
Dans L’étrange chose (1ère partie) de Fritz Leiber, Franz Westen est un écrivain d’histoires fantastiques qui, en observant le Mont de la Couronne de San Francisco dans ses jumelles depuis sa chambre, remarque une silhouette agitée semblant danser parmi les rochers du sommet de la colline. Sa consultation de deux livres achetés dans une boutique, Megapolisomancy : une nouvelle étude des Cités par Thibaut de Castries et un journal manuscrit tenu par Clark Ashton Smith, ayant aiguisé sa curiosité à propos des mystères des grandes villes, Franz décide de se rendre à l’endroit où s’agitait l’énergumène inconnu et, en cherchant au loin son domicile, voit cette même personne postée à sa fenêtre. Rentré chez lui et constatant que rien n’a bougé, il en parle à ses voisins qui le poussent à se renseigner sur leur immeuble. Ce texte dans la pure tradition d’épouvante à l’ambiance graduelle et d’une inspiration lovecraftienne développe une inquiétante étrangeté par des perturbations perceptives qui émanent d’une transcendance architecturale habitée par des activités paramentales passées. La peur de Franz se précise lorsque le riche et excentrique Jaime Donaldus Byers lui raconte la vie de Thibaut de Castries, son statut de gourou auprès d’illustres écrivains et d’une aristocratie opulente divertie par la constitution de l’Ordre Hermétique du Crépuscule d’Onyx destinée à détruire les grandes villes dans une révolution terroriste, puis rebutée par une approche magique appelée métagéométrie néopythagorienne leur semblant farfelue dans sa méthode topologique, temporelle et catalytique.
Dans Ding ! Ding ! Ding ! fait le tramoiseau de Charles Fritch, Joshua Barnum récupère le dernier tramoiseau du pays et le dernier trolley pour l’entreposer dans son jardin, mais le volatile l’empêche de dormir à force de sonner la cloche du tram et lors d’une remontrance il lui sectionne un doigt d’un coup de bec. Pour lui donner une leçon, Joshua désosse le trolley, le tramoiseau meurt de désespoir et laisse derrière lui un œuf duquel sort un têtoiseau dont l’activité préférée consiste à rester perché sur la tête des gens.
Dans Un été particulièrement singulier de Stéphanie Stearns, un agriculteur occupé du matin au soir dans les champs pour rattraper son retard dû aux pluies ne trouve pas le temps à consacrer au ramassage et à l’ensevelissement d’une vache décédée sans raison apparente. Au bout de ses travaux après deux semaines de dur labeur, la carcasse infestée de vers est enterrée mais dans une invasion de mouches la femme du paysan se fait piquer et tombe malade, hantée par des cauchemars terrifiants. Le médecin leur annonce qu’elle est enceinte et après moins d’un mois à dépérir et souffrir de son ventre gonflé, elle meurt en donnant naissance à un monstre à quatre jambes pourvu d’yeux à facettes.
Dans Le petit Detweiler de Tom Reany, Bert Mallory est un détective privé qui, en découvrant un de ses collaborateurs assassiné dans sa chambre d’hôtel, se lance sur les traces d’Andrew Detweiler, jeune homme bossu et sympathique à la santé variable qui a comme seul défaut de se trouver dans les parages de multiples morts violentes et présente la particularité d’avoir à chaque fois un alibi opportun. Cette longue nouvelle développe une ambiance de polar dans l’ombre d’Hollywood et le mystère autour du thème de la gémellité maléfique.
Dans Car il faut que jeunesse se passe de Christine Renard, un groupe de jeunes installés dans une grande ferme après la Grande Destruction arrêtent une vieille femme sur la route et la forcent à leur montrer comment tirer parti de leurs nombreuses ressources brutes. Ce texte post-apocalyptique explore le cynisme d’un jeunisme fougueux en décalage avec un retour à la simplicité empreint de sauvagerie.
Ce numéro de Fiction tient son intérêt dans l’unique publication française de la nouvelle de Fritz Leiber alors que celles de Charles Fritch et Stéphanie Stearns sont anecdotiques.