Les hommes-lézards – Jean-Pierre Fontana / Alain Paris

Les ravisseurs d’éternité 3
Un commando de la secte de la Congrégation de la Foi Retrouvée tente d’intercepter un convoi de malades catatoniques du syndrome Karelmann en direction de Nouvelle-Jéricho où ils sont tous rapatriés. Pendant le voyage les comateux se mettent à bouger quelques minutes.
Cette fois le passage d’un tome à l’autre se fait sans transition avec la présence d’Eric Wagner, le chef de la police, dans un contexte de contestation et de d’émeutes, surtout dans le quartier Sôroum. Charlie Jimba prend le relais de Hermann Strawn en tant qu’enquêteur et Karen Anderson entrevoit enfin la culpabilité de Wagner, la première couche de mystère se dissipe et demeurent les questions sur les raisons derrière la schizophrénie suicidaire du chef de la police, sur la nature du syndrome et son lien avec les conflits politiques et commerciaux au sommet de la société, faisant écho à la nébuleuse possibilité d’une immortalité. Le récit prend le temps de récapituler l’enquête de Strawn, pour être lu indépendamment, englobe les deux premiers tomes et le complot se révèle presque entièrement, l’immortalité de Ram Friedlander, Shangri-La, la seconde personnalité de Wagner implantée et la fausse épidémie qui fait de la place dans les corps pour les transformer en véhicules, menant à un nouvel embranchement dans l’évolution de l’espèce humaine. L’histoire dans son ensemble est un peu éclatée mais garde une certaine unité cohérente, l’aspect fantastique et science-fictif étant canalisé par le côté thriller et polar, l’ambiance est de plus en plus prenante et tendue, parsemée de bonnes idées comme les films muraux sur les parois des tunnels ferroviaires, la mise en abyme allégorique des trois toiles de Maitres ou celle humoristique du caméo de l’écrivain Scovel. Reste la frustration de l’annonce du quatrième et dernier volet, Les Froisseurs de temps, jamais publié.

Le syndrome Karelmann – Jean-Pierre Fontana & Alain Paris

Les ravisseurs d’éternité 2
Bobby Karelmann est pris soudain de démangeaisons très douloureuses pendant sa performance avec son groupe dans une boite et le concert terminé il tombe dans le coma, recouvert d’éruptions cutanées. Rudo Chiern est un tueur à la double identité, engagé pour faire exploser deux établissements de Nouvelle-Jéricho dans le quartier malfamé de Sôroum. Sayelma est une prostituée qui en pleine passe subit un violent accès de prurit la conduisant à l’inconscience et la catatonie.
L’unité géographique est assurée avec le précédent volet mais les personnages changent et prennent plus d’ampleur en comparaison, mieux caractérisés par une narration partagée dans des lignes évènementielles parallèles et destinées à se rejoindre au milieu d’une histoire d’épidémie mystérieuse. La mièvrerie du premier tome a disparu, remplacée par une ambiance sexualisée et trash, la linéarité de l’action laisse place à une partition de trajectoires nerveuses. Vers la moitié du livre, le Professeur Ram Friedlander réapparait fugacement et le personnage de Karen Anderson surgit pour faire le lien avec Dernier étage avant la frontière, figure féminine d’une autre ampleur que Caprice, de la même manière l’ex-Ninja Hermann Strawn ouvertement méchant et devenu enquêteur pour l’occasion est plus consistant que Verne. Le texte est moins monolithique mais plus éparpillé, il corrige certains défauts de son prédécesseur mais perd en simplicité inexorable et implacable en vue d’une fin à révélations égocentrées. Malgré tout, les dialogues acquièrent enfin une certaine solidité, proche du polar, le ton est plus adulte et le seul personnage caricatural est un homme, Tony l’amant transi de la volontaire Karen. Le microcosme du quartier Sôroum est présenté plus en détail, carte en début d’ouvrage à l’appui, montrant que le véritable personnage principal est Nouvelle-Jéricho.

Dernier étage avant la frontière – Jean-Pierre Fontana & Alain Paris

Les ravisseurs d’éternité 1
Le Professeur Ram Friedlander est un biologiste spécialiste du clonage qui a inventé la musique sensitive constituant une expérience synesthésique pour l’auditoire en transe. Il est assassiné en pleine représentation de sa dernière œuvre et Verne De Velt, jeune étudiant, apprend qu’il hérite de sa fortune et de documents scellés.
Ce livre est une plongée paranoïaque, une course effrénée pour échapper à des tueurs dont un Ninja et des policiers inflexibles d’un héros totalement perdu face à des enjeux qui le dépassent, le condamnant à bannir tout immobilisme. Sans être une orgie d’action, le récit trouve un rythme, se consacre à la vie dans Nouvelle-Jéricho, capitale enclavée à l’écart de la nature sauvage depuis la troisième guerre mondiale, dans une dystopie de société de contrôle, puis s’aventure dans les souterrains abritant les industries et une population de marginaux. Les personnages secondaires entrent dans le champ narratif linéaire de Verne et en sortent à volonté, développant tous un mystère sur leurs intentions et poussant insidieusement l’étudiant au doute hyperbolique, même concernant Caprice sa petite amie. Les relations entre protagonistes traduites par les dialogues sont formellement datées, en particulier l’amour exagérément naïf entre Verne et Caprice qui rend la jeune femme transparente, à dessein l’idée n’est pas forcément mauvaise, renforçant Verne comme centre de l’histoire dans sa paranoïa justifiée, mais un peu pénible à lire. Le couple finit par sortir de la ville et se laisse mener au château de Shangri-La, domaine à la beauté paradisiaque où les révélations jaillissent et les thématiques se rejoignent dans un complot basé sur la génétique, la dystopie politique et la mégalomanie du savant fou. Le texte joue vraiment son rôle introductif de premier tome d’une trilogie et recèle des potentielles promesses pour la suite dans son déroulement volontaire, à l’image de Verne s’échappant avec Caprice de Shangri-La avant d’être repris.

Soldat-chien 2 – Alain Paris

Six ans plus tard, Starkel n’est plus soldat-chien, mais il est de retour pour une mission secrète concernant la mafia.
Dans la même veine de polar d’action et de science fiction, les bonnes idées abondent dans le récit et les passerelles avec le tome précédent engagent une transition de cabotinage. Cette nouvelle enquête est nimbée de mystère, visant les puissants et leur compromission avec le crime organisé, se basant plus sur le passé de Starkel et développant un peu plus les personnages secondaires que dans le premier tome, mais gardant cette touche de cyberpunk bien venue, dans un récit plus subtil et humain, moins froid et sérieux. Le ton d’Alain Paris est à la fois désabusé, euphorique et teinté d’une ironie mordante dans un divertissement à l’action expéditive et aux enjeux rendus dérisoires par une sempiternelle entropie, une société malade qui ronge le héros. Finalement tout cela donne un diptyque nuancé, en évolution, qui joue avec le temps qui passe, cruel dans une société dystopique condamnée à la noirceur.

Soldat-chien – Alain Paris

Jedron Starkel est un soldat-chien, le meilleur, mercenaire insaisissable qui ne renonce jamais, engagé par le fortuné Angus Davish pour retrouver sa fille Lana enlevée par le gang Klarno tapi dans le Labyrinthe, cloaque sous la ville.
Ce polar d’action et de science fiction dystopique est d’une efficacité redoutable, la construction du récit est plutôt classique et maitrisée, avec la partition sociale et topologique de la ville, l’antagonisme entre le héros et le criminel qu’il a arrêté des années plus tôt, enfermé dans une prison en décalage temporel, mais surtout le mystère sur la personne qui tire les ficelles et pilote les agissements du gang fantoche. L’action est sanglante, avec un soupçon de cyberpunk, le personnage principal est fondamentalement seul pour gérer une jeune femme vulnérable, le rythme est soutenu, la violence sans fioritures et de très bonnes idées soutiennent l’histoire qui installe un personnage cabossé et opiniâtre de soldat-chien.

Awacs – Alain Paris

Jill Masterton est une journaliste qui couvre la guerre du Golfe en 1991, autorisée à accompagner une mission à bord d’un Awacs. Un rayon lumineux provoque une panne électrique générale au-dessus du Koweit et un amerrissage forcé. Dans la Mésopotamie en 2362 av. J-C, Gilgamesh est intronisé au terme d’une cérémonie magique. Jill et ses deux acolytes militaires survivants passent pour des dieux aux yeux de ce peuple antique. Après ce voyage temporel le trio est pris dans des luttes de pouvoir, des tensions géopolitiques aussi vieilles et simples que dangereuses.
Même s’il y a des morts le tout se passe comme dans une bonne humeur et Alain Paris s’amuse à intégrer des questions philosophiques anachroniques sur la religion et la science. Le contexte d’aviation militaire disparait vite pour une plongée dans la civilisation sumérienne, une sorte d’uchronie d’aventure divertissante, avec quand même un message sur le progressisme contre le dogmatisme, mais illustrant aussi la résistance de l’histoire à être changée par des individus dérisoires.