Nos plus beaux effets 3

Dans Celui qui aimait les Gore de Automne, Lewis décide de reproduire dans la réalité l’intégralité des couvertures de la collection Gore. Cette idée lumineuse joue avec malice sur la mise en abyme autoréférentielle de la concrétisation d’œuvres imaginatives et sur les fantasmes des détracteurs de cette littérature qui la considèrent comme élément déclencheur d’un passage à l’acte.
Dans Une question de goût de Erwan Bargain, la surpopulation et la menace de famine poussent les gouvernements à autoriser la filière de la boucherie humaine, permettant à Simon de trouver un travail qui améliore l’ordinaire. Les plantes et les insectes qui constituaient l’ordinaire au moins ne permettaient pas de s’y identifier.
Dans Quinze minutes de retard de Gérard Baste, Lionel se retrouve coincé dans les toilettes automatiques de la gare de Saint-Brieuc.
Dans Un couple idéal de Lamberto Bava, Kate et John passent leurs premières vacances ensemble en tant que couple marié à Rome. L’ambiance pesante d’une violence larvée se nourrit de visions mythiques et tragiques pour épouser une dimension antique brutale et onirique.
Dans L’antiquaire de Sébastien Bouchery, Elmar Nagel accueille dans son magasin d’antiquités Doram Finkel qui s’intéresse à un jeu de dominos en os. Cette nouvelle vire vite dans le macabre en transposant symboliquement le tourbillon de haine et les exactions glauques et déshumanisantes perpétrées par le régime nazi.
Dans Une ballade nord-irlandaise de Frank Falk, un commando de la Bloody Sunday Unit dirigé par la légende Pete Flynn se réfugie dans le parc forestier de Glenariff après avoir commis un attentat devant un hôtel de Leeds. Cette histoire de fantômes cultive une ironie mordante face à la violence aveugle du terrorisme.
Dans Les abîmes de la perdition de Julie Fouret, Adam se réveille incorporé à une structure complexe formée de cadavres pourrissants. Cette nouvelle explore avec exubérance la folie religieuse et la rédemption par la constitution d’une cathédrale charnelle souterraine, enchevêtrement infernal monstrueusement articulé.
Dans Rage against the Machine de Hellrick, Arno participe à une séance de Rage Room avec trois de ses collègues dans le cadre d’un après-midi annuel de team-building dans sa nouvelle entreprise. Cette exagération psychosociologique crédible du monde du travail exprime le cynisme corporatiste par la cohésion d’une complicité crasse, du sentiment d’appartenance et de la part d’humanité qu’il faut perdre pour ne pas être remplacé par l’Intelligence Artificielle.
Dans Tokyo Bubble de Benoît Herbet, une infection éclate parmi des touristes français dans un hôtel à capsules. Ce texte au rythme effréné s’inscrit dans la tradition de l’horreur biologique à base de débordements torrentiels d’humeurs et de parasitisme surnaturel glissant vers un complot lovecraftien.
Dans Ils marchent la nuit… de Hervé Hernu, Timéo part en vacances dans le sud avec ses parents et se fait des amis, parmi les enfants du camping naturiste, qui commencent à disparaitre. Cette nouvelle, en lien avec Les Voraces de Hervé Hernu et Gaylord Kemp, adopte un point de vue juvénile pour décrire une sorte de secte occulte adepte de rites sacrificiels.
Dans 1234 de Aaron Judas, un guitariste chanteur participe à une audition pour fonder un groupe de rock surnaturel. Cet hommage à la musique diabolique prouve qu’elle consiste en un commerce d’âmes damnées.
Dans Salle 5 – Réveil impossible de Olivier KrauQ, David assiste consciemment au prélèvement de ses propres organes. Cette illustration de l’impuissance ultime montre que la douleur physique n’est pas la plus grande concevable.
Dans L’Homme Pliable de Joe R. Lansdale, trois amis d’humeur festive le soir d’Halloween s’attirent l’animosité d’un groupe de nonnes hideuses à bord d’une voiture noire qui engage la poursuite. Se réclamant d’une légende, cette histoire de traque fantastique atteint une exubérance assez surréaliste dans sa modernisation.
Dans Miss Tronc de Edward Lee, Spooky était mannequin avant de sombrer dans la drogue et se faire couper les deux bras sur ordre d’un mafieux irrité par son caractère et pour qui elle est devenue star de porno scato. A force de dépendances en tous genres, son destin lui échappe inexorablement dans cette fable pittoresque d’un comique déjanté.
Dans Tattoo de Nicola Lombardi, Gianluca est guidé par un prospectus chez Mephisto Tattoos pour se faire enlever le crâne confédéré qu’il ne supporte plus sur son épaule gauche. Cette nouvelle tire son intensité de la difficulté à accorder sa confiance à un inconnu censé être un artiste et de la crainte d’un ratage qui se transforme en boucherie incontrôlable.
Dans Bâtard de Meg Maine, Capucine attend le retour de Benoît l’infidèle, cachée dans son garage et armée d’un taser. Cette histoire dans la tradition de la vengeance et de la torture s’enrichit nécessairement d’une complexification psychopathologique.
Dans Le Monarque de Fabio M. Mitchelli, le Docteur Victor Lehmann extraie des dents en or des cadavres qu’il autopsie pour se rapprocher du souvenir du sourire de sa grand-mère décédée. Cette nouvelle se base sur la porosité entre le récit de fantômes vengeurs et la réalité illusoire d’une dimension cathartique.
Dans Masques de Armando Munoz, Carmen Juarez se retrouve coincée en période de pandémie dans un bus après un accident et voit qu’un homme s’amuse à infecter toutes les personnes présentes, l’une après l’autre. Ce texte engagé contre la racisme et l’immoralité met en scène une leçon par la mise en valeur de l’unité citoyenne et de l’altruisme de l’héroïne soucieuse de la santé de sa famille.
Dans Artefact (n°37) de Duncan Ralston, un groupe d’amis alimente leur site internet Filthy Lessons avec des vidéos de viols pré-arrangés de jeunes femmes dans le besoin et tente d’oublier le meurtre de l’une d’elles, ramassée après la séance par un tueur en série. Cette vengeance d’outre-tombe tourne autour du monde numérique et les activités paranormales s’ajoutent à la possession.
Dans Les Invités de Andy Rausch, Troy se demande après une journée à fumer de l’herbe quel goût pourrait avoir la chair humaine et se dit que s’occuper de son meilleur ami Chunk toujours fourré chez lui serait une bonne solution de facilité. L’anthropophagie est ici traitée en toute simplicité culinaire, en accord avec le degré d’intelligence de la victime et l’improvisation comique du méfait.
Dans Sous le biseau de Lonnie Schootswater, un homme aux fantasmes nécrophiles se faufile avec une prostituée sous l’estrade de la guillotine pour la bagatelle. Ce texte de poésie décadente fait revivre la déliquescence de la période révolutionnaire et la putrescence qui résulte de son industrie de mort.
Dans La Cabane de Alan Shivers, Erik accepte lors d’un séjour chez la grand-mère d’Arnaud d’essayer de comprendre son obsession pour la spiritualité afin de sauver leur couple. Cette nouvelle illustre la manipulation démoniaque, le retournement (upside down) des valeurs et la trahison incarnés par le luciférisme.
Dans Œil pour œil de Bérénice Spera, trois femmes victimes de viol retrouvent un agresseur pour un retour de bâton.
Dans R.I.P. Poker de Jo Stain, quatre joueurs endettés sont conviés dans un casino clandestin pour essayer de se refaire, sachant que chaque défaite vaudra chair. Cette histoire d’un humour ironique montre que les flambeurs perdent toujours à la fin.
Dans Vincent Van Gore de Vincent Van Gore, un écrivain pour la jeunesse se transforme en meurtrier psychopathe, le passage à l’acte coïncidant avec la découverte d’une tumeur et un diagnostic de trouble dissociatif. Le texte déroule la mise en abyme d’une autofiction dans la surenchère chassant l’incrédulité.
Ce recueil jouit d’une grande diversité de styles et d’ambiances et, témoignant de la vitalité de cette littérature, une ouverture est faite par l’absence des gloires de l’ère Fleuve Noir, faisant la part belle à l’écurie Faute de frappe dans un vrai passage de témoin.

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