
Hainal d’Izanie, Commandeur du Navire Gris faisant partie des Oligarques de Wahlrunde, a déçu Créosoth IV le Souverain de Phagor par l’absence de résultats dans sa prospection interstellaire. Rashmall Khan des Steppes infinies, à la tête des tribus rebelles dans les étendues orientales, se retrouve drogué par une prostituée et livré aux soldats du pouvoir à l’issue d’une nuit de libation. Hainal et Rashmal se rencontrent dans un tunnel répugnant du dédale qui sert d’oubliettes pour faire disparaitre les gêneurs dans un labyrinthe impitoyable sous la capitale Sharighad.
L’écrin science-fictif reste ténu, par la contextualisation d’une anticipation dystopique et la présence d’armes avancées héritées du passé, renfermant un récit de fantasy qui déploie un combat sociopolitique de libération d’un peuple étouffé par un système tyrannique, une lutte radicale à la brutalité d’une ampleur mythique en réponse à une violence profondément installée par une civilisation imposée. A l’image des deux protagonistes que tout oppose a priori mais réunis par une cause commune, le texte développe des contrastes et des dialectiques puissantes dans un clair obscur nuancé qui évite le manichéisme rigide et inscrit l’histoire dans enchainement cyclique, une alternance perpétuelle en échos entre le vide extérieur du cosmos connu et le grouillement dérisoire de Phagor, les rêves éveillés de liberté et les cauchemars prédictifs de malheur, la survie infecte au sein des villes et l’agitation anarchique dans les landes sauvages, la prédominance de la trahison et de la dénonciation rendant la confiance incertaine et risquée, installant un relativisme éthique dans une causalité aux implications extrêmes. La déliquescence du règne des Oligarques est longuement illustrée dans la description des Jeux de Phagor à la barbarie antique, manifestation visible en parallèle de l’évasion de la prison souterraine, expériences de nausée métaphysique permettant de casser la linéarité du texte tout en conditionnant le déroulement de la quête belliqueuse. Ce roman conjugue noirceur grandiloquente et fulgurances gore avec une narration d’une rudesse décomplexée en accord avec la position centrale du totalitarisme sanguinaire et inique, d’où la condition féminine dégradée, formant un contenu littéraire intense à la poésie ténébreuse, du désespoir farouche et de la destruction monumentale à une éclaircie balbutiante.