
Dans L’Évadé des ténèbres, Terak débarque sur Klareth à la poursuite de Janlo depuis les Ténèbres, frange de la galaxie peuplée de pirates et de trafiquants d’esclaves, pour venger le meurtre de sa bien-aimée Celly. Janlo s’est infiltré à la tête de l’armée combattant les rebelles et partisans du concurrent au Praestans élu pour succéder au précédent, ouvrant la voie à son complice Aldur, projetant une invasion. Terak faisant partie à la base du trio concepteur de ce plan s’allie à la capitaine de bateau Kareth et à un mystérieux vieillard haut-placé pour déjouer le complot. L’histoire très théâtrale de ruse et de faux-semblants se base sur l’action, l’aventure et l’humour pour faire vivre les soubresauts politiques d’une société en proie aux ingérences permises par la disparition de l’Empire, opposant les agissements des pirates entrevus dans la précédente nouvelle L’autel d’Asconel et la résistance d’un peuple sur fond d’attachement à la terre natale et de lutte armée dans une autre variation sur le réveil d’une torpeur collective et le soulèvement face à l’envahisseur.
Dans La dévoyée d’Argus, Kelab le Magicien est de retour sur Argus au moment des funérailles du roi Andalvar et en même temps réapparait Sharla sa fille ainée disparue depuis des années, accompagnée de Landor et d’Ordovic, pour devenir régente à la place de sa sœur Andra jusqu’à la majorité du prince Penda et remplacer Senchan Var par Landor comme Grand Chambellan. L’histoire transpose le même côté théâtral que dans la nouvelle précédente sur la planète centrale de l’Empire maintes fois mentionnée et pousse plus avant la déliquescence par une rareté de la technologie et un système sociopolitique médiéval. La magie prend la place des capacités psychiques des mutants et les intrigues sont toujours plus au centre du récit déployant des astuces narratives complexes pour embrouiller les intentions des personnages et exprimer l’approche imminente de la chute de l’Empire. Le dénouement grandiloquent repousse toutes les limites du cycle, balaye les derniers efforts de stabilité du récit perceptibles dans L’Evadé des ténèbres pour exploser dans un feu d’artifice spatiotemporel et un bouleversement total dans les identités des protagonistes.
L’enchainement des nouvelles est très cohérent dans une gradation et un resserrement autour des raisons de l’échec de l’espèce humaine qui s’éparpille en se dénaturant et laisse des individualités dégrader la communauté globale. La technologie est abordée sous le prisme de la navigation interstellaire qui devient un poison et transforme l’essaimage de l’Humanité en affaiblissement éthique et en ruée vers l’entropie.


