Rut aux étoiles – Philippe Curval

Jean Daumale est un pilote envoyé pour terraformer les astéroïdes de la ceinture ultra-martienne en compagnie de son ami navigateur Claude Castair. Sur l’astéroïde Cosvaul ils trouvent une anémone de métal et se réveillent ensuite sans souvenirs précis à bord du Magellan, leur vaisseau qui est soudain pris dans un orage cosmique et victime d’avaries, les obligeant à se poser sur un planétoïde au centre du nuage magnétique. Obligés d’écourter leur mission ils rentrent au bercail, accueillis par un contre-amiral Darche déçu, et vite enlevés par un Vénusien et un Jovien désireux de connaitre la teneur de leur rapport secret. Jean et Claude sont considérés comme déserteurs mais ont l’opportunité d’acheter le planétoïde Pan sur lequel ils produisent un vin spécial. Une maladie inconnue décime les colons sur Pan et leur breuvage devient une drogue interdite aux yeux des autorités terriennes. Avec leurs associés ils doivent garantir la pérennité d’un système de contrebande.
L’histoire débute dans une science fiction d’action aventure, une claustrophobie cosmique et un malaise métaphysique dû aux distorsions de la perception. La narration est dynamique, se déplie dans des basculements, décrit un ensemble d’expériences limites qui installent l’inconfort quantique, formalisation de l’abstraction qui convoque la sexualité pour figurer les principes cosmogoniques et ontologiques de la génération et de la reproduction. Dans cette aventure temporelle imprégnée de paranoïa et d’incertitude, Jean est le vrai héros aux capacités mentales et psychiques lui permettant de créer un gestalt dans l’expédition pour lutter contre les entités chronovores, dans un souci continu de jouer avec des idées scientifiques et décrire leur application. La structure du récit est atypique en une boucle mémorielle à la causalité fluctuante de manipulations inconscientes.

L’école des assassins – Thomas Day – Ugo Bellagamba

A Hong-Kong, Ryu l’Acrobate et Terri le Phénix font partie des Assassins biologiquement améliorés par Marion Strauss pour le compte de Voyager Concept, une entreprise internationale qui veut se débarrasser de Cassandre devenue dissidente en rejoignant Peter le Samouraï. Voulant en savoir plus, Ryu sauve Cassandre et devient renégat à son tour.
Cette science fiction cyberpunk est avant tout basée sur l’action au travers de combats survoltés, avec une base de technologie futuriste et un fond de spiritualité asiatique, Ryu pouvant jouer avec le temps en accélérant son organisme dans un bullet-time différent de celui de Matrix, l’ensemble ressemblant à un mélange de superhéros et d’arts martiaux avec gunfights. L’état d’esprit de la collaboration des deux écrivains est nourri par le divertissement de grand spectacle, opposant des personnages monolithiques dans une tragédie démesurée aux quêtes d’identité cruelles. Le dynamisme et la tension du récit sont sans répits, le livre est court et intense dans une surenchère fructueuse et efficace à base de violence esthétisante, de modifications biomécaniques et de guerre mafieuse.

Clameurs – Portaits voltés

Alain Damasio. La démarche initiale d’Alain Damasio est fondée sur la sociologie, la psychologie et surtout la philosophie. Influencé par Nietzsche et Deleuze il épingle les cours donnés dans les grandes écoles de commerce. Son premier roman, La zone du dehors, est avant tout de la philosophie politique et de la poésie, servies par une histoire qui illustre la lutte contre la dévitalisation des individus et l’endormissement des esprits bercés par la technologie. La horde du contrevent montre l’énergie positive déployée par une communauté horizontale. La zone du dehors dénonce l’asservissement intégrée dans une illusion de liberté. Le premier est socio-politique, très conceptuel avec des convictions fortes, le second est plus poétique, influencé par Mallarmé, ancré dans un réel vivant. Cet entretien datant de 2014 permet de mieux comprendre le processus créatif d’Alain Damasio et la genèse de ses œuvres.
Stéphane Beauverger. Littéraire à la base et passionné de science fiction et de BD, Stéphane Beauverger devient journaliste avant d’être scénariste pour le jeu vidéo et la BD. Ce lien à la technologie se retrouve dans son mémoire sur le cyberpunk. Chromozone, son premier livre édité, est basé sur la pulsion d’autodestruction et l’instinct de survie. Avec Les Noctivores et La Cité Nymphale, la trilogie est constituée et sonorisée par Hint. Ensuite Le Déchronologue est un roman de flibuste et de voyage dans le temps, d’aventure et d’histoires d’enfance.
Jacques Barbéri. De son enfance il tient une arachnophobie mais aussi une passion pour les insectes et l’astronomie, rêveur et intrépide. Il a une grande expérience dans le milieu de l’édition et de la télévision, témoigne de l’évolution de la science fiction française et décrit son arrivée dans La Volte, entre réédition et continuité, composition musicale et intérêt pour la science.
Emmanuel Jouanne. Il était un garçon plutôt introverti à l’imaginaire fertile. Comme Jacques Barbéri il développe une passion pour la musique et multiplie les collaborations littéraires. Il a eu une vie personnelle mouvementée et une trajectoire contrariée pourtant vite lancée avec Damiers Imaginaires et Nuage.
Philippe Curval. Toute sa vie il a cherché à pratiquer la liberté, réticent au carcan social avec des envies d’aventure, un besoin d’évasion par rapport au réel, une sorte de surréalisme qui multiplie et relativise les points de vue. L’onirisme permet l’extrapolation socio-politique et la spéculation en décalage d’un monde en construction, tributaire des responsabilités individuelles.
David Calvo. Il a grandi en jouant aux jeux de rôle et aux jeux vidéo, d’abord dessinateur la scénarisation s’est imposée avec un sens du merveilleux foutraque. Sa création est versatile, due à un imaginaire foisonnant et très personnel, un univers mouvementé et à fleur de peau. Son genre de prédilection est une fantasy sans limite où le merveilleux intègre la réalité.
Léo Henry. A l’adolescence il pratique beaucoup les jeux de rôle, devient scénariste et, en parallèle, commence à écrire des nouvelles qui sont publiées et enchaine sur des recueils et des BD en collaboration, mû par une forte volonté d’expérimentation.
L’entretien avec Emmanuel Jouanne est présent dans Bifrost 43, ceux avec Jacques Barbéri, Philippe Curval et Léo Henry sont les versions complètes des versions dans Bifrost 37,31 et 74, les autres sont inédits.

Sixième colonne – Robert A. Heinlein

Les États-Unis s’écroulent sous l’offensive de l’Empire Panasiate au moment où Whithey Ardmore se rend à la Citadelle, une base militaire de recherche creusée sous une montagne. A son arrivée il découvre seulement cinq survivants à un accident lors du test d’une arme nouvelle mené par le Dr Ledbetter, mort avant d’avoir maitrisé son ingénierie révolutionnaire. Il reste donc trois scientifiques, trois simples soldats et Ardmore, ancien publicitaire, pour développer l’avancée technologique et organiser la résistance à l’envahisseur. La religion étant tolérée par les occupants, c’est par ce biais qu’ils décident de s’implanter dans les villes.
Avant l’invasion extra-terrestre vient, dans la thématique de l’étranger, un exercice de pensée anticipant les problèmes de la colonisation guerrière interculturelle humaine. La dénonciation du racisme soutient un pacifisme et un universalisme bien au-delà de la religion. La vivacité positive du récit ne masque pas la critique de l’impérialisme, avec un cynisme malicieux, en relativisant dans un miroir la position de vainqueur et en questionnant l’interventionnisme lors d’une guerre. Les questions du statut des civils innocents pendant le conflit et ensuite de la reconstruction politique du pays préfigurent la tentation viciée d’une utopie vouée à l’échec.

Mémoires d’Ijon Tichy – Stanislas Lem

Dans Sauvons le cosmos, Ijon Tichy voyage dans l’univers et constate l’entropie, l’influence néfaste de la présence humaine et l’adaptabilité prodigieuse de la faune et de la flore. La succession des descriptions exobiologiques est un plaidoyer universaliste pour l’écologie et le sens des responsabilités en ne cédant pas à l’anthropocentrisme.
Dans Mémoires d’Ijon Tichy, le Pr Corcoran invente une machine contenant un univers virtuel auquel sont connectés des réceptacles d’esprits simulés pour une existence illusoire mais générée par un hasard quantique, une indétermination réaliste. Dans une chaine infinie de mondes en cascade, le créationnisme est relatif, l’irrationnel n’est qu’imperfection technique. Il rencontre le Pr Decantor qui est l’inventeur d’une procédure pour capturer et enfermer éternellement l’essence d’une personne, devenant son âme incorporelle. Puis le Pr Zagul a trouvé le moyen de créer une copie physique parfaite d’un individu dans un incubateur. Molteris voulait inventer une machine à voyager dans le temps mais sa trouvaille ne fait que l’accélérer en guise de saut vers l’avenir. Dans l’histoire de la robotique, les machines à laver ont initié une évolution du marché vers une dimension multitâche et les machines finissent par vouloir être l’égal de l’homme, ce qui occasionne une vraie guerre juridique.
Dans La clinique du Docteur Vliperdius, Ijon Tichy fait la visite d’un établissement psychiatrique pour robots.
Dans Le Docteur Diagoras, Ijon Tichy découvre l’avancée des travaux du Dr Diagoras, ses recherches démiurgiques sur l’adaptation et l’autonomie des organismes vivants.
Dans Le professeur A. Donda, Ijon Tichy vit en Afrique une aventure mouvementée en accompagnant Donda, un escroc arriviste qui décide d’étudier scientifiquement la sorcellerie et développe la svarnétique jusqu’à la fin du monde technologique.
Cette galerie de savants fous permet à Stanislas Lem d’explorer l’évolution de la cybernétique, la métaphysique et tout ce qui échappe à l’intellect humain, avec un humour constant de jeux de mots, de rebondissements loufoques et de sophismes délirants, s’alliant au fantastique et au surnaturel pour donner une science fiction légère et ancrée dans la première partie du XXe siècle. La réflexion par l’absurde mène au non-sens mais révèle le fond de l’homme et la grandeur des mystères de l’univers dans une anticipation scientifique joyeuse et grandiloquente.

Boris au pays vermeil – François Darnaudet

Francis descend du bus en courant pour acheter des boissons et le voit repartir avec Boris son fils de deux ans dedans. Après une recherche paniquée il retrouve son fils sous un siège du bus rempli des cadavres criblés de balles des autres voyageurs. Francis veut réussir sa paternité, beaucoup mieux que sa vie professionnelle, comme peintre banal, et sa vie sentimentale, étant séparé de Catherine la mère de Boris. Aidé par son ami peintre Alain et Charles un journaliste travaillant sur des scandales politico-financiers, Francis se lance sur les traces de la bande de tueurs, le groupe étant renforcé par l’arrivée du Poulpe.
Dans l’ensemble c’est un polar posé, poétique et sensible, les scènes d’action font avancer l’enquête mais dans les intervalles se déroule une vraie ode d’un parent à son enfant, de son attachement psychologique et biologique. Le Poulpe devient un personnage secondaire et l’univers journalistique s’estompe, reste cet amour inconditionnel dans un décor très particulier propice à l’art pictural. Le message est d’apprécier l’instant présent, délivré d’une façon libertaire et un peu anarchiste. La mise en abyme existentielle devient vertigineuse, François Darnaudet à travers cette uchronie autobiographique imagine, son fils ayant onze ans en 2001, ce qui aurait pu leur arriver lorsqu’il avait deux ans.

Cookie Monster – Vernor Vinge

Dixie Mae, après une semaine de formation, commence son nouvel emploi au service clients de LotsaTech, une grande entreprise dans la haute technologie. Victor son collègue reçoit un mail mystérieux qui la concerne, la raille sur un plan personnel et semble contenir des indices sur son émetteur. En compagnie d’Ellen, d’un autre groupe de travail, le trio se lance dans un jeu de piste sur le campus de l’entreprise et ses différents bâtiments sur les traces de Gerry Reich leur supérieur direct. Ils découvrent que leur mémoire est manipulée et rencontrent un double d’Helen.
Ce thriller distille des touches paranoïaques avec de la légèreté, faisant miroiter à la fois des questions sur le temps, les souvenirs, le clonage, la simulation virtuelle ou une distorsion quantique, une mise en abyme électronique dans le contexte de la vie professionnelle au sein d’une entreprise planétaire. Le fondement du propos est très scientifique, illustré par ces histoires individuelles entremêlées qui forment une anticipation de l’évolution de l’Intelligence Artificielle vers la conscience, qui introduisent une réflexion ontologique et éthique sur la création de bulles univers quantiques simulées, prisons sans causalité classique.

Parabellum tango – Pierre Pelot

Woodyn Noman est né en Hors-Vue, un territoire anarchique et sauvage, mais il a réussi à devenir Citoyen du Domaine de l’Œil, enclave à la société structurée par la Loi et un Programme Personnel, une planification mentale personnelle pour assurer la stabilité et la cohésion. Intégré depuis quatre mois et désigné comme colocataire de Doni, il reçoit Grand Voyou son Animal de Compagnie, soutien psychologique, confident et conseiller rationnel, chat communiquant par la pensée et la parole. Malgré cette vie organisée et tournée vers un bonheur aveugle, Woodyn pense toujours à Héléna qu’il a laissée en Hors-Vue, maintenant avec Anton Girek, musicien révolté qui galère. Tipul Benjep, dresseur qui s’est occupé du chat, doit effectuer son Service Obligatoire en Hors-Vue pendant trois ans comme tous ceux qui sont nés dans le domaine.
Dans une ambiance paranoïaque, la dystopie réside dans cette société du contrôle, de la vassalité, de la surveillance et de l’endoctrinement. Girek représente la touche de chaos tolérée par le pouvoir, rébellion homéopathique qui devient ordinaire et folklorique, tandis que Noman est l’exception qui confirme l’impossibilité de la perfection systémique et l’existence d’aléas psychologiques dans un voyage symbolique d’un mode de vie extrême à un autre, de la liberté entropique à l’esclavage choisi et transparent.

La faune de l’espace – A. E. Van Vogt

Une expédition scientifique se pose sur une planète lointaine, aux abords d’une ville morte où les spécialistes de chaque discipline qui forment le groupe d’étude rencontrent une sorte de chat pourvu de tentacules, maitrisant l’énergie et d’une force brute. A la faveur de l’intelligence chafouine de l’alien et de la négligence des humains, le spécimen monte à bord du vaisseau. Elliot Grosvenor est un nouveau membre affecté à la mission, un nexialiste qui pratique l’unification des sciences et permet d’éviter la prise de contrôle du vaisseau par l’extra-terrestre.
Le roman débute par une science fiction d’action face à une espèce inconnue pour déployer les conditions d’un space opera avec l’instabilité de l’équipage, entre savants et militaires, et les agressions extérieures. La mission est un test pour le nexialisme dans ses méthodes de manipulation du cerveau pour améliorer l’apprentissage et de résolution de problèmes par une compréhension globale de l’environnement. Dans la pratique ils doivent faire face à différentes formes de vie comme des extra-terrestres télépathes qui provoquent la panique à bord et un être à demi solide qui vit dans les espaces interstellaires. A chaque fois les organismes étrangers s’infiltrent dans le vaisseau et le nexialisme permet de trouver la logique menant à la solution. C’est un jeu d’énigme destiné à transcender l’impossibilité de comprendre ce qui dépasse la conscience humaine, déborde des perceptions et se trouve hors de l’entendement. Cette illustration de l’évolution des espèces, des limitations comme l’anthropocentrisme et de l’incommunicabilité entre intelligences hétérogènes ressemble à un épisode de Star Trek, alliant réflexion universaliste et pragmatisme, science et politique, à propos de physique, de psychologie et d’exobiologie. Des choix forts sont faits dans le récit comme l’absence de personnage féminin, les aliens forcément hostiles dans une altérité dangereuse et le statut du héros Grosvenor presque divin, développant via le nexialisme une utopie totale qui unifie connaissance et conscience dans un univers où chacune de ses parties participe au cycle de vie et de mort.

Roma Æterna – Robert Silverberg

Robert Silverberg réécrit l’Histoire de l’Empire Romain en postulant que l’Exode des Hébreux menés par Moïse est un échec. Pour perdurer l’Empire doit lutter contre les innombrables cultes exotiques et consolider son unité, malgré la distance entre Rome et Constantinople, pour repousser les invasions barbares. Ensuite, un prophète de plus en plus populaire à La Mecque, prêchant le monothéisme, est assassiné de manière préventive. La nouvelle obsession de l’Empereur est la colonisation du Nouveau Monde, lançant des expéditions toutes repoussées par les Mayas avec à leur tête un roi danois. Ces errements ont affaibli l’Empire occidental, désormais menacé par l’Empire d’Orient, précipitant le chaos dans une immensité devenue ingérable. Rome tombe entre les mains des Grecs mais le frère de l’Empereur déchu part en exil organiser la résistance. La suprématie grecque s’écroule à son tour et les romains s’affirment avec les débuts de la technologie, jusqu’au stade steampunk.
L’uchronie est développée au travers des aventures cruciales de personnages-clés dans l’Histoire qui impactent la vie politique et la face du monde. Comme tout Empire, son développement est un équilibre entre son étendue et son degré de centralisme, son système politique de la République au despotisme et le caractère de son dirigeant. Au fil des siècles les mises en abyme abondent et une sorte de résistance au changement de la réalité est seulement bousculée par des fulgurances individuelles souvent extrêmes. La civilisation adopte un schéma cyclique alternant expansion et nécrose, se nourrissant du changement pour évoluer par des étincelles de folie. La disqualification du monothéisme est jubilatoire, l’humour est bien présent dans ces tranches de vie et cet exercice de style facilite le lâcher-prise.

L’homme qui haïssait les femmes – Élise Fontenaille

En plein délire paranoïaque antiféministe, un après-midi de décembre 1989 à Québec, Jamal Ghazali alias Gabriel Lacroix entre dans Polytechnique et tue froidement 14 jeunes femmes avant de se suicider. Il laisse derrière lui de l’incompréhension, de la tristesse et de la colère mais aussi de la culpabilité.
Torturé en Algérie, son père était violent, ils ne se sont pas revus depuis le divorce, sa mère engagée dans la communauté catholique est effondrée, sa sœur n’a eu qu’une overdose comme avenir. Tous les hommes présents lors du drame se sentent lâches et indignes de vivre. Les répercutions concernent les individus mais aussi la société en pleine transition qui cherche les causes et les responsabilités dans un contexte culturel et politique. La violence est un poison qui s’infiltre durablement et produit des effets paradoxaux, les conditions d’une séparation aveuglante des sexes.

Les lumineuses – Lauren Beukes

Harper Curtis est un tueur en série temporelle se déplaçant dans le 20e siècle à partir d’une maison abandonnée, sorte de gare qui dessert les époques et l’aiguille à partir d’objets dans un tableau de chasse jusqu’à ses victimes. Kirby est une étudiante qui a miraculeusement survécu à sa rencontre avec Harper, qui devient stagiaire dans une rédaction de Chicago pour le traquer, avec l’aide de Dan Velasquez passé des homicides au sport.
Cette traque tient du polar sanglant et du fantastique très sombre qui fait penser à Stephen King, une lutte pour la survie, un chassé-croisé autour d’une maison maléfique, un jeu de piste au gré d’objets semés dans le cours du temps entre anachronisme et paradoxe. Le personnage de Kirby est puissant, prototype de la survivante, elle concentre la résilience. Le récit superpose la psyché du tueur, le mal absolu, sa prise de décision et l’organisation de sa vie autour de cette mission qui lui échappe, et surtout le statut des victimes, êtres singuliers désignés par le sort. Tout n’est qu’incarnation d’archétypes dans cette histoire du siècle d’un point de vue meurtrier parmi la pauvreté et la décadence, dans un enchevêtrement de nœuds de la destinée, un cercle auto-alimenté brisé par le désir de vivre.