Le Seigneur de l’Histoire – Michel Jeury

Bruno Gorda est engagé par le réalisateur Thibaut Ulrich, suivant la suggestion de Nora Guellen, pour tenir le rôle d’Enguerre un Résistant opposé à Hans von Bertrich un capitaine de la Wehrmacht dans le film « L’Enclave des guerriers ». Thibaut conduit la comédienne Lise-Marie Laville, Bruno et son ami pêcheur Stephen Sandis pour effectuer des repérages à Nevers, mais un accident survient sur la route.
En guise de préparation, Bruno pressent sa condition de marionnette dans une manipulation qui dépasse son monde, ressenti confirmé après le saut spatio-temporel dans une parodie du film projeté sur une Terre plate ceinturée par une Barrière cosmique. Le quatuor est séparé et Bruno perdu est ramassé par l’armée anglaise pour rejoindre un camp de travailleurs appelé « Warrior’s Territory » comme un signal pour lancer l’aventure épileptique remplie de courses-poursuites, de fusillades et de perturbations quantiques, balisée par un symbolisme touffu comme un jeu de piste. Bruno intègre très vite le fait qu’il est un clone de Godrap, le Premier secrétaire du Pouvoir régnant sur l’Empire Terrien et proclamé Seigneur de l’Histoire, parmi des dizaines de copies disséminées dans les multiples réalités parallèles par les rebelles du Parti du Peuple, que Thibaut est devenu le colonel ennemi von Ulrich, que Lise-Marie a vieilli en tenancière de bordel appelée Mme Lise, que Nora était Secrétaire du pouvoir chargée de veiller sur Bruno devenue totalement hébétée et que Sandis était également Joseph Banks jouant le père adoptif pour Bruno. Le passage d’un univers-bulle à un autre, de la pustule à l’Éponge, permet d’invoquer Benoît Mandelbrot comme caution science-fictive pour ce récit de voyage dans le temps et d’esquisser une structure fractale de mondes de poche et de réalités-parasites, mais l’essentiel se trouve dans l’action et le divertissement qui peuvent sembler dérisoires, épousant pourtant parfaitement la forme de comédie théâtrale qui instaure une cosmogonie relativiste dans le fait de minimiser le sérieux de l’existence et la légitimité du pouvoir d’une manière universelle.

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