
Dans L’ile des cauchemars, un vieux gouverneur raconte l’histoire de Barry, un marin en plein delirium tremens naufragé sur une petite ile habitée par des créatures fouisseuse qui sont terrorisées par un congénère n’ayant pas arrêté de grossir par cannibalisme. Cette fable fantastique imbibée est surréaliste, jouant avec la véracité des évènements, passant de la peur à la déception et transformant l’héroïsme en mirage.
Dans Les ossements, Donzey a inventé une machine de transmission radio et invite le shériff Farrel à participer au premier test. Avec une base de science fiction tendance bricolage des débuts, ce texte remanié initialement écrit par James H. Beard développe un fantastique sombre par l’étude de la mort via un biais biologique et un côté polar pour donner du sens à l’intrigue.
Dans Largo, Vernon Drecksall compose son ultime pièce musicale après sa rencontre avec Gretel une étudiante inaccessible et Pascal Wylie qui se sert de lui pour s’enrichir. Un plan macabre se dessine depuis le mariage de Pascal et Gretel, la musique informe la matière dans une vengeance implacable.
Dans Cicatrices, une discussion au bord du feu entre deux garde-clôture taiseux dérive sur les femmes et l’amour désintéressé.
Dans Un don particulier, Slopes est un civil qui fait partie de la troisième expédition envoyée pour récupérer des cristaux de Vénus malgré la présence sur la planète des Cacophones, espèce monstrueuse et brutale. Ce premier contact adapté grâce à l’attitude compréhensive de Slopes plaide doublement pour la tolérance envers un peuple différent ou un congénère devenu souffre-douleur, contre les a priori issus de la peur de l’inconnu.
Dans M. Costello, héros, l’idée de synergie entre les hommes comme dogme qui s’oppose au solipsisme se répand sur la planète Borinquen, occasionnant un harcèlement des réfractaires et la primauté du tout sur ses parties.
Dans La musique, un patient pris par la musique du sang sent monter en lui une pulsion de prédation animale d’une distanciation glaçante.
Dans Parcelle brillante, un vieil homme analphabète et solitaire récupère une femme charcutée dans la rue et la ramène chez lui afin de la soigner. Ce huis clos est intense et incertain, la vie habite ce corps de femme dans les yeux de cet homme abandonné, illustrant le malentendu qui découle de la différence et la puissance des désirs désespérés, plongée sombre et sans concession dans une psyché blessée.
Dans L’autre Celia, Slim Walsh visite les chambres des autres locataires de son immeuble pour satisfaire son insatiable curiosité. L’arrivée d’une femme évanescente constitue un défi à sa mesure par sa discrétion et sa vie minimaliste comme en transition, cultivant le mystère autour de sa nature et de sa substance.
Dans Un crime pour Llewellyn, Lulu habite avec Ivy et mène une vie toute réglée qui ne lui demande aucun effort mais il fantasme sur les récits de vie dissolue de ses collègues. Ce texte montre les malentendus, les problèmes d’adaptation et de communication d’une personne différente dans son désir d’être exceptionnelle, une histoire sombre qui déroule un sentiment d’enfermement.
Dans La fille qui savait, un homme surveillé dont l’assassinat est programmé rencontre sa nouvelle voisine et lui raconte ses déboires. Elle décide de l’aider. Un amour naissant se sublime dans le don de soi jusqu’à l’irréversible.
Dans Sculpture lente, une femme rencontre un scientifique reclus qui soigne son cancer du sein. Cette diatribe profondément humaniste et écologiste fustige l’archaïsme industriel, le capitalisme aveugle et la résignation des masses.
La dimension autobiographique soulignée par la Préface de Marianne Leconte exprime une évolution par ces nouvelles de différentes époques mais une base est persistante à propos de la conscience, de la communication, d’une incertitude éthique qui mène à une ambiance floue de noirceur et pourtant d’un espoir fou.


