Un brin de belladone – Robert Bloch

Dans Retour au sabbat, un obscur acteur autrichien se fait engager à Hollywood pour fuir une menace de mort. Cette nouvelle cherche l’horreur derrière les artifices, hésitant entre satanisme et luciférisme, aboutit à un surnaturel de l’innommable et de l’illusion visuelle.
Dans Enoch, Seth confesse après son arrestation l’influence qu’a sur lui un démon pour le pousser au crime. Cette version psychologique et sardonique du mauvais génie qui tire les ficelles de sa marionnette mène à un surnaturel concret.
Dans Chapardage, une vieille femme recluse et considérée comme une sorcière par les gamins meurt dans l’incendie de sa maison. Son chat poursuit alors le responsable. C’est une variation classique du fantastique félin et de la sorcellerie.
Dans Le Tunnel des Amoureux, une attraction combine l’Amour et la Mort pour son propriétaire, entre névrose et prédétermination.
Dans La maison affamée, un couple emménage dans une vieille maison, perçoivent des présences fantomatiques et découvrent des miroirs enfermés dans un réduit du grenier. Le thème de la maison hantée est traité par le biais des surfaces réfléchissantes avec une référence à Narcisse et des reflets qui ouvrent sur un autre monde.
Dans Les fabricants de rêves, un journaliste part à la rencontre de vieilles gloires du cinéma muet. Un fantastique léger met en valeur une profonde nostalgie et des questions sur le déroulement de l’Histoire.
Dans Sweet sixteen, un anthropologue renseigne son nouveau voisin sur son étude en cours à propos de la délinquance juvénile, développant une théorie basée sur l’influence des incubes sur le cours de l’Histoire. L’ambiance est lourde de menace mais conserve une légèreté ironique et macabre.
Dans L’œil avide, une pierre taillée est au centre d’affaires de meurtre. Cette histoire de possession cultive une dimension lovecraftienne en introduisant une vie cosmique.
Dans Un fabuleux talent, un orphelin devient un virtuose de l’imitation tandis que des morts brutales surviennent autour de lui. Clin d’œil à Lovecraft, cette nouvelle met en scène un être venu des étoiles doué de mimétisme absolu, avec une mise en abyme amusée du cinéma et de la science fiction.
Dans Commis voyageur de la mort, l’humanité tente de lutter contre la surpopulation avec une campagne en faveur du suicide. C’est une anticipation par l’absurde, un lâcher prise dystopique d’un humour grinçant.
Dans Le labyrinthe éducatif, des bébés sont élevés dans un laboratoire souterrain automatisé, guidés le long des étapes de l’évolution humaine par des robots. Cette nouvelle de science fiction post-cataclysmique est d’une profonde ironie pessimiste.
Dans Un crime des plus singuliers, Kane essaie de convaincre son ami Woods qu’une mallette de chirurgien trouvée dans une brocante est celle de Jack l’Éventreur. Le fantastique sombre glisse vers la science fiction, la référence au célèbre tueur est prétexte à une histoire de voyage dans le temps.

Le Livre de Iod

Dans Le Mythe selon Khut-N’hah, introduction de Robert M. Price, la contribution au Mythe de Henry Kuttner par ses écrits de jeunesse provient d’un mélange d’influences : Lovecraft, Bloch, le zoroastrisme et la théosophie.
Dans Le Secret de Kralitz de Henry Kuttner, le Baron Kralitz est conduit la nuit dans les souterrains de son château pour découvrir le secret de sa famille. Cette histoire de passage vers la non-mort s’appuie sur un satanisme féroce et sur le mystère du Panthéon lovecraftien, enrichissant le surnaturel d’une ouverture sur une mythopoièse vivace, les créatures multiformes formant un écrin diffus mais ceinturant la famille Kralitz et ses bacchanales.
Dans Le Mangeur d’Âmes de Henry Kuttner, le sindara qui règne sur Bel Yarnak se confronte à la créature du Gouffre Gris. Cette courte chronique développe une fantasy onirique et cosmique, teintée de nostalgie antique.
Dans L’Horreur de Salem de Henry Kuttner, Carson découvre une pièce secrète dans le sous-sol de l’ancienne maison d’Abbie Prinn, sorcière de Salem. Kuttner enrichit le fantastique classique avec sa participation au Mythe lovecraftien, sous la forme de Nyogtha, dans l’occultisme et l’exploration de l’influence des Grands Anciens sur l’homme.
Dans Le Baiser Noir de Robert Bloch et Henry Kuttner, Graham Deane est assailli par des rêves aquatiques terrifiants depuis qu’il a hérité d’une maison. Comme dans la précédente nouvelle, bien que celle-ci ne se réclame que de magie noire, l’accent est mis sur le contact et l’emprise de créatures marines hybrides douées de pouvoirs psychiques.
Dans La Cruelle Blague de Droom-Avista de Henry Kuttner, le prêtre Thorazor de Bel Yarnak invoque le Dieu Droom-Avista pour obtenir la Pierre Philosophale. Derrière la plaisanterie du dieu Bouffon, cette courte chronique de fantasy magique repose sur la beauté ternie, l’irréversibilité, la destinée et donc la nostalgie éternelle.
Dans Les Rejetons de Dagon de Henry Kuttner, deux malfrats se retrouvent impliqués dans le complot des Fils de Dagon pour détruire l’Atlantide. Cette nouvelle d’heroic fantasy magique développe l’idée éminemment lovecraftienne d’un peuple qui abhorre les terres émergées, se sent spolié et cherche à reconquérir son domaine perdu.
Dans Les Envahisseurs de Henry Kuttner, Hayward est un écrivain assailli dans sa maison par des êtres étranges qu’il a ramenés de ses songes narcotiques. Kuttner utilise la réincarnation et la drogue pour pousser ses personnages au milieu d’une bataille dimensionnelle entre deux forces cosmiques, les humains étant alliés aux Grands Anciens.
Dans La Grenouille de Henry Kuttner, Hartley s’installe à Monk’s Hollow dans l’ancienne maison d’une sorcière et se débarrasse d’une grosse pierre qui le dérange dans le jardin. Cette nouvelle repose sur la résurgence de la sorcellerie à la manière de Salem et sur l’hybridation monstrueuse qui galope derrière le anti-héros citadin.
Dans L’Hydre de Henry Kuttner, trois occultistes sont piégés par une ruse venant d’autres dimensions, sous la menace de l’Hydre coupeuse de têtes et d’Azathoth accompagné de son flutiau. La mise en fiction des trois écrivains réels est un jeu littéraire entre eux qui donne ici une occasion de se pencher sur l’Extérieur et ce qui se trouve derrière le Voile en référence au Grand Dieu Pan d’Arthur Machen.
Dans Les Cloches de l’Horreur de Henry Kuttner, après cent cinquante ans passés dans une cachette les cloches sont retrouvées et réinstallées, sonne alors le chaos, éclipse et tremblements de terre. Cette nouvelle illustre l’influence du monde des esprits sur l’homme, s’inscrivant dans la tradition des textes de malédiction amérindienne qui entourent le Mythe.
Dans La Traque de Henry Kuttner, Benson est dérangé en pleine invocation de Iod par son cousin Doyle venu à Monk’s Hollow dans l’idée de s’approprier un héritage. Comme dans La Grenouille, le narrateur est poursuivi, mais cette fois dans les autres dimensions par une divinité.
Dans Sous la Pierre Tombale de Robert M. Price, William s’installe à Tophet dans la maison que son oncle Absalom lui a légué. Son intérêt innocent pour les activités du vieil homme ouvre les barrières aux forces obscures.
Dans Ne pas Dormir Nuit de Lin Carter, le Docteur Anton Zarnak est appelé à l’aide par la nièce de Don Sebastian de Rivera, collectionneur en possession d’artefacts en rapport avec des légendes amérindiennes. A défaut d’éclipse, une coupure de courant permet l’insinuation fatale de l’obscurité.
L’intérêt de ce recueil est de présenter les textes de Henry Kuttner publiés du vivant de Lovecraft et le travail éditorial de Robert M. Price est appréciable, commentant et resituant le contexte.

Histoires d’horreur – Fiction spécial 10

[06/05/25] Dans Manuscrit trouvé dans une maison déserte de Robert Bloch, Willie Osborne à douze ans va habiter avec son oncle et sa tante dans l’arrière-pays, isolés parmi les collines boisées et les légendes ataviques. Le pastiche lovecraftien s’attarde sur Shub-Niggurath et les Shoggoths, adopte la forme d’un témoignage écrit et s’appuie pour commencer sur des descriptions indirectes des créatures ressenties par l’ouïe et l’odorat puis précisées par des cauchemars. La gradation de la tension mène à l’horreur indicible et au sentiment implacable du gigantisme des Grands Anciens et de leurs séides face à l’humain dérisoire.
Dans Allée du paradis de Harold Lawlor, Vera Witmack défigurée après un accident ouvre une pension de famille pour des personnes dans la même situation et se fait escroquer par un jeune homme. C’est une histoire classique d’horreur biologique, de vengeance et de sorcellerie sur un chemin satanique qui mène droit en Enfer.
Dans Brouillard d’Allison V. Harding, la famille Hobell fait régner la terreur depuis la colline surplombant Elbow Creek, régulièrement envahie par une brume visqueuse qui correspond à une disparition dans la famille. Cette nouvelle qui met en scène un brouillard invasif et surnaturel s’apparente aussi au thème de la maison hantée et choisit le renversement moral qui voit les personnages ignobles punis en faisant tomber le masque.
Dans L’apprenti sorcier de Robert Bloch, Hugo malgré son déficit intellectuel devient l’assistant du Grand Sadini dans sa tournée de prestidigitateur. Cette nouvelle dénuée de fantastique repose sur la crédulité et la candeur d’Hugo qui révèle le sordide en l’humain autour de lui et accélère sa déliquescence jusqu’au crime naïf et nihiliste.
Dans Le Verrat de William Hope Hodgson, Carnacki aide un homme incapable de se protéger des Monstruosités Extérieures au moyen d’un barrage spirituel chromatique. Le mélange de rituel spirite à la source onirique et d’appareillage scientifique forme un passage entre monde physique et monde psychique, sur une dimension de mort et de folie qui a influencé Lovecraft, la description des Grands Anciens correspondant totalement à celle du Verrat.
Dans L’autre côté de la porte de Harold Lawlor, Mr Galloway est un riche vieillard marié à Sylvia une jeune femme sortie d’un milieu modeste. Il se rend compte un soir qu’il peut entrer dans la pièce représentée sur la toile en enjambant le cadre. Cette courte nouvelle très classique montre une vengeance d’opportunité par un piège dimensionnel infini.
Dans Les apparitions de Monsieur Taupe d’Allison V. Harding, le jeune Jamie découvre un homme enfoncé dans la terre d’un champ derrière sa maison. Le texte s’appuie sur une ambiance de tension et de mystère autour de cette apparition chthonienne, sorte de prototype de Pennywise chez Stephen King.
Dans Compagnon de cellule de Theodore Sturgeon, un prisonnier voit arriver dans sa cellule Crawley affublé d’un abdomen très proéminent. Cette comédie macabre met en scène les pouvoirs psychiques d’un frère siamois sardonique.
Dans L’homme-éponge d’Allison V. Harding, Lother Remsdorf est devenu homme-éponge à la suite d’expériences menées par son père ensuite disparu dans l’explosion de son laboratoire, protocole qu’il cherche à reconstituer pour faire d’une femme sa semblable et avoir une descendance. Cet hommage diffus à Frankenstein, dans lequel se fondent science fiction et fantastique, se base sur un délire obsessionnel égocentrique et criminel.
Dans Le cactus de Mildred Johnson, Edith reçoit par la poste une bouture d’un cactus mexicain de la part de son amie Abby. La plante exerce une volonté et une influence odoriférante au travers de cauchemars provoqués et d’une apparence démoniaque.
Dans Le fantôme de la mer d’Allison V. Harding, le Dr Ogilby est appelé au chevet du vieux capitaine Tyler qui se dit harcelé par son officier en second noyé lors du naufrage de leur dernière traversée. Cette nouvelle choisit de garder une distance avec les manifestations fantomatiques qui résident dans les profondeurs maritimes, jouant sur l’aspect psychologique jusqu’à la confirmation matérielle finale du surnaturel.
Dans La maison du crime de Richard Matheson, deux frères achètent la vieille maison victorienne qu’ils voient abandonnée depuis leur enfance. Au thème de la maison hantée s’ajoute une sorte de succube qui sexualise l’emprise et une référence au Portrait de Dorian Gray.
Dans Enoch de Robert Bloch, Seth habite seul depuis le meurtre de sa mère considérée comme une sorcière dans une cabane au bord d’un marais et une présence dans sa tête le force à tuer des gens. Derrière l’apparent trouble psychotique se tient une sorte d’Azazel qui pourrait ressembler à un chat cruel et furtif.
Dans Le professeur et l’ours en peluche de Theodore Sturgeon, Jeremy est un jeune garçon qui a des visions de son avenir provoquées par son ours en peluche pour s’en nourrir. Le jouet monstrueux opère une transsubstantiation vampirique des connaissances à venir du garçon et des péripéties macabres en sang dans une causalité temporelle réciproque.
Ce recueil contient quelques nouvelles inédites et la plupart ont pour thème la tromperie, plusieurs d’entre elles s’appuient sur des caricatures d’animaux et certaines baignent dans un sexisme daté comme chez Harold Lawlor, Allison V. Harding et Mildred Johnson.

[12/10/22] Manuscrit trouvé dans une maison déserte de Robert Bloch est une nouvelle présente dans nombre d’anthologies, pastiche lovecraftien exemplaire sur un Shoggoth.
Le Verrat de William Hope Hodgson met en scène les aventures de Carnacki (publiées chez Néo) qui ont au moins autant influencé Lovecraft que Le grand Dieu Pan d’Arthur Machen ; une machinerie scientifique pour matérialiser la magie derrière la réalité, dans une horreur grandiloquente, avec quelques longueurs comme chez Poe, mais avec aussi des passages vraiment intenses, la récupération de son empire par un dieu transcendant, le gigantisme fou.
Toutes les autres nouvelles sont très classiques, de plus ou moins bonne facture, parlant surtout de vengeance. Le thème général du recueil est l’horreur parcourue de personnages étranges, d’apparence comique mais dérangeante, avec un sens du ridicule glauque. C’est cette invraisemblance des situations qui fait ressortir de ces histoires la manipulation et la dissimulation.
C’est un recueil bien fagoté, dans une unité certaine, un choix judicieux de textes d’Alain Dorémieux.

Les yeux de la momie – Robert Bloch

Les nouvelles qui composent ce recueil sont hétéroclites ; malédiction de l’Égypte Antique, science fiction classique, petite histoire de vampire, une de fantômes, une de robot tueur, une de poupée vaudou, au milieu de trois nouvelles lovecraftiennes. Il y en a pour tous les gouts et le point commun entre toutes ces histoires est la qualité de l’écriture, à l’ancienne.
C’est donc une bonne présentation des écrits sombres et fantastiques de Robert Bloch, avec des personnages bien développés, avec malice, et un talent indubitable pour construire une nouvelle. On ressent bien son attirance pour les histoires de meurtres commis par des psychopathes, ce qui fera sa renommée avec Psychose.

Les cadavres ne meurent jamais – Robert Bloch

Robert Bloch n’est pas le premier venu, son style se rapprochant de Edgar Allan Poe, Howard Phillips Lovecraft et Arthur Machen. C’est le cas des courtes nouvelles de ce recueil, ciselées avec beaucoup de talent dans la gradation de l’angoisse et la construction précise du récit. Ensuite, avec la nouvelle éponyme beaucoup plus longue que les autres, il réussit à aérer l’histoire jusqu’à ressembler à un polar désabusé en mélangeant le sérieux avec le facétieux. C’est de l’horreur fantastique de très grande qualité.