-bouledogue et mi-chauve-souris, du vieux physicien Calixtel, de la psychotechnicienne Wania Hond et de l’hydrocosmographe Martien Kim Hatt, part à la recherche de Peraz et retrouve son cadavre en double en plus des deux diamants.
La science fiction d’aventure qui caractérise le cycle de Bruno Coqdor est parcourue dans ce treizième tome par un esprit polar plutôt agréable, même si le whodunit tombe à l’eau au bout de trois pages avec un minimum de jugeote et se trouve malgré tout artificiellement maintenu, reste le mobile du meurtre. L’équilibre entre l’action et l’exposition est réussi dans l’ensemble, mettre Coqdor le chevalier de la terre un peu en retrait reste une bonne idée mais le récit montre vite ses limites et les approximations abondent. D’abord le grand Coqdor, en dehors de ses transes ondioniques, n’a pas eu l’intuition une seconde du sabotage de la mission au début par le commandant puis de la trahison du docteur Calixtel imbuvable avec tout le monde (et le super-flic des étoiles non plus), le fait que Peraz ignorait de qui Falkim était le fils parait improbable, Râx est aussi insignifiant qu’un gadget de l’aveu même de Maurice Limat (dans sa tendance à moquer ses propres choix narratifs) qui va quand même le mobiliser pour le dénouement, Wania Hond l’unique personnage féminin (Xazz de la planète Oolikz du monde du Bélier et son visage simiesque ne compte pas vraiment) est victime du sexisme de ses compères qui lui rappellent sans cesse que sa place n’est pas dans l’action, les concepts scientifiques farfelus s’imposent entre les rayons verts qui changent le métal et les hommes en pierre lors de l’escale sur la planète molle en formation ou l’usage unique de la duplication et sa neutralisation aussi improbable qu’injustifiable, la dénomination illogique de chimère par Maurice Limat pour désigner l’original et son double alors qu’il devait surtout penser au doppelgänger ou au mythe platonicien de l’androgyne. Par contre, la dialectique de l’inquiétante étrangeté devant le miroir offre un traitement psychologique intéressant chez Falkim, beaucoup moins chez Wania en objet sexuel et chez Kim en Narcisse abruti. Lire ce roman de divertissement simpliste est comme une archéologie d’un pan de la société des années 60.

Laisser un commentaire