Divine Endurance – Gwyneth Jones

Après la mort de l’Empereur et de l’Impératrice, leur fille Élue d’entre les plus Belles quitte le Palais en direction de la Péninsule à la recherche de Digne d’être Bien-aimé son frère jumeau confié à des nomades par leur père devenu fou, accompagnée par Divine Endurance, Chatte d’une grande ancienneté et au caractère sévère. Dans la Péninsule contrôlée à distance par les Maitres au travers de la milice autochtone des Koperasi, Derveet est rejetée de la cour de Jagdana à cause de son infertilité et elle décide de réussir là où son grand-père en tant que Prince avait échoué, provoquer sous l’identité de Anakmati un soulèvement populaire dans un monde déliquescent.
Cette fantasy de quête d’identité et de libération développe une double narration et deux ambiances subtilement différentes. Le voyage de Lu provient d’un contexte divin qui menace de s’écrouler, d’un idéalisme inadapté et d’une transcendance isolée, alors que l’errance rebelle de Derveet se déroule dans un contexte plus concret d’effondrement socio-politique de cruauté systémique qui vise même les enfants, et ces deux chemins doivent se croiser. Aucun anthropomorphisme ne caractérise la Chatte qui s’absente ou grommelle et elle contribue comme Lu à la portée métaphysique de ce conte sur la nature de la réalité, ontologique et éthique, à la lisière du cyberpunk. Un décalage permanent s’exprime par la confrontation entre le champêtre et l’urbain, la candeur intouchable de Lu et le théâtre secret des turpitudes dans une société intolérante et biaisée par les manipulations génétiques, science et magie se confondant, antiquité et modernité se mélangeant jusqu’à pousser très loin le sentiment d’étrangeté qui se pare d’un certain malaise. Le côté géopolitique s’affirme tout en cultivant le mystère d’un autre âge qui entoure Lu, Di et les Maitres, d’une fonction immémoriale à la fois divine et cybernétique. Les animaux prennent une très grande place dans le récit et deviennent des personnages à part entière parmi les nombreux protagonistes. Cette fantasy à l’ampleur mythologique, saupoudrée d’un soupçon de science fiction, dessine la chronique d’une révolution violente qui renverse un monde et redéfinit la place des femmes dans la société en insufflant un espoir d’unité.