Tamagotchi – Pascal Françaix

Fernand à 70 ans se cache de sa femme Joséphine pour enregistrer dans son bureau avec un magnétophone le fil de ses pensées qu’il destine après sa mort à Gilbert leur fils distant. Fernand exerce cette activité pour tromper l’ennui qui accompagne la vieillesse alors que Joséphine, de son côté, fait l’acquisition d’un Tamagotchi pour combler son désir contrarié depuis l’enfance d’avoir un animal de compagnie.
Bien sûr, ce soliloque n’offre qu’un point de vue et la démarche acquiert tout de suite une dimension psychanalytique centrée sur la parentalité avec le récit d’un cauchemar récurrent dans une fête foraine pétulante et angoissante, un sentiment d’infériorité d’une condition sociale entre les mines et la Poste, l’incompréhension face à un fils qui a fui Atticourt dans le Nord pour réussir à Paris dans le milieu de l’édition et face à une femme qui semble sombrer dans une démence régressive et provocatrice mettant en péril leur couple. Joséphine décide de nommer son compagnon électronique Hector comme le père de Fernand mais ce dernier la soupçonne de faire revivre le souvenir d’un notable homonyme de leur connaissance dans un adultère virtuel d’outre-tombe. Ce véritable tournant narratif accompagne une projection nourrie par l’incommunicabilité dans une dialectique réflexive qui renvoie un jugement de folie dans un jeu de miroirs. L’histoire avance dans une gradation de complexification et de subtilité, relativisant ce témoignage à sens unique qui s’étiole insidieusement et indirectement dans une révélation diffuse et illustre les affres psychologiques des solitudes parallèles, de la paranoïa, du deuil et du déni par la thématique moderne de la fuite cristallisée dans un biais technologique servant d’échappatoire à la mésestime de soi et à l’usure d’une relation sincère à l’autre.

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