Bifrost 46

Dans Le rôle de l’homme de Gérard Klein, l’humanité dans son ensemble a migré dans les étoiles ou dans d’autres plans de réalité. Ne reste plus qu’un seul homme sur Terre, prêt à mourir, entouré de robots à son service. Cette nouvelle a une poésie existentielle nostalgique dans la complémentarité possible entre humain et robot au-delà de la mortalité.
Dans Voyageurs imprudents de Christophe Lambert, un couple fait du tourisme temporel sur les lieux des grandes catastrophes de l’Histoire pour pimenter leurs ébats.
Dans Un espion sur Europe d’Alastair Reynolds, Marius Vargoric est envoyé à Cadmus-Astérius par Gilgamesh-Isis pour récupérer une technologie de la Démarchie des mains de Cholok, une spécialiste de l’hybridation entre homme et poisson, dans une nouvelle d’action et d’espionnage très scientifique, touffue, sombre et froide.
Dans A la chandelle de Maître Doc Stolze de Pierre Stolze, La Science-fiction d’ Irène Langlet et son approche narratologique des textes sont discutés par l’existence de novum et d’exo-encyclopédie, et cette vision est appliquée à l’analyse de Jacob le mutant de Mario Ballatin, dans un article dense mais enlevé, excentrique mais renseigné.
L’entretien avec Gérard Klein de Richard Comballot en 70 pages présente un homme qui a connu l’apparition de la science fiction dans la société française et à Paris, à travers une vie bien remplie de rencontres et d’aspirations, traversant le monde mouvementé de l’édition, semant des nouvelles et quelques romans, des articles et des préfaces sur la science fiction, sans compter ses écrits sur la psychologie et l’économie.

La millième nuit – Alastair Reynolds

Campion et Purslane font partie de la lignée Gentiane, clones proches de l’immortalité qui parcourent l’univers et se retrouvent tous les deux cent mille ans pour présenter aux autres leurs découvertes sous forme de spectacles. Les comptes-rendus de plusieurs membres ont été falsifiés et le duo se lance sur la piste d’un secret gardé par les Adeptes, une action à venir baptisée le Grand Œuvre.
La forme de policier et espionnage du récit est enrichie par un fond gigantesque de science fiction cosmologique, d’ingénierie stellaire, d’immortalité humaine et de sa vanité. Le côté un peu immature de l’enquête d’apprentis détectives autour de soirées diapositives s’insère dans le contexte d’un caprice d’élite pour abolir la durée excessive des déplacements dans la galaxie, ce qui apporte extravagance et légèreté au texte. Les réflexions sur la dimension archéologique, l’évolution de l’espèce, la mémoire et la conscience partagée, l’ingéniosité technologique, la guerre et l’éthique apportent du sérieux aux enjeux. L’univers du livre est bien développé pour son nombre de pages et l’idée du morcellement et de l’unification de l’espèce humaine comme d’un individu scindé en clones donne une profondeur poétique au contenu scientifique.