Décision à Doona – Anne McCaffrey

Kenneth Reeve et sa femme Patricia sont stigmatisés socialement sur la Terre surpeuplée à cause de Todd leur jeune fils turbulent qui est considéré, contrairement à sa grande sœur Ilsa, comme un nuisible asocial mais la famille parvient à se joindre à l’expédition pour coloniser Doona, une lointaine planète bucolique. Après un long hiver d’installation sur ce nouveau monde, Ken rencontre au cours d’une promenade en éclaireur un peuple de chats à taille humaine ayant échappé aux phases d’études préliminaires menées par les Départements de l’Espace et des Colonies.
A la situation science-fictive initiale succède un récit de fantasy proche de la fable à la découverte d’une société féline exotique aux enjeux philosophiques d’éthique et d’implications géopolitiques. Dès le début, le parallèle est instauré entre les deux espèces, Terrienne et Hrrubienne, intelligentes mais évoluant vers une déliquescence de leur civilisation, la réticence face à l’inconnu dictée par la conscience aigüe de la dangerosité de leur propre nature des humains et par la méfiance instinctive des chats, institutionnalisée respectivement par la règle directrice du Principe de Non-Cohabitation basée sur une culpabilité historique et par le Principe Fondamental aux relents xénophobes. La supériorité technologique objective des Hrrubiens leur permet d’avancer masqués en se faisant passer pour une espèce peu évoluée, démarche qui nourrit la confusion et l’action sur Doona/Rrala comme un symptôme de la complexité paralysante des gouvernances sur Terre comme sur Hrruba aux dissensions contre-productives d’un pouvoir ralenti par les concurrences internes, mais l’espoir utopique d’une coexistence pacifique et constructive s’incarne en modèle de compréhension dans l’amitié entre Todd et le chaton Hrriss. Le texte repose avant tout sur la description de la culture féline et les émotions procurées par le lien qui se construit autour d’une familiarité radicale s’exprimant par les individus mais encore plus à l’échelle des espèces, la narration restant très classique en privilégiant le point de vue masculin, surtout celui de Ken et de Todd, pour bizarrement cantonner par exemple Patricia dans un rôle de bipolaire hypersensible qui fond en larmes quand elle ne cuisine pas, figure effacée si loin de la force de Sara dans Reconstituée, seul bémol incompréhensible au tableau qui n’atténue pas la mignonnerie des Hrrubiens.

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