L’homme qui mit fin à l’histoire – Ken Liu

Akemi Kirino est une physicienne qui a mis au point avec son mari historien Evan Wei un moyen de voyager dans le passé, se focalisant sur les évènements survenus en Mandchourie occupée par les japonais dans les années 30 et 40, les meurtres et les expériences inhumaines menées par l’Unité 731. A défaut d’enregistrement cette immersion est destructrice, posant un dilemme méthodologique comme en archéologie classique, et ce contact à rebours avec la vérité embrase les susceptibilités nationalistes, la Chine se dédouanant, le Japon niant et les États-Unis ayant du mal à assumer l’immunité donnée à l’époque aux criminels en échange des résultats de leurs expérimentations.
Cette science fiction ne se préoccupe que d’éthique, posant des questions philosophiques sur l’Histoire, la relation des témoignages subjectifs avec la notion de vérité ne parvenant pas à éradiquer le négationnisme. Le moment revu fait partie du passé, et le ramener dans le présent montre la linéarité de la construction du monde des hommes pour prendre conscience que le présent est construit sur le passé, par le principe de la flèche temporelle, à la mesure de la nature humaine et à l’échelle de l’espèce, le livre atteignant un propos universaliste sur un sujet très complexe.

London Bone – Michael Moorcock

Dans Le Cardinal dans la glace, le témoignage épistolaire du membre d’une expédition de reconnaissance sur une planète lointaine raconte leur découverte d’un cardinal catholique pris dans la glace d’une paroi de la montagne. Au sein de l’équipe l’atmosphère devient tendue, emplie d’un mysticisme obsessionnel à la portée surréaliste.
Dans L’Os de Londres, un escroc met en place un trafic d’os de dinosaures naturellement fluorescents trouvés dans le sous-sol de la ville, avant de découvrir que ce sont des ossements humains lumineux par une réaction chimique avec la terre de très anciens cimetières. Cette nouvelle est exubérante, à l’image de son personnage principal, se moquant du tourisme international, de la culture artistique populaire, des scrupules capitalistes, de la frilosité religieuse et de la versatilité de l’opinion publique.
Dans Un samedi soir tranquille à l’Amicale des Pêcheurs & Chasseurs Surréalistes, Jehovah rend visite à la clientèle d’un bar pour discuter et répondre à des questions. Le parallèle entre Dieu et le libéralisme économique montre que l’homme est un mauvais produit qui mérite l’extinction, contrairement au chat. L’irrévérence cible les américains, la surpopulation, la faiblesse de Jésus et l’imperfection de Dieu.
Dans Le Jardin d’agrément de Felipe Sagittarius, Minos Aquilinas est l’enquêteur métatemporel appelé pour résoudre un meurtre commis dans le jardin peuplé d’une vie végétale étrange du chef de la police Otto von Bismarck, avec l’implication de son jardinier Felipe Sagittarius, d’Adolf Hitler frustré et d’Eva Braun volage.
Ce recueil met en exergue un humour désabusé, une ironie civilisationnelle où les blagues abondent et les chaines de causalité s’entremêlent dans un théâtre d’improvisation d’une créativité débridée.

Hurlegriffe – Joëlle Wintrebert

Dans Hurlegriffe, une entité extra-terrestre est enlevée sur sa planète puis étudiée par des humains. Un poète proche du Pouvoir et une espionne anarchiste découvrent l’amour idéaliste qui transcende les contradictions, enflammé et enfantin d’une folle candeur.
Dans Hétéros et Thanatos, Sélèn est un métamorphe immortel et solitaire qui rencontre Violette, réceptacle religieux et honni des maladies de la population, dans un équilibre de désirs de vie et de mort.
Dans Qui sème le temps récolte la tempête, Ordalie à 143 ans apprend qu’elle n’a pas droit à l’immortalité dans cette société qui l’a stérilisée en raison de sa déficience génétique. Désespérée, elle tue un enfant et deviendra son propre bourreau.
Dans Le Nirvâna des accalmeurs, Léni est un outil au service d’une société de contrôle, un accalmeur qui apporte le Nirvâna aux personnes connectées, prisonnier et eunuque depuis ses 13 ans. Deux jeunes femmes révolutionnaires le contactent pour le convaincre de se joindre à la rébellion.
Dans Les Esthètes, une caste trompe l’ennui en manipulant le sommeil d’un peuple soumis.
Dans Et après ?, un enfant sur la Terre dévastée voit lors d’une transe le passé évolué de l’humanité avant le cataclysme.
Dans Transfusion, une femme est confrontée à l’altérité d’un autre organisme et à la dilution de son être.
Dans Il ne faut pas jouer avec les enfants, Marieke est une fille rêveuse de 13 ans qui perd pied face à la cruelle réalité et la relation aux autres.
Dans Sans appel, Lania a tué son client pédophile qui voulait l’étrangler, est intégrée après son procès dans un projet de prison chimique.
Dans Le Verbiage du Verbic, un programme d’éducation en lieu clos des enfants repose sur un minimum d’échange avec les adultes. Parmi les enfants, Marine a développé des pouvoirs psychokinésiques.
Dans l’Entretien avec Pascal J. Thomas, les thèmes principaux sont abordés succinctement, l’enfance comme le fait Michel Jeury dans la Préface, le rejet du totalitarisme, le double et l’identité sexuelle, l’approche par les sens.
Ce recueil exprime une solide unité dans une science fiction à la prose raffinée, à la poésie synesthésique. L’enfance est au centre des récits comme un état qui doit être dépassé, la vie est bouleversement avec un intérêt fasciné pour la mort et dans l’ensemble la recherche d’une liberté simple et fantasmée, réaction qu’impose une société rigide et impersonnelle. Réunir tous ces thèmes n’est pas chose aisée, donnant des textes d’une grande beauté, à l’image de la nouvelle éponyme, dans lesquels figure une certaine âpreté.

Les enfants de Darwin – Greg Bear

Onze ans plus tard, les enfants du virus font encore peur, obligés de vivre en clandestinité ou dans des centres de rétention. Subitement une maladie décime les enfants, Mitch et Kaye se cachent avec leur fille souffrante, Augustine et Dicken tentent de trouver la provenance de cette infection.
Le premier tome se clôturait sur une naissance, de l’amour partagé et un espoir en l’avenir, alors que le second s’ouvre sur une tension extrême dans la famille des héros, dans la population et l’administration, une situation d’une noirceur incomparable. Ce qui semble être une compétition naturelle entre deux branches d’une même espèce introduit une relativité dans les interprétations, soutenant le flou autour des phénomènes sur leur positivité ou leur nocivité, déployée depuis le début de l’histoire. Ensuite, faire un nouveau bond dans le temps de quatre ans permet de séparer les personnages et garder de l’intensité dans les parcours scientifiques et surtout psychologiques. La rigidité de la civilisation mène à des aberrations morales, une intolérance atavique en face de ces enfants différents, un désir aveugle d’éradiquer le virus alors que SHEVA fait partie de la vie dans son rapport à la sexualité, et Stella va entrer dans la puberté, une troisième vague de naissances arrive, et comme profonde ironie l’évolution de l’espèce implique des modifications biologiques améliorant la communication. Avec un nouveau saut en avant de cinq ans l’histoire oscille toujours entre dystopie et utopie, les deux tomes faisant se côtoyer l’aspect thriller sombre et mouvementé avec de belles éclaircies comme la description des enfants évolués, la solidité du récit et l’expression d’une relativité réconfortante qui efface la peur et la haine dans un mélange de hasard et de déterminisme qui construit la vie.

L’échelle de Darwin – Greg Bear

Dans les Alpes, Mitch Rafelson examine deux Hibernatus et leur bébé dans une grotte glacée avant d’être pris dans un effondrement. En Géorgie, Kaye Lang découvre des femmes enceintes dans un charnier avant d’être expulsée du site par les autorités locales. La grippe d’Hérode apparait, émergence de fragments endormis qui en se combinant forment une infection transmissible provoquant des fausses couches.
Ce roman se construit autour des recherches en génie génétique à la lumière de la théorie de l’évolution pour tenter de comprendre le sens de l’enclenchement du mécanisme viral enfoui après les aléas d’une transmission. Autour se greffent les enjeux politiques, économiques et individuels, la pression constante et les vies personnelles mouvementées. L’humanité dans son ensemble a atteint une limite qui déclenche une réaction d’adaptation pas forcément négative, d’abord concernant la surpopulation. La seconde hypothèse serait l’activation d’un processus d’auto-destruction de l’espèce qui s’attaque à la génération. La vérité scientifique est entravée par les exigences économiques et les pressions politiques, les responsabilités et les choix individuels. L’aspect scientifique du texte est satisfaisant, pas trop technique, et se base sur des concepts riches, englobé par le côté thriller psychologique avec du sentiment, des consciences taraudées et peu d’action, autour du personnage fort de Kaye. L’avancée de cette révolution dans le savoir est ralentie par la réaction irraisonnée de la population, la frilosité épistémologique et la rigidité dogmatique. Mitch et Kaye ont une fille, Stella Nova qui fait partie des enfants viables nés de parents infectés, prouvant que l’évolution se fait par à-coups francs qui posent la subspéciation.

La louve de Thar-Gha – Dan Dastier

Rolph Martens est condamné à son procès pour avoir précipité son vaisseau dans une faille cosmique. Il est le seul à être revenu d’un tel incident et raconte qu’il est devenu l’esclave psychique d’un être au corps d’humaine et à la tête de louve, avant de s’échapper. Interdit de piloter un vaisseau, Rolph se tourne vers son vieil ami Thor Mundsen pour avoir un travail, avec l’objectif obsessionnel de retourner sur Thar-Gha.
Dans cette science fiction d’aventure un conflit extra-terrestre est transposé parmi les humains par des manipulations psychiques les soumettant comme des pantins. La romance un peu mièvre est contrebalancée par un anti-héros maltraité dès le début et habité par les pires penchants, dans une histoire éditée en 1978 et construite avec des choix radicaux cruels et fantasmagoriques par des personnages féminins qui ne sont que des tentatrices, le tout ajoutant de la tension au divertissement. La confrontation entre monothéisme et polythéisme n’est pas approfondie, l’existence d’univers parallèles est juste effleurée, le fantastique prend le dessus sur l’aspect science fiction ou fantasy en gardant un vague fond de péril sur l’humanité dans son ensemble, l’importance des sentiments et des émotions.

La planète sur la table – Kim Stanley Robinson

Dans Venise engloutie, l’eau a monté en 2040 jusqu’à presque engloutir la ville, forçant la population à construire des cabanes sur les toits des bâtiments devenus inutilisables. Carlo transporte des touristes japonais désireux de plonger et repartir avec une antiquité alors qu’un gros orage approche.
Dans Mercuriale, Freya et Nathaniel reforment leur duo d’enquêteurs lors d’une soirée huppée sur Mercure pendant laquelle un meurtre a été commis. Une piste les pousse à s’intéresser au tableau exposé de Monet qui semble être un faux. L’ambiance de ce whoodunit de science fiction est enjouée, exubérante et cynique.
Dans Sur la ligne de crête, trois amis font une randonnée dans les montagnes enneigées pour la première fois depuis que l’un d’eux a eu un accident lui causant des troubles du cerveau.
Dans Le déguisement au théâtre, les pièces sont jouées par des acteurs et actrices inspirés par l’implantation dans leur cerveau du scénario et des dialogues qui se laissent découvrir au moment opportun. Le rôle principal d’une tragédie de vengeance pense avoir reconnu Hieronomo, un acteur devenu fou qui assassine réellement ses collègues.
Dans Le « Lucky Strike », sur une ile du Pacifique un équipage est désigné pour remplacer celui de l’Enola Gay qui s’est écrasé au décollage plus tôt. Le capitaine January préfèrerait ne pas en faire partie. Cette uchronie antimilitariste permet d’aborder psychologiquement la situation de celui qui doit larguer la bombe, la destruction et la responsabilité sont d’une ampleur distordue.
Dans Retour à Dixieland, un jazz band composé de mineurs participe à un concours d’orchestres pour échapper à leur condition misérable.
Dans Les œufs de pierre, un homme traverse les États-Unis à bord d’un bus qui fait halte devant un restaurant et une boutique dans le désert. Après avoir flâné un peu sous mes étoiles, il retrouve les commerces abandonnés et le bus a disparu.
Dans L’air noir, un moussaillon africain à la destinée mystique est incorporé dans l’Armada espagnole pour attaquer les anglais au nord. Cette aventure historique de navigation est spectaculaire entre bataille enragée et survie amère.
Ce recueil est disparate, réunissant les thèmes de l’art et de la vérité, de la réalité et de son imitation, d’un rapport direct et essentiel à la nature brute, anticipation ou uchronie en confrontation avec l’entropie universelle.

La ballade de Black Tom – Victor Lavalle

Charles Thomas Tester est un jeune noir de Harlem en 1924 qui vit avec son père, se débrouillant par des magouilles dans le racisme ambiant. Il décide de jouer de la guitare près d’un cimetière dans un quartier blanc et rencontre Robert Suydam un vieil homme qui veut l’engager pour meubler une soirée. Il croise ensuite Malone un flic accompagné d’un détective qui semblent le surveiller. Tommy se rend comme convenu chez Suydam qui lui montre et lui vante le retour des Grands Anciens.
La première partie de l’histoire illustre la vie dans certains quartiers de New-York à cette époque de façon réaliste. Le fantastique s’installe doucement et subjugue ce gamin perdu qui trouve dans l’ouverture de portes dimensionnelles une échappatoire. La seconde partie déroule l’enquête du flic passionné d’occultisme jusqu’au climax éminemment lovecraftien. C’est un hommage qui entérine le contexte social d’une Amérique raciste tout en se basant sur les réflexions universalistes d’un péril qui concerne l’humanité en tant qu’espèce. La ballade de Black Tom s’insère dans Horreur à Red Hook de Lovecraft, dans une mise en abyme qui permet de vivre l’embrigadement du point de vue d’un habitant, d’adoucir et de circonstancier le récit original, de développer les personnages de Suydam et Malone, de moderniser l’action avec l’intervention très musclée de la police, s’engouffrant dans les mystères ménagés par Lovecraft dans sa nouvelle, grâce à des témoignages et la caractérisation d’un nouveau personnage, membre de la population sournoise qui voue un culte aux Grands Anciens.
« Je préfère cent fois Cthulhu à des monstres comme vous. »

Itinéraires nocturnes – Tim Powers

Dans Vers le bas de la colline, un clan d’immortels se réunit tous les cinq ans depuis des siècles, se réincarnant au hasard dans des fœtus. Deux d’entre eux ont pris politiquement le contrôle de leur société secrète pour développer les moyens d’organiser la renaissance dans tous ses détails.
Dans Turbulences, Roger a été abandonné par ses parents dans son enfance et se confronte à son passé dans une bulle de réalité manipulée.
Dans La Better Boy avec James P. Blaylock, Wilkins est un inventeur qui trouve le moyen de protéger ses plants de tomate contre les chenilles voraces dans une application scientifique d’esprit steampunk alliant les propriétés ondulatoires de la lumière et celles de l’éther.
Dans Par longs chemins avec James P. Blaylock, un homme renfermé depuis qu’il est veuf rencontre une procession théâtrale à Noël.
Dans Où ils se cachent, un homme et son frère jumeau séparés lors de leur prime jeunesse voyagent dans le temps pour modifier la trame historique du monde.
Dans Itinéraire, un homme victime de l’explosion de sa maison retourne chez son oncle parmi les mirages dans une boucle temporelle.
Dans Au tréfonds de mon être, un prêtre est dans une crise théologique et liturgique face au fantôme d’une suicidée lui demandant l’absolution.
Dans Cinquante cents avec James P. Blaylock, un homme part à l’aventure en voiture dans le désert et croise des auto-stoppeurs inquiétants comme des mirages qui jalonnent son voyage inévitable.
Dans Pat Moore, un joueur de poker est pris dans un kaléidoscope de personnalités et de spectres, dans un péril ontologique et métaphysique avec un clin d’œil scientifique au steampunk.
Dans Le réparateur de bibles, un tronqueur de bibles retrouve les objets volés qui renferment les fantômes des morts contre un peu de son sang et de son âme comme rançon.
Dans Une âme dans une bouteille, un chineur de livres rencontre le fantôme d’une écrivaine suicidée, se laisse charmer et trouve un de ses recueils qu’elle veut modifier. Cette nouvelle est à rapprocher de Walt et Emily par Paul Di Filippo.
Dans L’heure de Babel, Hollis ne se souvient pas d’une soirée pendant laquelle il travaillait dans une pizzéria trente ans plus tôt, ressent le besoin de retourner sur les lieux et retrouve les derniers survivants, encadrés par une équipe de d’enquêteurs temporels, de la manifestation d’une anomalie qui vient d’ailleurs.
Ce recueil démontre l’attirance de Tim Powers pour les spectres, des fantômes au fort caractère dans une ambiance de fantastique sombre et de vie banale bouleversée, d’humour et d’ironie, les références culturelles, avec des translations d’identité, des dérapages perceptifs, une réalité brouillée entre éclatement et ubiquité, une réflexion sur l’âme et l’artificialité, science et spiritualité dans un continuum débordé, un ensemble qui fait penser à Stephen King et à David Lynch.

Le seigneur des guêpes – Iain Banks

Frank, un jeune homme de 17 ans sauvage et solitaire, vit sur une petite ile écossaise avec son père au comportement perturbé et aux obsessions farfelues. Il tue des animaux pour en faire des totems protecteurs placés sur les rives de son domaine. Il découvre que son frère Eric s’est échappé de l’hôpital psychiatrique.
La froidure de la personnalité de l’adolescent est bien rendue, son goût pour la domination et la destruction transparait, exerçant la maitrise sur son territoire et voyant des signes en tout. C’est une plongée dans l’esprit d’un psychopathe, sa logique personnelle, sa paranoïa naturelle, sa détestation des femmes et les souvenirs des trois meurtres qu’il a commis. La subtilité de la narration dévoile l’horreur par strates et, au-delà de l’infirmité et de l’absence d’empathie du narrateur, l’ombre constante du frère relativise le degré de démence et de dangerosité, Frank étant plus inquiétant dans son comportement calculé et sa nécromancie que son frère dans sa folie spontanée et incontrôlable. C’est une vraie histoire de famille, dérangeante, basée sur un système de moralité totalement instable, qui révèle l’impact de l’éducation et de l’environnement sur la construction psychique des enfants. Le déroulement du roman est intelligent, centré sur un personnage principal puissant qui se dévoile derrière ses oripeaux monstrueux.

Les dieux maudits d’Alphéa – Dan Dastier

Sur une ile des Bahamas, une équipe scientifique étudie des phénomènes inexpliqués. Au contact d’une manifestation étrange, Twin perd conscience pour se réveiller sur une planète inconnue.
L’ouverture du récit est d’une science fiction cosmique qui met en scène un couple de dieux manipulant le développement d’un peuple humanoïde. Ensuite l’aspect de fantasy d’aventure apparait avec l’immersion du héros parmi cette population à la mémoire effacée et aux tabous imposés concernant leur glorieux passé technologique. L’enquête ethnologique n’est pas aisée auprès d’une espèce régressée prise dans un tiraillement entre archaïsme effectif et vestiges endormis. L’histoire d’aventure devient sentimentale et le puissant message en faveur de la liberté n’oublie pas la sexualité, la dénonciation du despotisme s’accompagne de la vacuité d’une surproduction automatisée. Les bonnes idées dans le déroulement de l’histoire sont diluées dans des passages centrés sur le divertissement dans un mélange des genres aux rythmes différents pour habiller cet enlèvement par des dieux devenus fous et incapables de comprendre la puissance de l’amour malgré leur intelligence.

Faeries 15 Spécial David Eddings

Dans Le miroir de Lop Nor de George Guthridge, Umber est un fermier chinois qui a rejoint l’envahisseur mongol pour être messager. En mission loin de sa femme il découvre une licorne, la poursuit dans le désert et parvient à l’attraper mais les rudesses du voyage font qu’il agonise. Plus tard, une chercheuse retourne au Groenland, son pays natal, pour étudier les narvals et retrouve son premier amour. Cette fantasy très culturelle développe une poésie intemporelle avec un regard entre émerveillement et désenchantement.
Dans Le conte du sculpteur d’os de Jeff VanderMeer, un sculpteur d’os très doué reçoit la visite de la flutiste la plus talentueuse de Chine, charmée par son œuvre, et la repousse, obnubilé par son art. Lorsqu’il apprend sa mort violente, il part à la recherche de son corps pour sublimer son squelette. Cette nouvelle est intense, renfermant des évocations complexes sur la création, l’art, la mort, la folie et l’obsession.
Dans Le dossier David Eddings, la biographie de l’auteur de Charlotte Bousquet insiste sur l’influence de Tolkien et l’importance de sa femme Judith Leigh Shall dans le processus d’écriture. Dans La Belgariade et la Mallorée de Charlotte Bousquet, la présentation du cycle montre qu’il repose sur l’existence d’une dualité à tous les niveaux dans une vaste dimension magique et religieuse, sociale et politique, avec de nombreux personnages rapidement décrits. Dans Les préquelles et le Codex de Riva de Frédérique Mounier, l’intérêt de ces livres complémentaires réside dans les précisions apportées aux peuples et aux personnages. Dans Joyaux et Périls de Gaëlle Scarpa, la trilogie des Joyaux correspond à une fantasy très classique dans la nature de la quête du héros, puis la trilogie des Périls s’affirme dans une voie plus politique. Dans La dualité comme ressort narratif de Frédérique Mounier et Gaëlle Scarpa, les oppositions entre personnages sont omniprésentes, relations complexes pas forcément hétérogènes. Dans A propos des femmes de Charlotte Bousquet, les différents profils des personnages féminins sont présentés, surtout développés par l’épouse de l’écrivain.
Dans Entretien avec Georges Foveau de Chrystelle Camus et Angélique Gattullo, l’auteur explique son intérêt pour la spiritualité et la magie des différentes cultures pour la conclusion de sa tétralogie.
Dans Johanna Sinisalo : Jamais avant le coucher du soleil de P.J.G. Mergey, ce roman finnois mêle la littérature populaire nordique et le fantastique merveilleux avec la présence du troll sous un angle cryptozoologique.
Dans Walt Kelly, l’art de ce marais d’André-François Ruaud, ce dessinateur passé par Disney a créé Pogo, un strip humoristique sur l’actualité socio-politique, réputé intraduisible en français.
Dans Sur la route de l’Équinoxe de Georges Foveau, un Garou rencontre une sylphe Lynx dans une nouvelle de fantasy très poétique et onirique.
Dans La source des errances chapitre 9 d’Alexis P. Nevil, Ghesh’ Mar emmène sa troupe de soldats sur les traces du groupe d’enfants et leur mystérieux meneur.
Dans Le Sommeil des Héros de Fabrice Anfosso, le Roi d’un monde désenchanté depuis la disparition des ennemis et de la guerre part batailler avec son fils contre les obscurants, sous la forme d’une pièce de théâtre médiéval soutenue par la vision d’un troubadour, tragédie sur la civilisation paisible et le besoin d’un antagonisme externe comme vitalité.
Dans Vergiss mein nicht de Catherine Dufour, deux étudiants observent un corps lumineux qui flotte à la surface du canal rempli de produits chimiques, dans un texte ironique sur la curiosité et la nature disparue.
Ce numéro est un peu léger malgré une belle nouvelle inédite de Jeff VanderMeer et un court dossier assez confus qui montre bien la richesse des écrits de David Eddings.