
Clotilde Saint-Rémy, paraplégique à la suite d’un accident de la route avec son mari, quitte pour la première fois sa clinique de Neuilly et attend ses quatre enfants arrivant de leurs pensionnats à l’étranger pour passer les vacances d’été dans la propriété isolée près d’Aix-en-Provence, au lieu de rejoindre leur père comme d’habitude.
En tant que thriller psychologique, l’histoire se focalise sur Clotilde, son infirmité compensée par le personnage secondaire de Valérie son aide à domicile, sa perception de la façon d’être des enfants qu’elle connait en fait bien peu, leur désir de liberté et leur fougue maladroite au sein d’une famille éclatée, rongée par l’absence. A défaut de la moindre action, le récit tient sur une ambiance pesante façonnée par les attentes hésitantes de Clotilde, ses doutes, sa frustration et sa susceptibilité menant à de véritables bouffées paranoïaques mais aussi à un glissement virtuel d’âge dans des traits de caractère et réactions émotives de grabataire. L’attitude secrète des enfants se réfugiant souvent dans les endroits inaccessibles à leur mère et leur désinvolture sensuelle font bouillir l’atmosphère, les rapprochent doucement de Valérie et bousculent les principes bourgeois de Clotilde. Le tournant du roman est la mort au volant du père, Adrien, après une visite à la famille et son refus de laisser ses enfants s’installer à l’année dans la vieille maison avec leur mère. Le texte se nourrit de nébuleuses contradictions et de l’incertitude en permanence des intentions changeantes chez Clotilde et opaques chez les enfants dans un mélange sans cesse instable de manipulation larvée et de sincérité fragile. La situation s’éclaire dans le dénouement pour s’inscrire comme une illustration d’une famille rendue dysfonctionnelle par l’argent qui a exacerbé un manque d’amour et d’empathie.

