Machines infernales – K. W. Jeter

George Dower se contente de gérer la boutique dont il a hérité de son père, génie de l’horlogerie et de la mécanique, aidé par Creff, assistant dévoué du défunt. Il n’a pas conscience de tous les trésors entassés dans l’atelier mais constate la convoitise d’étranges visiteurs.
Les aventures ici contées de ce bougre sont mouvementées dans le théâtre gothique de Londres crasseuse, les péripéties sont improbables et tellement drôles que le comique de situation, servi par l’écriture fluide et précise, éclate visuellement en tableaux puissants et incongrus. Les personnages sont monstrueux ou simplement difformes et assurément machiavéliques, trainant l’anti-héros dans un ouragan de méfaits et d’immoralité en plein XIXe siècle. C’est une histoire d’aventure fantastique, d’une fuite permanente devant la malignité et l’hypocrisie d’une Angleterre décadente, d’action débridée dans une ambiance forte faisant penser à Tim Powers ou Jeffrey Ford, avec en prime un clin d’œil à Lovecraft par les villageois à tête de poisson. L’écriture de Jeter est raffinée avec un vocabulaire riche qui sied parfaitement à l’époque décrite et sa soif de paranormal criminelle. Les thèmes de l’identité et de la mortalité sont développés par cet anti-héros passif dans l’ombre d’un père absent, et ce manque de maitrise du personnage permet de mettre en valeur les péripéties dues à son environnement malsain. La dernière partie, processus de révélation, est très explicative, Jeter laissant libre cours à son imagination avec un amusement certain, dans cette structure narrative de témoignage, chère à Edgar Allan Poe.

Consciences virtuelles – Ayerdhal

Dans un futur proche, toutes les communications passent par Transcam, une station orbitale dirigée par Caine Pauland, auprès duquel l’ONU a affecté Asunción Bailar, jeune enquêtrice virtuose de l’informatique qui chasse l’influence du MAC, un consortium financier. Sur Terre, Vlad enquête pour Interpol à propos des membres et dirigeants encore en vie du Gestalt, un groupe de recherche en cybernétique qui a enfanté une frange terroriste.
Dans ce court polar très rythmé qui baigne dans le cyberpunk, Ayerdhal anticipe la prédominance des communications dans le commerce, affirme l’impuissance d’un semblant de gouvernement mondial et pose comme décor les ingérences et les exactions de groupes d’influence. Le style est fluide et l’action ne faiblit pas, les personnages sont succinctement développés mais tiennent leur rôle dans l’enchainement de meurtres et de suicides, d’attentats, d’espionnage et de contre-espionnage. Cette ambiance paranoïaque et ce déroulement coulant de l’histoire sont les principaux atouts du livre, dense et varié, pessimiste et cynique.

Les joueurs de Titan – Philip K. Dick

La guerre a éclaté et les soviétiques ont répandu un produit qui rend l’humanité stérile. Grâce à une intervention chirurgicale l’immortalité n’est pas loin mais seuls quelques bébés naissent et les Vugs, des extra-terrestres télépathes venus de Titan, ont imposé le Jeu aux hommes propriétaires pour mener leur vie au nom du hasard plutôt que de la causalité. Pete Garden a perdu le même soir sa femme, et un titre de propriété qui se retrouve ensuite dans les mains de Lucky Luckman, grand propriétaire pouvant de ce fait participer au Jeu avec le groupe auquel Pete appartient. Un soir, Luckman disparait et Pete ne se souvient pas de sa journée.
Ce qui commençait comme une pièce de théâtre s’épanouit en une enquête policière ardue car ce sont six personnes du groupe qui sont frappées d’amnésie alors que le cadavre de Lucky est retrouvé. Difficile de savoir où se finit la paranoïa et où commence la description d’une société de contrôle, et Pete se retrouve coincé entre la résistance organisée d’humains aux pouvoirs psi (et même des précogs) et les Vugs qui veulent dominer la planète. Entre manipulations et dissimulations, les illusions et les éclairs de lucidité semblent se confondre, le héros est en plein délire psychotique et Philip K. Dick créé une bulle chaotique autour de lui en laissant s’épanouir les doutes et les craintes, la solitude de l’individu à l’échelle de l’univers.

Les enfants du passé – Luce Basseterre

Djaël Aldrin est un ancien pilote d’arche lors de la migration humaine dans les étoiles, homme presque immortel, il erre dans le cosmos à bord d’un cargo indétectable. De passage sur une planète commerçante, il achète un esclave dans le but de l’éduquer à devenir libre. D’un autre côté, Ifan Aldrin, son fils mi-humain mi-Kr’ttt, deux espèces ennemies pendant la guerre, s’investit dans une enquête sur un trafic de clones esclaves sexuels.
Le centre de l’histoire est cette relation mouvementée et ambiguë entre Djaël le mentor et son protégé Oshi engagé dans un processus entre libération et attachement, une confrontation émotionnelle et physique. Cette intimité s’insère dans une quête d’identité, exprimée par le sort de tous ces esclaves fabriqués ou le poids de l’hybridation, et symbolisée par cette plongée dans le passé des peuples sous la forme d’un polar thriller fantastique à l’allure de space opéra. Ce roman parle d’amour et de tolérance, dénonce la corruption des grandes institutions et les violences faites aux enfants, s’attardant sur la complexité psychologique et s’inscrivant dans la modernité avec les pronoms indéterminés, ce qui est aisément assimilable avec l’habitude et très cohérent. Toutes ces réflexions sont applicables à notre société en mutation concernant l’identité, la famille et le progrès scientifique.

Guerre des mondes ! – Jean-Pierre Andrevon

L’idée d’une planète Mars, à la faveur d’une connaissance parcellaire et d’observations imparfaites, grouillante de vie s’installe durablement et ensuite, malgré la preuve de sa stérilité, perdure et s’affirme grâce à un désir imaginatif des auteurs pour devenir une expression de la peur de l’invasion exogène et de la disparition de l’humanité. Jean-Pierre Andrevon s’intéresse essentiellement à La guerre des mondes de H.G. Wells, œuvre centrale du thème de l’attaque martienne, sur fond de darwinisme et de la chute de l’Empire britannique, qui influencera toute la science fiction d’anticipation par la dénonciation de l’anthropocentrisme, par l’affirmation du relativisme culturel et du développement de la relation entre microcosme et macrocosme. C’est Orson Welles qui a une idée de génie en adaptant le roman en pièce radiophonique, devenue légendaire par la mise en abyme réaliste et l’exagération ultérieure de son impact. L’adaptation cinématographique de 1953 est une trahison du point de vue idéologique, reniant le darwinisme de Wells au profit d’une récupération évangéliste. Le détournement est le même pour la version de 2005 et son message final plein de religiosité. L’analyse d’Andrevon est fine, montrant que l’œuvre originale est ancrée dans son temps, ses adaptations le sont tout autant dans le leur, passant du socialisme scientifique à la guerre froide et au patriotisme puis au protestantisme. La présence de nombreuses illustrations de martiens et surtout de tripodes est intéressante.

Une porte sur l’été – Robert A. Heinlein

Dan Davis, un ingénieur très doué pour créer des robots ménagers, s’associe à son ami Miles Gentry pour monter sa société et s’engage sentimentalement avec Belle Darkin, leur secrétaire. Subitement, Dan est trahi, spolié, et se retrouve seul avec Pete, son chat de gouttière amateur de ginger ale. Une série de péripéties mène Dan à une cryogénisation de 30 ans, pour s’éveiller avec des comptes à régler dans un monde différent.
L’aspect polar est plein d’humour, se basant sur une narration truculente, et repose essentiellement sur le personnage principal, naïf et malchanceux en amour comme en amitié, trompé, humilié et résigné face à la malice et au capitalisme sauvage qu’il ne comprend pas. Ce voyage dans le temps le pousse à enquêter sur sa longue parenthèse de sommeil. Flirtant avec le récit sombre, l’histoire baigne dans une sorte de mélancolie qui débouche sur une sagesse un peu désabusée. C’est un roman de science fiction divertissante et intelligente avec ce qu’il faut de science et de bon sens.

Quête impériale – Alain Le Bussy

Varlo est un prince un peu bohème qui a fréquenté un vieux peuple nomade et découvert leurs coutumes au lieu de s’intéresser aux responsabilités d’un Empire qui lui est promis. En premier lieu il doit se familiariser avec les Seigneurs de Guerre, superordinateur qui conseille le roi de Gersinal dans les prises de décision. Varlo s’enfuit du château pour échapper à un complot, aidé par un chef nomade. A partir de là, sur un modèle de space opéra, l’enquête du héros commence sur les traces de l’expansion humaine dans la galaxie car l’histoire se répète, l’Empire que Varlo devra diriger est le troisième à péricliter dans l’histoire de la civilisation. L’escale sur la planète Rakléion pour infiltrer la capitale d’une dictature est représentative du style action aventure et infiltration mais aussi de la métaphore mythique du peuple hiérarchisé que dirige à distance des êtres supérieurs.
C’est un héros poursuivi, en quête de vérité à bord d’un vaisseau spatial, qui sait se servir d’un pistolet laser dans un contexte de sociétés totalitaires chancelantes, de l’immense histoire de l’Empire humain, de la résistance séculaire d’un peuple bohème discrètement inséré partout, et d’absence totale de personnage féminin notable. Dans ce roman divertissant pas dénué d’humour, Alain Le Bussy réussit à donner de l’ampleur à l’histoire, surtout grâce à des non-dits propices à l’imagination, en moins de 200 pages.

Ce qui n’est pas nommé – Roland C. Wagner

Ce qui n’est pas nommé


Dans ce texte d’une magnifique fantasy, Roland C. Wagner développe l’histoire d’une civilisation basée sur la simplicité de la vie et du langage, une sorte d’utopie avec ses défauts, ses castes et un système proche du despotisme éclairé. La société est modelée par les concepts que véhiculent les mots, et sur le long terme un vocable qui disparait à dessein entraine ce qu’il désigne avec lui dans l’oubli. Nommer une chose la fait exister et c’est cette volonté de ne pas évoquer le mal qui s’approche de l’indicible lovecraftien du titre de cette nouvelle. La qualité de rédaction et cette conception naïve d’une causalité erronée amènent une ambiance de douce tristesse.


Pax Americana

[04/2022]Cette novella d’action et d’anticipation est profondément écologiste. La pénurie d’énergie a modifié la situation géopolitique globale. Le début des années 2000 est évoqué avec nostalgie et un groupe de jeunes prépare l’élimination du président américain, satyre séducteur. Ce livre questionne l’activisme politique, ses limites et ses conséquences, avec la fin des années 60 en tête.
L’univers de Roland C. Wagner est bien présent en extrapolant la situation de la civilisation, on peut y voir un plaidoyer pour la décroissance, la gestion des déplacés climatologiques et l’aveuglement structurel politique. C’est un livre très court, engagé, agréable à lire, traitant un sujet sérieux (pollution et capitalisme) avec humour et volonté de divertir.


[12/2022]Des banlieusards anarchistes projettent un attentat contre le président américain. Éditée en 2005, cette novella présuppose la pénurie de pétrole et le rejet du tout nucléaire pour situer son uchronie dans le ton de ses débats avec Folles années folles. Roland C. Wagner donne l’instantané d’une société aux prises avec des problèmes écologiques, migratoires et politiques sur fond de décroissance civilisationnelle. Il développe le côté polar avec entrain et humour à propos d’activisme, de communication et d’influence en pressentant l’importance d’internet.
 


Musique de l’énergie

Un groupe de punk rock tente de survivre dans les États-Unis effondrés et disloqués entre communautés libertaires et enclaves puritaines dans une agressivité latente. Le texte est traversé par l’esprit du rock et le groupe entre dans un trip télépathique qui les mène dans la Psychosphère, une sorte de monde parallèle immatériel de constructions mentales. Face au collapsus de la société et à la menace de disparition du rock, le groupe donne un concert onirique qui retrace l’histoire de ce genre de musique pour éveiller les consciences. Comme dans une crise comateuse le symbolisme constitue les égrégores de cet univers archétypal. C’est l’histoire d’un groupe de jeunes, nés dans les années 80, en pleine expérience initiatique à l’échelle de l’espèce, des aventures fantastiques dans la mort du rêve américain, d’un hommage à une génération, une énergie, un mouvement et une force vive impalpable qui traverse les époques, et finalement un cri d’amour acerbe mais d’une douce nostalgie pour une certaine part de la culture américaine.
 


Pour qui hurlent les sirènes


Deux groupes d’activistes sont au centre d’une lutte d’influence cristallisée par la musique. D’un côté, les rockeurs menés par Killer, et de l’autre le Gestalt, assemblée d’esprits dans la Psychosphère, qui souhaite imposer l’amour et la paix par un disco modifié. Allant de pair avec Musique de l’énergie, le rock est un soulèvement face à la manipulation et l’appauvrissement culturel, le populaire face au commercial, la société des années 80 s’effrite et la posture baba-cool est un endormissement.


 
Ce sont des textes sur la sobriété, la simplicité, la mesure, les dangers de l’outrance, la vacuité de la vanité, la déconstruction de la civilisation et la question de savoir si cette régression est définitive, le réapprentissage de la base en science et technologie, les sources d’un rebond dans ce qui a disparu, d’une liberté culturelle, premier socle de tout état de liberté.

Le masque vide – Philip José Farmer

Ramstan, avec son équipage, s’enfuit après avoir volé la glyfa, déesse sous la forme d’un œuf contenant un microcosme, dans un temple de la planète Kalafala. Pisté par les Tenolts spoliés, il est sur les traces d’une légende extraterrestre, le bolg, destructeur de mondes.
Le anti-héros se lance dans une quête initiatique à l’échelle de l’univers, de la divinité et de l’immortalité, dans un space opéra magnifiquement construit et monstrueusement créatif, d’une grande maitrise pour un écrivain à ses débuts. D’une moralité douteuse et tiraillé par son ancienne foi musulmane, Ramstan est paranoïaque, il veut se persuader que la glyfa le manipule depuis le départ, il a un côté pathétique dans ce maelström de prédestination, d’action nerveuse et des rebondissements cruciaux. Bien que centré sur l’aventure, avec des détails sur les environnements et l’exobiologie, ce roman apporte beaucoup de profondeur au genre, une réflexion sur l’infirmité de l’esprit humain face au cosmos et son potentiel à être manipulé, la peur de l’inconnu. Cette réflexion sur les révélations mystiques monothéistes et l’égocentrisme apporte de l’intensité physique, de l’éthique et une tension nerveuse au récit qui se teinte de philosophie et de théologie dans des visions astrophysiques. L’histoire a un côté épique et antique avec les thèmes de l’illusion et de la communication divine mais aussi le mysticisme structuré de la multiplicité des mondes et la structure fractale des univers. Proche d’un délire psychique, une sorte de mélange entre Dick/Zelazny et Lovecraft, ce livre dégage une grande puissance et façonne des images d’une ampleur angoissante, d’un malaise cosmique et d’une insignifiance humaine ironique.

L’oiseau d’Amérique – Walter Tevis

La société périclite, dirigée par des humains déracinés et acculturés, aidés par des androïdes dont Robert Spofforth est le modèle le plus avancé mais aussi le plus malheureux dans l’impossibilité de se suicider. Le monde des hommes est vidé de sa substance, un désert social trop codifié. Spofforth charge Paul Bentley de doubler en sonore les mots et phrases qui apparaissent dans les films muets, une plongée dans le lointain passé. La société est devenue amnésique et un apprentissage, un peu comme dans Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes, se met en place pour acquérir la lecture et l’écriture, la réflexion. Il rencontre Mary Lou Borne, une femme hors du système qui ne prend pas la drogue distribuée partout et lui inspire de faire pareil. La déconstruction de la civilisation était inévitable, la population humain s’est raréfiée et il n’y a plus de transmission de la culture et du savoir.
L’histoire est touchante et la mise en abyme du lecteur qui voit le personnage s’émerveiller devant un livre joue beaucoup en ce sens émotionnel. Les thèmes sont traités par ricochet, par le miroir ontologique de l’androïde, par la preuve de l’écroulement de la société contrôlée par des robots qui briment et façonnent les humains à la naissance d’une façon erronée. C’est un livre d’aventures mais aussi sur la solitude, sur l’absence de sens et la disparition, l’oubli et la modernité, vers un coma chimique et télévisuel, la superstition et les règles apocryphes, vers une dystopie absurde. C’est surtout un cri pour la liberté avec un questionnement théologique, quand la volonté divine est dévoyée pour devenir folie. L’éducation et l’ouverture sur l’autre constituent le ciment de l’humanité, se révélant dans une poésie candide.

Compartiment terreur – Brian Lumley

Brian Lumley est un maître anglais de la terreur et un grand continuateur de Howard Phillips Lovecraft. On rencontre dans ces nouvelles une mer qui grignote un village et une moisissure qui transforme les hommes en caricatures, des membres grimés d’une secte mystérieuse en plein rituel dans un train, la source d’inspiration d’un auteur connu de récits d’horreur par des pensées migrantes, un forage sous-marin qui dérange un dieu terrifiant, un organisme vampire entre réalité et illusion, un jeune homme qui découvre qu’il n’est pas humain et se réfugie dans la cité de ses ancêtres, l’emprise discrète d’une divinité cthonienne, et ses séides, provoquant des tremblements de terre en se déplaçant.
Certaines nouvelles se réclament ouvertement de l’œuvre de Lovecraft alors que dans les autres les références sont plus subtiles mais sans équivoque avec des tentacules, des grimoires maudits et des entités cosmiques emprisonnées. Dans ces pastiches légers on retrouve une ambiance à l’européenne, à la fois gothique et campagnarde, une prédilection pour le récit épistolaire et de témoignage entre folie et destin implacable, une obsession pour les civilisations mortes et pour les métamorphoses de l’être.

Le chant des Fenjicks – Luce Basseterre

Dans cette préquelle à La débusqueuse de mondes, deux protagonistes vivent des aventures chaotiques et tragicomiques. Smine Furr fait partie d’un monde de chats galactiques en plein dépeuplement pour cause de stérilité et poussés sur la voie de l’hermaphrodisme. Waunak Du, un lézard comme tous les Chalecks, lance un projet pour appâter des Fenjicks, de plus en plus difficiles à attraper, à l’aide de bébés tenus en cyberlaisse qu’il guide de son cybersquale. Ils sont malgré eux en première ligne pour la libération des Fenjicks modifiés.
Au début ce livre peut paraitre ardu dans la mise en place très riche d’une situation géopolitique complexe. Cette science fiction biologique, dans l’esprit de Philip José Farmer, se mue en space opéra à l’action trépidante et s’épanouit dans une bonne humeur réjouissante en variant les points de vue, y compris ceux des cybersquales connectés entre eux. Ce côté joyeux et la multiplicité des espèces font penser à Roland C. Wagner. La modification des Fenjicks leur a apporté l’intelligence et il leur reste à conquérir la liberté, ce qui renvoie à la cause animale, et les autres espèces considérées comme supérieures doivent changer pour leur reconnaitre l’autodétermination. La forme du récit est moderne, pleine de vitalité, d’extra-terrestres improbables et d’un foisonnement de cultures. Ce livre est revendicatif, le sexe est traité d’un point de vue sociopolitique, et contrairement à la parcimonie de La débusqueuse de mondes, l’écriture inclusive est présente du début à la fin ; il faut s’habituer et ce défaut qui n’en est pas un, très cohérent, développe un ton original en phase avec son temps grâce à des métaphores multiples.. La relation à la mémoire personnelle ou collective est centrale, une identité pour des personnages principaux tous attachants dans un récit rythmé qui se concentre de plus en plus sur l’action et le charisme des squales, après une partie géopolitique un peu statique mais nécessaire, ce qui prouve la profondeur et le sérieux du propos dans toutes ces destinées qui s’entremêlent. La particularité grammaticale ne doit pas éclipser la richesse et l’énergie de ce roman.