
Arnaud Stolognan prend l’avion pour le Pérou sur les traces de débris inconnus dans la jungle signalés par son contact habituel sur place et poussé par une offre de récompense pour éclaircir la disparition dans la même région du jet privé d’une célèbre cantatrice réputée pour conserver auprès d’elle une mallette remplie de ses bijoux.
Cette histoire s’ouvre dans la tradition des escapades en forêt tropicale pour un baroudeur sûr de lui et une femme de fort caractère rencontrée par hasard qui se trouve en dehors de sa zone de confort. Mais le récit dans sa forme est atypique car François Sarkel n’a pas de temps à perdre, se passe d’une introduction posée pour lancer sans délai une action frénétique, au bout d’à peine quatre pages la rencontre entre Arnaud Stolognan et la Québécoise Florène Lafouge précipite la mission de recherche, le duo devant fuir face à l’animosité de malfrats locaux pour s’envoler à bord d’un Cessna et s’écraser après avoir essuyé des rafales de guérilleros embusqués, le tout en une quinzaine de pages. L’expédition dans la chaleur moite peut commencer, au milieu d’une faune et d’une flore à la description bien documentée, et très vite le rapprochement physique entre les deux protagonistes est consommé. Dès le début des recherches, le couple découvre les fameux débris technologiques, ce qui permet de faire un premier pas dans un apport science-fictif assez incongru, accompagné par une scène de découverte d’un charnier animal décrit dans le pur style de la collection Gore (voir La chair sous les ongles du même auteur cinq ans plus tôt) avec un choix de vocabulaire immédiatement identifiable. L’alliance entre le côté aventures, qui s’installe durablement dans le milieu naturel hostile, et la dimension de mystères, qui se concrétise avec l’apparition d’aliens, nourrit une ambiance de tension soutenue par la menace insidieuse des peuples indigènes, faction révolutionnaire armée ou tribu indienne archaïque, et par la suspicion tenace sur la sincérité de Florène. Une certaine folie habite ce texte par le choix d’injecter si vite une science fiction décomplexée qui ne s’embarrasse pas de justifications savantes, par une liberté chaotique de narration toujours surprenante, permettant de ne jamais s’ennuyer en complément d’un humour ironique, preuve que François Sarkel ne se prend pas au sérieux et ne craint pas de construire dans le désordre sans que le résultat soit pour autant bancal.