Pornarina – Raphaël Eymery

Franz Blazek est un vieil excentrique, fils de sœurs siamoises, obsédé par le macabre bizarre et la traque de Pornarina, la prostituée-à-tête-de-cheval, tueuse en série devenue mythe. Il a recueilli Antonie, contorsionniste orpheline, et l’a entrainée en vue de cette chasse. La communauté d’enquêteurs sur la trace de Pornarina est composée des anciens qui retiennent l’hypothèse surnaturelle et les modernes qui pensent plutôt à une mafia.
Raphaël Eymery parsème le récit de petits intermèdes sur des notions scientifiques, historiques ou sociologiques, à la manière de Bernard Werber mais orienté horreur, mais c’est son inventivité qui surprend et le rapproche de Serge Brussolo dans une exploration exhaustive de la dépravation. L’histoire est centrée sur les états d’âme d’Antonie, moralement perdue entre son conditionnement et la soudaine liberté que la mort de Blazek lui procure de facto. L’action est trépidante, la galerie de monstres bien fournie, Holmes et Watson font une apparition décalée, l’ombre d’Hannibal Lecter est toujours présente, et en même temps demeure un comique digne de la Famille Addams. Le résultat est très réussi avec beaucoup de bonnes idées et de références occultes, avec des chapitres souvent courts qui s’enchainent avec hargne pour dépeindre le destin incroyable d’Antonie et la présence indirecte écrasante de Pornarina entre décapitations et émasculations. C’est un mélange moderne d’Elephant Man, de Takeshi Kitano et Les contes de la crypte, et le tout multi-référencé se digère quand même bien.

Juste avant le crépuscule – Stephen King

Dans son introduction Stephen King dit avoir retrouvé l’art de la nouvelle avec ce recueil après avoir enchainé tant de longs romans. Dans Willa, on retrouve l’Amérique profonde, la poussière, le vieux rock dans une bourgade isolée, et une métaphore du désir de vivre et de la liberté intemporels. Dans La fille pain d’épice, une femme fait des choix et doit se confronter au deuil dans une lutte pour la survie.
Toutes les nouvelles sont traversées par la vie et la mort, avec des préoccupations temporelles omniprésentes, des réalités psychologiques difficiles et l’importante image du cheminement, des réflexions sur la création artistique et les prouesses de l’esprit en général. L’approche des thèmes est profondément psychologique, se fondant sur la perception, la conscience et la communication difficile, en une ambiance pleine d’images et de sensations. Stephen King est un raconteur, il file ses histoires et cabotine. La référence à Le Grand Dieu Pan d’Arthur Machen revient toujours et exprime très bien le fond de son imaginaire avec cette réalité comme une draperie, projection de l’esprit humain qui camoufle un monde intrinsèque et étranger que seule une conscience en état limite peut embrasser. Comme dans la nouvelle N., bel hommage à Lovecraft avec l’idée que le Mythe des Dieux Anciens est comme un rhume. Stephen King présente des histoires sombres, des évènements traumatisants, des peurs à surmonter et une nostalgie entêtante.

Napoléon n’est pas mort à Sainte-Hélène – Olivier Boura

L’uchronie n’est pas qu’une simple idée formulée à partir d’un si, la comprendre, l’explorer, la composer demande une connaissance des mécanismes de l’Histoire. Elle apparait sous sa forme moderne avec la Révolution française puis le règne de Napoléon, mêlant volonté et hasards pour la versatilité de l’histoire tributaire de détails, se nourrissant de regrets et d’espoirs. Le fait d’avoir la distance, la liberté de modifier le passé permet à l’individu d’agir au présent pour modeler le futur, schéma qui est bien incarné par Napoléon, en étant conscient de sa propre uchronie. Et si la Révolution n’avait pas eu lieu, les différents livres sur le sujet sont discutés ici, aux propos variant entre la sur-stabilité du monde et la gloire sans limite de l’Empereur, soit il est anonyme soit son rayonnement ne connait aucun revers. L’uchronie se nourrit de fantasmes et reste ancrée dans le présent. Ce qui est fascinant c’est le moment charnière, l’instant et l’évènement choisis pour redresser une destinée. A la base, la démarche uchronique repose sur le divertissement et sur la passion avec l’impératif souvent exagéré de s’éloigner de l’histoire vraie. Le comble de l’uchronie est d’avoir, après une modification significative, le même résultat. La production de ce genre littéraire dépend de la façon dont est perçu le sujet dans la société, un échec dû au destin inspire une réussite totale à la place, ou au moins autre chose de digne. Dans les élucubrations les plus belliqueuses, la technologie en avance sur son temps permet de rebattre le monde mais le héros perd de sa superbe par une tricherie à rebours. Et l’Histoire ne se laisse pas briser comme ça, il y a comme un magnétisme de la destinée et une résistance du cours du temps, une trame qui peut vibrer mais pas se disloquer.
L’uchronie dépend d’une époque, de la façon dont l’homme perçoit le passé, et que l’histoire puisse dépendre d’un accident enflamme l’esprit des perdants, avec d’autant plus de rancœur qu’ils tombent de haut. Une période peut être un terrain propice à l’uchronie où l’histoire véritable hésite dans son avancée. C’est un livre passionnant par un historien sur l’Histoire, de la Révolution à la Seconde Guerre Mondiale, sur la trouvaille de ce réflexe littéraire qui exprime le malaise d’une nation.

Sitrinjeta – Christian Léourier

Hénar fait supprimer sa mémoire, détourne un cargo et enrôle un pilote pour reconstituer un artefact mystérieux issu d’une civilisation supérieure. Depuis la récupération de la première partie et d’une femme cryogénisée offerte par le vendeur, Hénar se demande s’il n’est pas le jouet d’une machination. Ullinn est réveillée, elle est un personnage important d’un système en guerre, un aimant à complications.
C’est une suite de péripéties galactiques qui se déroule essentiellement à l’intérieur de leur vaisseau, dans la tradition de la quête cosmique basée sur l’infiltration et la diplomatie entre des espèces décrites avec une solide base scientifique. Cette science fiction amusante et rythmée avec des personnages forts et une action bien lisible se transforme, dans la dernière partie du livre, avec l’apparition d’une profondeur poétique, quand Hénar prend conscience de son passé, le hasard de la naissance. La quête devient comme mystique et même mythologique avec sa cosmogonie et des espèces diverses dans l’œuf de l’univers.

Moi, Peter Pan – Michael Roch

[03/03/24] Pan qui était Peter sent le sérieux qui infiltre Pays Imaginaire et menace l’idéalisme, par l’absence de Wendy et l’émergence d’un spleen diffus. Et Lili, fille du chef des Indiens, est là pour lui rappeler la pesanteur de l’amour, de l’attachement à l’autre.
Ce conte enfantin à la limite de la fantasy développe le thème de l’enfermement dans sa vie et de la confiance son antidote, de l’ouverture sur le monde comme un hédonisme. Et Peter Pan doit se confronter à son passé d’abandon, verbaliser son mal-être pour jouir de son présent dans une quête de sens au vocabulaire enchanté et à la poésie mutine, dans un chemin cathartique jalonné de préceptes qui doivent parler à un public jeune mais finissent dans l’ensemble par générer une légère confusion par des propos presque contradictoires montrant une incertitude psychologique derrière le masque de la vitalité volontaire, de l’élan créatif et positif qui veut éviter le trouble tout en l’acceptant.

[16/09/22] Cette nouvelle poétique se situe dans le Pays Imaginaire avec ses lieux enchantés, Montagne Tondue, Hautes prairies, Forêts Interdites, Lagon des Sirènes, Ruisseau des Fées et le Village de Cocabanes des Enfants perdus. Le désenchantement menace la contrée et Peter Pan, entouré de personnes découragées, indolentes, doit lutter contre les doutes qui l’assaillent. C’est un combat entre la poésie animiste de la candeur, une naïveté enfantine rebelle et la présence nostalgique du temps qui passe, le poids d’une angoisse.
Ce conte onirique parle forcément du refus de grandir mais aussi de la perte et de l’absence, de l’identité et du rapport aux autres, dans des situations très visuelles un peu à la manière d’un dessin animé, un joli hommage à James Matthew Barrie et à Walt Disney tendance Lewis Carroll. Ce court livre pourra bien correspondre à des adolescents, l’écriture est appliquée et inventive, les réflexions partent dans tous les sens pour aboutir à la peur de la mort et de l’abandon dans un léger clair obscur et une détresse attendrissante.

Le troqueur d’âmes – Roger Zelazny – Alfred Bester

Alf est journaliste, chargé de faire un reportage sur une boutique dans laquelle Adam le prêteur sur gage propose de vous modifier en échangeant ce que vous êtes contre ce que vous n’êtes pas. Cela déchaine la passion des hommes et voici Alf en immersion face à d’illustres clients de tous les lieux et de toutes les époques. Le Comte Cagliostro désire composer un être aux caractéristiques exceptionnelles et passe donc commande de cet assemblage qu’Alf, Adam et Gloria son assistante doivent constituer en recherchant chacune des parties.
Il y a un trou noir au fond de la boutique et la réalité a tendance à s’aplatir et à se concentrer. L’humour et la bonne humeur dans cette action inépuisable aux situations folles ne cachent pas les problèmes de science physique, une paranoïa métaphysique entre clonage et univers multiples. La créativité est débraillée, multiforme, dans une sorte de cyberpunk magique mêlant technologie, physique, chimie et biologie. La vie est un théâtre, et Adam en deus ex machina guide les espèces et les individus dans une farandole de contre-temps, ce qui étire l’enjeu polar avec un comique surréaliste et foisonnant. Ce livre commencé par Alfred Bester et continué après sa mort par Roger Zelazny démontre l’explosivité de la rencontre entre ces deux créativités qui ne manquent pas de souffle. Ce qui aboutit à un final presque mythologique et ses révélations confrontant les puissances créatrices et destructrices.

Les portes de Gandahar – Jean-Pierre Andrevon

La Reine Ambisextra charge Sylvin Lanvère, accompagné d’Airelle, de se rendre à Kraak pour acter un rapprochement entre les hommes et les animaux transformés qui se tiennent à l’écart dans cette cité, mais une épidémie se propage parmi eux. Les animaux ont été améliorés et comme pour tout ce qui est modifié par l’homme, la nature finit toujours par reprendre ses droits. Ayant découvert un système de porte qui mène instantanément sur les planètes alentour dans l’espoir d’être aidés par d’autres colons humains, l’aventure commence pour Sylvin, Airelle, Karisha la panthère noire infectée et Loh-Ric archiviste royal.
Cette fantasy sous la forme d’une fable s’approchant de l’utopie est composée d’une façon assez subtile pour ne pas uniquement s’adresser aux enfants. Le récit introduit des thèmes surtout écologiques comme la protection animale, la surindustrialisation et le risque atomique, les manipulations génétiques et les épidémies. Ce cycle de Gandahar est toujours aussi prenant avec sa faune et sa poésie exotique, son écologie et sa réflexion à l’échelle de l’espèce.

Le Necropandomenium – Abdesselam Bougedrawi

Ce recueil de courts contes d’inspiration orientale est intimement lié à l’œuvre de Lovecraft en citant dès le début le Necronomicon et Abdul Alhazred. On suit donc les aventures de Abou Oumaïda El Aaraji qui est lui aussi un poète arabe dément, peut-être un lointain cousin ou un ersatz qui ressemble parfois à Nyarlathotep, on ne sait pas, sans date pas de repère de contemporanéité. Il rencontre Ithar qui recherche la Cité d’Enaï, et l’onirisme s’installe dans un pastiche simpliste des textes des Contrées du Rêve avec sa quête symbolique toute en cheminement. Ce n’est pas de la fantasy mais plutôt une tentative de poésie maladroite, une structure de conte lourde et une philosophie inexistante, à part une nostalgie paresseuse et une circularité vaine, avec une vision de la femme rétrograde. Ce livre étrange a le mérite d’exister pour montrer à peu près tout ce qu’il ne faut pas faire.

Rouille – Floriane Soulas

Violante est une prostituée amnésique à Paris à la fin du 19e siècle, enchâssée et proposée à la haute société dans une maison de passe. Alors que des enfants et des travailleuses de la rue sont massacrés, elle tente de suivre la piste de ses origines malgré le danger. La société est très inégalitaire, violente, et le contexte de civilisation est ostensiblement steampunk avec colonisation de la Lune, prothèses mécaniques, zeppelin et lunettes d’aviateur. Violante veut à la fois venger le meurtre sauvage sur le trottoir de sa seule amie et retrouver la mémoire pour se libérer de sa condition d’esclave. Et il y a aussi cette drogue terriblement addictive, la rouille, qui fait revivre les souvenirs…
L’histoire de ce polar est linéaire, dans laquelle se débat une héroïne attachante par sa fragilité, entourée de violence et cherchant un passé chaleureux. Le côté steampunk est prégnant par la mode vestimentaire et la technologie dans une ambiance sombre à la 1900, sexe, drogue et meurtres pour un message socio-politique assez simple de libération du peuple face à la caste dominante, ce qui est cohérent. Subtil et agréablement suranné, le livre évite l’écueil de la littérature jeunesse de peu, grâce à une certaine noirceur en plus d’une action hargneuse. La référence à Dr Jekyll et Mr Hyde amène un éclairage scientifique à l’uchronie et une personnification de la décadence.

Nouvelles de poche – Jean-Pierre Andrevon

[08/09/22] Ces récits minuscules portent bien leur appellation, ils sont formés d’une ou deux phrases. Ils sont de différentes sortes, situation simpliste pour un jeu de mots plus ou moins inspirant ou une idée de non-sens poétique, ils s’adressent à la sensibilité et la créativité de chacun. Ce que Jean-Pierre Andrevon pose là peut donner naissance à un chapitre avec un enchainement cocasse plutôt qu’à une nouvelle ambitieuse. Les courtes blagues se suivent et se basent souvent sur la projection du macrocosme sur le microcosme, l’humanisation des objets ou animaux, et l’inverse, la religion par l’absurde.
La démarche de proposer un carnet de notes est louable mais tout dépend de la réceptivité de chacun, reposant sur des mécanismes imaginatifs divers et c’est comme une idée qui est catapultée dont la trajectoire dépend de notre créativité titillée ou pas. Cette extrême concision implique une précision dans le choix des mots et c’est un exercice délicat, une histoire doit exploser à partir de quelques mots. C’est une production spontanée entre Charlie Hebdo, la Cacopédie et Philippe Curval.

[30/06/25] La plupart des entrées sont navrantes, cherchant un humour surréaliste qui tombe à plat ou tentant d’opérer une ouverture qui reste flou et tellement succincte. Ce sont surtout des structures de pensée qui se répètent en changeant les noms et le contexte. Le tri dans le texte, pour séparer les bribes interchangeables de l’idée qui donne forme à l’histoire, peut être soit fastidieux soit aventureux. Toutes les obsessions de l’auteur sont présentes dont l’expression imprime une intimité et dans cette fulgurante sincérité il expose ses choix et entérine son paysage mental. Le contenu est souvent sexuel (sodomie et épilation) et même masturbatoire, rejoignant absolument l’approche directe, polissonne et exaltée de Tout à la main dans un exercice très différent, plus abstrait dans l’imagination. Bien sûr, Jean-Pierre Andrevon retourne la religion dans la dérision et sa logique délirante. Les changements d’échelle sont pléthore, la guerre est miniaturisée ou en tout cas désamorcée en isolant le théâtre circonscrit du conflit pour dénoncer dans un glissement de nature l’impact sur l’environnement. Pour être un tant soit peu transporté il faut être très ouvert à la frénésie surréaliste, similaire à la nouvelle Exzone Z dans Banlieues rouges et Le travail du Furet (ActuSF) rééditée sous le nom de Et chez vous comment ça va ? dans Manuscrit d’un roman de SF trouvé dans une poubelle, dans une ambiance de bingo de kermesse quantique. Les humains, les animaux et les objets inanimés s’échangent des caractéristiques dans un renversement des valeurs et un brouillage des modalités d’existence.

Le testament d’un enfant mort – Philippe Curval

Un scientifique a trouvé le moyen d’expliquer l’augmentation alarmante de la mort de nouveaux-nés à la fin du 20e siècle en interprétant leur activité cérébrale. Il lit les premiers souvenirs d’un bébé hypermaturé qui vieillit à grande vitesse volontairement. Grâce à des capacités de télépathie, ils atteignent la conscience collective de l’espèce et décident de se suicider. La naissance est donc racontée de l’intérieur d’un point de vue scientifique et métaphysique, le moi se forme (avec un statut privilégié pour le pouce) et doit s’adapter à l’extérieur alors qu’il désire seulement être seul dans le confort car les autres sont loin ou envahissants. La cosmogonie émane d’un tourbillon de conscience qui construit le monde pour ensuite pour ensuite mettre en doute sa réalité et ressentir son instabilité.
C’est une nouvelle intelligente aux issues philosophiques cruelles pour l’homme, montrant sa faiblesse intrinsèque, pas nihiliste mais lucide au niveau de l’espèce. On peut y voir une allégorie du rejet de la différence et de la solitude promise à un homme surévolué.

L’anneau de feu de Gundhera – Hugues Douriaux

La cité des mille plaisirs

Une quête s’impose à deux personnes, prophétisée pour l’une et subie pour l’autre : retrouver l’anneau de feu de Gundhera. Fenela, aventurière et voleuse, sauve Maloliah du bûcher, une magicienne qui lui révèle son destin, l’humanité devant être sauvée par un cœur pur. Brehynn, mercenaire capturé par l’ennemi, s’évade mais se retrouve enfermé par un terrifiant sorcier qui l’oblige à lui ramener l’anneau. Leur rencontre est légèrement érotisée, Fenela est endormie, nue, des bandits l’encerclent, et surgit Brehynn pour les mettre en déroute, et bien sûr elle n’a plus de vêtements ni de cheval. En même temps, elle est pistée par des cavaliers, les Frères d’Emoth et leur Grand Prêtre Luxkor. La confrontation entre armes conventionnelles et magie est très howardien mais le héros est un noble déchu, l’anneau et la meute de cavaliers font penser à Tolkien. La première étape de leur périple est Kraforthes, la cité des mille plaisirs, ville dans laquelle il était plus probable de connaitre des supplices. Après moult traquenards déjoués, le couple repart accompagné de Lurkhat, ami de longue date de Brehynn, et Khior un gamin esclave destiné à devenir eunuque.

La déesse de Cimbariah

La suite est moins simple, plus psychologique, des tensions apparaissent dans le groupe et la dualité formée par Fenela et Brehynn devient oppressante, avec paranoïa, culpabilité et jalousie. Moïcha, une jeune fille au caractère disparate et exotique qu’ils raccompagnent à son village, est au centre de cette situation. Le côté sentimental entre dans une phase sombre, au contraire du premier livre euphorique et résolu. Köriec, un guerrier contrebandier les rejoint au cours d’une rixe avec des Pershis, peuple barbare et belliqueux. La fantasy d’aventure n’oublie pas l’aspect ethnologique des différentes cultures, leurs tabous et leurs choix culturels concernant la religion et la spiritualité, la sexualité et la liberté. Ils arrivent au pied des montagnes de Cimbariah où se trouve le peuple balatche, et Moïcha étant une puissante magicienne, l’initiation de Fenela, incarnation de la Déesse, peut débuter. Au même moment, Luxkor a levé les Pershis pour traquer le petit groupe. La confrontation est inévitable, et Fenela, malgré sa puissance divine, décide de gracier Lurkhat. La situation est désormais hors de contrôle, Köriec le personnage témoin est mort, Brehynn et Lurkhat partent sans Fenela et Khior.

Le monstre de Palathor

Fenela et Khior entrent dans une région montagneuse pleine de tempêtes de neige et de petits cannibales. C’est lors d’un combat qu’ils libèrent Braski, servante de la reine Liviah de Palathor, Brehynn et Lurkhat les rejoignent mais la jalousie est toujours aussi présente, l’esclave libéré est amoureux de la déesse, poussant Brehynn à poursuivre sa quête seul. Il y a de plus en plus de combats et de déchirements sentimentaux, les personnages évoluent Fenela est fière et indécise, Khior est aveuglé par l’amour et la haine, Brehynn est résigné. Invité par Liviah, Brehynn devra affronter le monstre de Palathor, et de son côté Fenela s’allie à Luxkor, désireux de terrasser le monstre, et elle, avide de retrouver Brehynn. Ce tome insiste vraiment sur les tourments sentimentaux et les histoires de coucherie, moins inspiré dans la construction du récit que les autres et la fin est un peu expédiée.

Le gouffre du volcan céleste

Khior est mort, Fenela est à nouveau une simple mortelle, Luxkor a intégré la petite troupe, Braski réapparait sur leurs traces pour s’emparer de l’anneau et ressusciter le monstre de Palathor. Luxkor représente le monothéisme fanatique depuis le début mais il commence à s’imposer dans le groupe avec sa liturgie et son obsession du manichéisme. Ils suivent la direction du gouffre du volcan céleste et échappant à des dragons et autres dangers leur périple les mène dans un autre monde, à Vilhokaï la cité d’en-dessous, pour rencontrer Myrina, reine-enfant identique à Fenela par un prodige divin d’ubiquité. Cette triple facette de Fenela, déesse immatérielle, voleuse amoureuse et reine, permet de mettre en perspective le destin omniprésent. La leçon sur le monothéisme parmi les hommes est savoureuse. L’anneau de feu renferme des émanations, nées de la déesse, qui causent tous les maléfices. Fenela doit détruire l’anneau et prendre la place de son alter ego. La science fiction apparait dans la cosmogonie, et presque cyberpunk avec un réseau, des concepts personnifiés dans plusieurs mondes, une technologie qui peut modifier la réalité, un savoir dans la mémoire d’un vaisseau spatial, des réincarnations comme autant d’essais génétiques. Il reste une vision antique des humains malveillants à l’image des dieux fous, le monde n’étant qu’une dégénérescence. C’est une belle illustration d’un système fermé et vivant dont la conservation est destinée à l’échec.

Les guerriers de glace

Fenela et Brehynn mènent une vie calme dans le nord d’Amoria. Ils attendent un enfant mais leur tranquillité est rompue lorsque le duc Rahzi, père de Brehynn, leur demande de l’aide pour contrer les attaques surnaturelles de guerriers de glace contre les villages de la région. Brehynn s’était exilé après avoir couché avec sa belle-mère, et Fenela voit sa magie se réveiller. Faire ressurgir le passé est une bonne idée narrative qui marque le retour de la fantasy magique et de la science fiction transcendante imbriquées. Cette embardée dans le cyberpunk était la meilleure trouvaille du quatrième tome et Hugues Douriaux persiste dans cette voie. Le récit est classique dans l’ensemble, une quête se répète pour sauver l’humanité et voir triompher l’amour, avec un héros presque secondaire, proche de Conan sur certains aspects, une héroïne très maternelle, une histoire à la libido monumentale et moralement tapageuse.