Cahiers-décharge – Pascal Françaix

Philippe Delval patauge dans la misère sociale, il fréquente un monde minable et doit s’occuper de sa mère Gisèle paralysée après un accident de la route qui a couté la vie du père. A côté il est un écrivaillon qui donne dans la prose porno mais se focalise présentement sur le remplissage de son journal intime en plusieurs volumes.
L’exercice de style est grandiloquent, brut et sans concession, à base d’argot et de mots-valises syncopés. Philippe est ignoble par son racisme ordinaire et son homophobie machiste, mais surtout par sa psychologie redoutable, torturant sa mère sans défense pour lui faire payer son enfance choyée loin des dures réalités. Avec la rencontre de Rachid, arabe homosexuel plutôt collant, il va faire face à ses limites morales lors d’aventures rocambolesques dominées par la poisse et traversées par des personnages patibulaires d’une bêtise crasse. La narration est crachée, éructée comme pour se convaincre que la jeunesse est perdue, que la beauté et la bonté sont des illusions, confortée par des moments monstrueux qui ravivent l’apitoiement et le déni. Philippe doit bien se confronter à ses contradictions, l’amour et la haine alternent puis se mélangent, il s’embourbe dans l’alcool, camisole empêchant le changement, le visage s’effrite mais le masque demeure. le récit s’amuse avec cruauté à faire espérer la prise de conscience, la petite lumière qui jaillit de la mélasse, mais la prison freudienne est bien cadenassée. Ce roman amoral tutoie les limites du trash, à ne surtout pas mettre entre n’importe quelles mains.

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