
Dans Autoportrait, un admirateur transi de Dorian entre dans son intimité en l’accompagnant dans un musée pour assister à l’installation de parties de son corps intégrées à une statue dans une sphère protectrice en verre et remplacées par celles en ivoire comme des prothèses. Le bâtiment est un écrin vivant aux soubresauts quantiques qui préserve la perfection de Dorian dans son immortalité à l’abri des regards, dans un ravissement et un don de soi.
Dans Masse critique, Eric s’est installé dans une maison-village auprès de sa compagne Vive après des années en tant que Promeneur au gré du labyrinthe planétaire pour apprendre parmi différentes communautés et devenir adulte. Cette nouvelle décrit un monde globalisé dans la connexion biochimique au Réseau ayant accès à l’inconscient collectif de l’Humanité via les pensées et les rêves des individus qu’une intelligence artificielle influence en retour dans un plan à très long terme. La grande richesse du texte pose des dialectiques à l’échelle de l’espèce mêlant liberté, repli, planification et évolution.
Dans Univers-code, un homme vit seul et harcelé par des monceaux d’informations confuses, séries numériques, textes imprimés, murs d’écrans ou d’idéogrammes peints, musique ou ballets de faisceaux lumineux. Le cobaye est submergé par la paranoïa en suivant ce nouveau mécanisme thérapeutique dans le cadre d’une thérapie pour faire surgir et déchiffrer le complexe névrotique dont il souffre.
Dans Le temps, en s’évaporant…, Marwan le muezzin d’un village piégé au fond d’une vallée dans une flaque temporelle qui s’évapore lentement refuse l’union de sa jeune sœur Zorah avec Nadir le conteur étranger. Sur un fond de tradition monothéiste, cette fable illustre par un retentissement topologique un canevas dialectique dans une enclave comprimée et poreuse, sur la liberté et l’aveuglement, l’entropie et la transcendance, à l’image de la fuite de Zorah enceinte.
Dans Les nageurs de Sable, seulement trois enfants sont nés parmi les colons échoués sur une planète désertique autour d’une petite mer intérieure, le narrateur se transforme pour faire corps avec les étendues sableuses, Michael adopte l’élément aqueux comme refuge au point de vouloir retrouver la Terre couverte d’océans et Judith reste tiraillée par les sentiments qu’elle éprouve pour les deux amis. Cette histoire de colonisation ratée laisse place à une douce adaptation du protagoniste principal à l’environnement en abandonnant sa nature humaine pour se fondre dans la planète potentiellement menacée par la démarche de Michael visant à guider une opération de secours depuis la Terre et permettre l’exploitation des ressources minérales du désert, dans un superbe dilemme existentiel.
Dans Je joue de la harpe des morts, Janz est obligé de quitter pour la première fois son bunker mobile par son ennemi Volk qui a piraté son système de sécurité et enlevé son ombre, avatar immatériel lui permettant de visiter le monde extérieur, pour la torturer à mort, la ressusciter et la renvoyer à sa source afin de partager son expérience. Cette course-poursuite cyberpunk dans un contexte dystopique robotisé et d’une espèce humaine raréfiée souligne son intensité par la question de l’identité et d’intégrité matérielle.
Dans Flying Romanis, Marc Gemas rencontre une jeune femme mystérieuse dans différents aéroports internationaux et reconnait à chaque fois son regard malgré son apparence changeante, finit par lui parler et apprend qu’elle s’appelle Marika, point d’entrée pour lui dans une communauté de romanichels de l’aéronautique pratiquant un Jeu comme une répétition pour la colonisation d’autres planètes.
Dans Détails de l’exposition, l’évolution d’un artiste est présentée au travers de ses œuvres représentant le moment de la mort dans des tranches spatiotemporelles découpées dans le continuum et dans son propre univers parallèle qu’il met en scène à la façon d’un dieu.
Dans Dans les jardins Médicis, un homme approche une femme qu’il reconnait trois ans après leur séparation mais elle a vendu ses souvenirs à des marchands de mémoire et leurs rencontres répétées se ressemblent. Dans une poésie tragique, l’homme est confronté à un dilemme que le jardin empathique ne peut aider à surmonter.
Étant le premier recueil de nouvelles de Jean-Claude Dunyach, seules deux d’entre elles sont restées inédites, mais l’ensemble présente une grande unité de cohérence et une qualité littéraire indéniable, déployant les thématiques de la métamorphose, de l’altération de la structure du monde, de la transformation de la substance et du glissement topologique qui représentent avec poésie un système cosmique et métaphysique en transition.