Bifrost 27

Dans Le Dernier Phare dans la Noirceur de Claude Mamier, les hommes ont découvert et utilisent la Noirceur, ouverture dimensionnelle sur le vide obscur et oppressant qui permet de voyager plus rapidement, balisé à tâtons par la Sainte Église de la Clarté à l’aide de stations-phares pour guider les vaisseaux. Cette nouvelle inédite raconte le contact de l’Humanité avec l’inconnu, ouvrant la voie à l’envahissement de l’univers par une négativité transcendante d’une ampleur lovecraftienne implacable.
Dans Sous le Portail de l’Ange de Michel Demuth, Lawrence Tidgat est engagé puis formé par les Gitans, nomades cosmiques, pour affronter un alien redoutable sur le Monde de Verdella dans le système de Lourenço de Vargas habité par les Parapluies, des champignons intelligents. Une confusion spatiotemporelle s’empare de Lawrence entre sa formation d’exo-botaniste et de mycologue avec son emploi de journaliste en Espagne, dissociation schizophrène inconfortable alimentée dans une émulation par l’Hellforme.
Dans Le Chasseur de Snark de Mike Resnick, Karamojo Bell est un chasseur professionnel travaillant pour une société de safari qui lui a attribué un groupe de quatre riches touristes pour inaugurer Dodgson IV une planète vierge. Cette histoire inédite de premier contact, sous le signe de la nature humaine belliqueuse que le vernis civilisationnel des règles ne parvient pas à canaliser, s’appuie sur des personnages archétypiques entre le présomptueux et le fragile novice ainsi que Tchajinka le pisteur extra-terrestre expérimenté, dans une transposition à l’exotisme radical du poème de Lewis Carroll qui révèle le relativisme inter-espèces et l’aveuglement finalement surmontés par l’empathie d’un contact télépathique annihilant l’étrangeté et l’hétérogénéité.
Dans Neil Gaiman. Par delà le mur du sommeil, l’interview menée par Johan Scipion, à l’occasion de la sortie française d’American Gods, revient sur les multiples domaines de création de Neil Gaiman, l’impact de sa vie aux États-Unis sur son œuvre et son approche de la littérature pour enfants avec l’annonce de Coraline.
Dans A la chandelle de Maître Doc Stolze de Pierre Stolze, L’instinct de l’équarrisseur de Thomas Day est présenté à la lumière de ses autres livres portés sur l’action spectaculaire et en identifiant l’aspect uchronique et steampunk autour de Jack l’Éventreur, Sherlock Holmes et Moriarty.
Dans Patrice Duvic. The eyes on an editor’s wings, l’interview menée par Richard Comballot aborde la découverte par l’auteur de la science fiction à l’adolescence, son intérêt pour la BD et le cinéma, ses débuts d’interviewer et sa démarche de précurseur français dans les conventions internationales qui ont facilité ensuite son activité dans l’édition et laissé peu de place pour s’épanouir en tant qu’écrivain au cours d’une longue carrière d’hyperactif qui a tendance à s’éparpiller.
Dans Super les Héros ! 666 de Philippe Paygnard, cette série manichéenne oppose Lilith la fille exubérante de Lucifer et le camp du prêtre exorciste Carmody qui deviendra Pape dans une réponse européenne de critique violente et sensuelle par François Froideval et Franck Tacito à ce qui se trouve dans les comics américains.
Dans Profession : bâtisseur de mondes de Karl Schroeder, l’auteur dans cette leçon d’écriture en littératures de l’imaginaire insiste sur l’équilibre à trouver entre la constitution d’un monde et le développement des intrigues qui vont l’habiter, l’erreur consistant à poser des contraintes structurelles qui étouffent le déploiement de l’histoire faite pour embarquer le lectorat.
Dans Scientifiction. Star Wars : mythes et réalités de Roland Lehoucq, l’analyse scientifique de la saga se concentre sur la Force, le sabre laser, l’étoile de la Mort, différents véhicules et Tatooine. Dans l’ensemble la théorie reste plausible mais se heurte à des problèmes pratiques d’échelle énergétique qui rejoignent l’exagération de la fiction.
Dans Amazing Stories, une sensationnelle histoire, sixième partie, les années 70 : sex and drugs and rock n’ roll de Mike Ashley, Ted White à son arrivée en 1968 se débarrasse des rééditions de textes pour se concentrer dans Amazing Stories et Fantastic sur la nouveauté en phase avec l’évolution de la société américaine, une vitalité qui ne laisse pas indifférent et une réussite de prestige qui pourtant n’échappera pas aux difficultés de distribution et aux querelles éditoriales.

Moi, Cthulhu – Neil Gaiman

Cthulhu se raconte, son enfance puis son voyage jusqu’à la Terre, sa nostalgie et son amertume.
Neil Gaiman multiplie les clins d’œil et fait le tour des références classiques en les passant à la moulinette de l’humour d’une distanciation cynique qui permet le contraste avec une menace horrifique diffuse. Un côté enfantin et capricieux émerge tout de même par le statut divin et royal de Cthulhu, l’étrangeté absolue de sa nature et de son monde d’origine. Le message arbore une cohérence lovecraftienne, édictant l’existence dérisoire de l’espèce humaine et un certain retentissement cosmique malgré la forme manifeste d’un très court écrit de jeunesse.

Bifrost 11

Dans Vif Argent de Greg Egan, Claire Booth est une épidémiologiste chargée d’enquêter sur une épidémie et piste le vecteur de propagation en Caroline du nord. Cette nouvelle est un thriller scientifique, une chasse menée par une héroïne consistante sur les traces d’une maladie atroce considérée de façon mystique et presque religieuse par une communauté d’illuminés.
Dans A travers le vortex (Corsaires des étoiles 5) de Francis Valéry, Salomon en apprend plus sur ses parents et décide avec l’équipage du Jérusalem de faire face au trou noir menant à l’univers des Keurls et de prendre part à cette guerre temporelle.
Dans A la chandelle de Maître Doc Stolze de Pierre Stolze, il aborde Les particules élémentaires de Michel Houellebecq sous l’angle de la science fiction, avec circonspection, pour finir catastrophé par l’indigence littéraire et idéologique de cet objet médiatique.
Dans Neil Gaiman. Un marchand de sable au pays de nulle part, l’auteur s’entretient avec Patrick Marcel pour la sortie de Neverwhere, à propos de Londres, des États-Unis, de la bande dessinée, de son rapport à la création télévisuelle et cinématographique.
Dans Super les héros ! de Philippe Paygnard, il retrace la carrière de Rob Liefeld qui, après des débuts chez DC Comics puis Marvel, participe à la création d’Image Comics pour ensuite galérer dans le monde pléthorique et mouvementé de l’édition.
Dans Clifford D. Simak : le vieil homme à l’écoute des étoiles, André-François Ruaud explore les thèmes des œuvres de Simak, la vieillesse et la sagesse, le foyer et la nature, la réflexion et la nostalgie, une démarche de respect et d’humilité, une écriture tellement reconnaissable.
Dans Des monstres géants et autres énormités de Roland Lehoucq, la question de la taille des êtres vivants est abordée de façon scientifique, au niveau physiologique par la résistance du squelette au poids total et à la hauteur d’une chute, le nombre de pattes et la présence d’articulations, pour conclure que le gigantisme a ses limites et en milieu terrestre implique la fragilité sauf si le squelette est constitué d’un matériau plus solide, ou si le milieu est aquatique ou spatial.
Dans Chad Oliver : l’anthropologiste de la S-F, André-François Ruaud montre que la formation professionnelle de l’auteur transparait dans ses histoires très psychologiques de contact extra-terrestre.