
Dans Les spécimens, Jean-Yves par son emploi de magasinier à la bibliothèque découvre une publication appelée Rencontre des parallèles dans laquelle se suivent des échanges savants entre abonnés. Le narrateur en embrassant les discussions historiques aperçoit la possibilité d’une historicité alternative constituée de possibles non réalisés qui se répercutent sur la lignée papale.
Dans Les dents de l’espace, Ginger a décidé malgré la situation avantageuse de sa mère à la tête de la Société Shapiron and Co de devenir pilote et sa nature intrépide la pousse à effectuer une livraison de vivres sans emprunter la tranquille voie subspatiale à cause d’une avarie. Cette courte nouvelle est un hommage appuyé à Alfred Elton van Vogt, à la confrontation exobiologique avec un être excellant dans le mimétisme, tout en déviant avec malice vers le conte par son monstrueux appétit.
Dans L’Agence, Janus est muté pour se faire oublier après avoir exercé au service de Renseignement et de Documentation du ministère de la Défense dans un autre service qui finit par lui confier une mission secrète sous le nom de Pentecôte, alors même que ses anciens employeurs le recontactent. Cette histoire d’espionnage exploite le cloisonnement et l’absurdité paranoïaque de l’Administration pour aboutir à une parodie ontologique du genre, entre schizophrénie et ubiquité.
Dans Un fils de Prométhée ou Frankenstein dévoilé, le Dr John William Polidori témoigne des évènements survenus au bord du lac Léman en 1816 réunissant le narrateur médecin généraliste, son employeur le poète et homme politique Lord Byron avec son amante enceinte Claire Clairmont accompagnée de sa demi-sœur Mary Godwin qui forme un couple illégitime avec Percy Bysshe Shelley. Cette nouvelle revisite les circonstances de la genèse du roman Frankenstein dans une extrapolation à la saveur uchronique identifiant son inspiration à une expérience planifiée par Lord Byron et le Dr Johann Friedrich Meckel, spécialiste de l’obstétrique et de l’embryologie, avec la complicité de Percy Shelley, consistant à retirer un fœtus de la matrice naturelle avant le terme pour lui permettre de se développer jusqu’à un stade supérieur dans un milieu artificiel adapté. Aux thématiques du deuil et du galvanisme s’ajoutent la thèse épigénésique et la théorie de la récapitulation en vogue à cette époque, formant une trame science-fictive qui déborde sur un fantastique métaphysique par une conception du Destin inaccessible à l’entendement dans une inconcevable échelle entre microcosme et macrocosme, animalcules et forces démiurgiques, détournant le mythe en le liant à la tératologie et à un au-delà derrière le voile qui fait écho au Grand Dieu Pan d’Arthur Machen.
Malgré leurs formes et genres disparates, le recueil réunit les trois courtes nouvelles inédites et la quatrième qu’elles introduisent, longue de 134 pages et auréolée d’un Grand Prix de l’Imaginaire, dans un élégant classicisme littéraire, un humour discret aussi subtil que le relativisme d’une relecture de la réalité, d’un détour par la logique formelle aboutissant au paradoxe fécond ou à la tautologie enchantée.