Diner de têtes – Kââ

Le juge d’instruction Renaud Klodarec se retrouve au centre d’une affaire de victimes guillotinées dont les têtes sont retrouvées dans des cartons à chapeau abandonnés.
L’angoisse s’installe par une ambiance et, en alternant le point de vue des forces de l’ordre et celui du tueur en série, la tension apparait avec les chasses hasardeuses et les meurtres éclairs dont le jeune Khader désœuvré est témoin, sa fascination face au vieux tueur le menant à la complicité. La psychologie efficace ancre le récit dans un réalisme de la psychopathie qui lorgne du côté du fantastique sans jamais y céder. C’est une conjugaison de simplicité de l’horrible et d’humour froid sur le thème de la perte de l’innocence et de la folie naturelle, avec un fond de psychose sur la peine de mort et une homosexualité larvée. Kââ déroule cette histoire courte tout au long d’un plan macabre qui semble irréversible, ponctué d’érotisme sadique et de terrorisme mental, joue avec les concepts en visant l’amoralité crasse par ses personnages complètement vrillés.

Mental – Kââ

Un tueur sous le nom d’Hugues Cinquante est forcé par un chantage, mené par des aristocrates prussiens, de s’occuper d’un collègue que personne ne connait mais qui se fait appeler Mental.
Ce polar noir met en scène un personnage expérimenté en matière de criminalité et joueur de bridge, se base à la fois sur une action extrême, sur une psychologie anarchique et des criminels déjantés, sur une enquête assez complexe avec ses mystères d’une portée internationale. Toute moralité est balayée, toute différenciation par degré dans la barbarie est caduque dans ce roman collant et vénéneux, dominé par la pulsion de destruction. Kââ pousse le curseur assez loin dans le trash avec ce texte cynique, dévoilant dans une lutte pour la survie le désir naturel de liberté de tueurs indépendants plongés parmi les combines effroyables d’officines étatiques jouant avec l’équilibre du monde en écrasant les individualités.

On a rempli les cercueils avec des abstractions – Kââ

Geoffroy Rouvieux a perdu gros dans une partie de poker et se retrouve à convoyer au travers de la France une voiture au chargement secret pour effacer sa dette. Il est surveillé par Vincent Karoly et ses hommes de main mais rencontre une équipe concurrente sur la route. Rouvieux et Karoly que tout oppose a priori se retrouvent chassés comme du gibier.
Ce polar sombre et violent tourne autour d’un personnage principal n’ayant aucun prérequis dans la criminalité, un quidam pris dans un engrenage parmi des méchants de haut-vol, contraint de s’adapter avec stratégie au fil des rencontres et des révélations. Comme dans un récit d’apprentissage, le héros minable s’étonne de ses capacités insoupçonnées, surnageant dans cette complexe affaire internationale. L’aspect psychologique prend le dessus sur l’action, apporte une sorte de calme et de profondeur qui étoffent les personnages et évitent l’enchainement systématique des fusillades et explosions, s’accordent avec des préoccupations honorables comme l’écologie et la géopolitique. Mais cette histoire est une parenthèse parfaitement amorale, un monument de cynisme dédié à la perte de l’innocence dans un monde de corruption fondamentale.

Silhouettes de mort sous la lune blanche – Kââ

Lors d’un coup réussi non sans grabuge, un braqueur a bêtement mouché un de ses associés, membre d’une fratrie redoutable dans le milieu, et ramène ensuite à l’abri un autre complice atteint d’une balle de flic. Pour assurer ses arrières et son anonymat il supprime un vieil ami au parfum mais se retrouve avec sa veuve sur les bras.
Avec ce polar rêche aux allures de jeu d’échecs, Kââ pose son style sombre et violent, ordalie de la faculté d’adaptation pour une confrontation inévitable, les seules éclaircies dans cette torture mentale sont la gastronomie, l’alcool et l’érotisme animal. Le loup solitaire est un aimant à problèmes et complications, la moralité se cache derrière une brume inquiétante et collante qui brouille les silhouettes derrière les flingues, flics ou voyous, jusqu’à l’ouragan qui met les hommes à nu. Cette cavale défensive consiste à préparer le terrain pour mener batailles jusqu’à gagner la guerre, dans une succession de trahisons et d’échauffourées, de duels au sommet, de guet-apens sans demi-tour possible. Kââ a trouvé son archétype de personnage, témoin malgré lui de la pourriture du monde qui l’empêche dans sa quête de quiétude, qui le force au mouvement et chasse le repos du corps comme de l’esprit face à la lie de l’humanité.

La princesse de Crève – Kââ

Un électron libre s’en prend aux criminels, pas de quoi faire de lui un saint mais il a le flegme de l’intelligence et un sens aigu de l’esthétique. Justement, dans un restaurant il rencontre une femme au charme mystérieux, au point d’avoir des tueurs à ses trousses.
Le côté polar intense, alliant balistique et sensualité, est maximisé par l’utilisation de la première personne du singulier, donnant à entendre les réflexions d’un héros naturellement paranoïaque mais indéfectible épicurien, prompt à utiliser les calibres, enchainant clopes et whisky, cerné par la gent féminine fascinante, entouré par des criminels plus ou moins présomptueux. La référence régulière à la philosophie apporte à l’histoire une sorte de recul blasé alors que l’humour plein de verve donne au savoir académique des illustrations intelligemment iconoclastes. Pour éviter la simple accumulation de poursuites et de fusillades, l’action pourtant très soutenue est encadrée par une enquête à la fois policière et judiciaire menée par des personnages à la caractérisation intense, rendant ce roman trépidant et raffiné avec un constat amer sur l’humanité.

Il ne faut pas déclencher les puissances nocturnes et bestiales – Kââ

[12/23]Un hors-la-loi instinctif tombe par hasard sur un ancien camarade de la faculté de médecine, devenu flic et empêtré dans une situation compliquée avec son beau-père haut gradé. Lorsqu’il est retrouvé refroidi quelques jours plus tard, une enquête s’impose.
Ce polar à l’action frénétique est très sombre, le héros tombe dans un engrenage contre son gré, toutes les personnes qu’il approche cessent vite de vivre, il est forcé de se protéger, entre deux clopes, un verre de whisky, une bouteille de grand cru et un repas pantagruélique, des malfrats et petites frappes de Paris et province. La solitude est soulignée par l’utilisation de la première personne dans le récit, les plaisirs de la table deviennent biture et mélanges instables, prouvant que l’homme est fondamentalement seul, bien avisé d’exercer le doute continuel et la paranoïa ancrée. Le protecteur de la jeune femme innocente doit philosopher, ou plutôt jouer avec les concepts pour encaisser le contexte, une enquête pas très simple et d’une noirceur absolue avec des méchants gratinés. Le personnage principal gagne en profondeur en trainant un léger spleen, hanté par des souvenirs de son ancienne vie, mais sont surtout mis en avant les fusillades et l’instinct de conserve.
[09/21]Dans Il ne faut pas déclencher les puissances nocturnes et bestiales les chapitres s’enchainent vite, remplis d’action explosive, de flegme nerveux, de poésie désabusée et d’apartés amusants. Beaucoup plus qu’une enquête, avec les personnages dignes d’un policier noir français et la surenchère banale de la violence, le récit décrit un voyage profond et mouvementé, d’ombre et de lumière. Ce polar est efficace, intelligent, sanglant et contemplatif, une expérience grisante et poisseuse.