
Au cours d’une simulation de combat aérien, le capitaine Franck Martel et le lieutenant Philippe Godard émergent dans la réalité après une explosion et sortent de véritables avions pour se retrouver dans un champ de blé.
Le récit déploie un doute permanent sur un fond de cyberpunk dans la constatation par les héros de glissements spatiotemporels surréalistes et l’apparition impromptue de personnels de la base militaire près de Dijon dans l’ignorance complète des évènements. Les environs sont totalement modifiés dans le contexte d’une guerre contre l’Italie dans le passé, pour enchainer sur un cours de neurosciences dans l’amphithéâtre d’une université parisienne, sur la vie dans les égouts d’une ville inconnue sous la menace à la surface d’une planète étrangère d’extra-terrestres à la peau translucide, sur un conflit clanique dans un désert d’Am’Sud, par des allers-retours dans une chambre d’hôpital, sur l’enfermement dans une habitation lourde de magie du nord de l’Inde et sur un défilé de prostitués dans une rue de San Francisco ou Los Angeles. Les séquences décousues se suivent avec comme point commun la présence des personnages secondaires récurrents et familiers semblant jouer des rôles d’archétypes. L’explication provient de la narration parallèle du scaphandrier Christophe Legrand, seule personne protégée de l’influence hypnotique des ondes cérébrales émises par le vieil ordinateur BCX9843 rebranché par erreur. Franck s’est vite imposé comme protagoniste principal, les péripéties provenant de sa subjectivité, dictées par son obsession pour le sexe ou la projection de la jalousie de son compère Philippe, même si les interactions dans le monde illusoire forment une sorte d’inconscient collectif et un niveau de véracité partagé. Malgré la confusion du début de roman et la qualité littéraire moyenne dans l’ensemble, pourtant transpercée par quelques scènes très réussies, la folie et la construction astucieuse du contenu assurent le divertissement avec une ironie sociologique certaine.