Beppo et Lulu – Julia Benech

Beppo a ligoté et jeté vivant au fond d’un puits le mariole, concurrent qui s’est intercalé dans sa relation amoureuse avec Divette, puis il se rend à la fête de la musique où il rencontre un jeune couple qui l’invite à finir la soirée dans leur squat. Le lendemain, il découvre Lucinda/Lulu, gamine de trois ans qu’il embarque avec lui après avoir incendié le logement insalubre.
Ce roman noir consiste en une cavale meurtrière, dans la nature sauvage, d’un protagoniste à la personnalité psychopathologique qui s’invente une parentalité inspirée de contes et de mythes, se lance en quête de la mer et cultive une obscure relation d’offrandes avec les dieux Lares des Romains. Le délire mystique n’escamote pas la réalité implacable de la psychopathie de Beppo agglomérant, autour de Lulu et de son innocence rayonnante, à la façon d’un gourou cynique, les personnes rencontrées et assimilées à une vague condition de sauvages, déployant une attitude radicalement égocentrique faite d’absence d’empathie, d’immoralité de circonstance, de distanciations et de rapprochements fantasmatiques et intéressés dans une froide manipulation. En atteignant un village côtier, Beppo se heurte à une communauté aux traditions ataviques à la limite de la sorcellerie qui le submerge sur son propre terrain magique et met fin à son impunité tout en suppliciant les victimes innocentes de sa prise d’otages, justice archaïque qui le conforte dans sa mégalomanie hallucinée. Ce roman demeure une plongée intime mais sans complaisance dans les marges d’une société et d’une époque qui néglige la sacralité de l’enfance et la dignité humaine, qui permet de profiter de la crédulité et de la malléabilité de la jeunesse laissée-pour-compte, demeurant une sombre histoire profondément choquante de viols d’adolescentes et de meurtres gratuits d’adultes comme d’enfants.