La Trilogie Chronolytique – Michel Jeury

L’influence du Nouveau Roman, soulignée par tout l’appareil critique encadrant la trilogie, imprègne la narration par une répétitivité et un éclatement de la perception dans un contexte de représentation d’incertitude et de versatilité qui épousent la volonté de Michel Jeury de composer une littérature quantique. Cette structure fluctuante régissant un univers intérieur poreux à un inconscient collectif atteint par chronolyse, biochimique et/ou technologique, explore et tord le vécu des protagonistes, prend comme base une séquence charnière, Daniel Diersant en 1966, Simon Clar en 1981 et Yan Nak en 2039, et fait infuser la situation globale en direction d’un futur dystopique possible et non réalisé à combattre, réactualisé et recomposé à chaque début de roman après sa neutralisation par l’existence d’une utopie viable en La Perte en Ruaba ou sur les planètes Gogol et Mintaka.
Le mélange d’action trépidante dans un déroulement surréaliste et du caractère énigmatique des glissements d’identité forment un théâtre, aussi temporal que temporel, qui offre un vrai plaisir littéraire et un profond sentiment de gratification, une friandise intellectuelle sous la forme d’un collier de trois joyaux réfléchissant l’âpre lutte contre l’asservissement dans une démarche d’une cohérence implacable et d’une consistance massive, mais également d’une ampleur démesurée et d’une ambition folle.
L’enchainement des récits permet de parcourir une variété d’ambiances et de colorations de genres, embardées vers le polar halluciné pour Le Temps incertain, utilisation de codes de la fantasy pour Les singes du temps et nébuleuse cyberpunk pour Soleil chaud, poisson des profondeurs, avec comme points communs un fond science-fictif, le contraste entre une violence décomplexée et un onirisme omniprésent, la manipulation déshumanisante, la malléabilité substantielle et topologique, les altérations de la perception, le doute hyperbolique et les projections fantasmatiques.
Le premier roman est un vrai choc qualitatif, prolongé par le second qui ne doit pas décourager par sa surenchère dans la complexité, et le troisième vient clôturer la marche entropique par la chute des hypersystèmes et l’affirmation des rêves de l’enfance par une anarchie effective dans sa simplicité en dépassant l’impossibilité intrinsèque de l’utopie.

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