Toutes ces belles passantes – Jean-Pierre Andrevon

En 69 chapitres comme autant de séquences mémorielles qui débutent presque invariablement par « Je me souviens… », Jean-Pierre Andrevon clôt son cycle d’exploration de ses souvenirs de conquêtes sexuelles après la nouvelle Tout à la main en 1983 augmentée en roman en 1988 réécrit en 2008 puis Blanche est la couleur des rêves en 1997.
Le texte trouve une forme de catalogue à la fois d’une errance évanescente et d’une cohérence ponctuelle déjà présentes dans Tout à la main, avec une petite dizaine de séquences en commun, d’une autre nature dans Blanche est la couleur des rêves comme support dilué à un polar très imaginatif, alors que dans Toutes ces belles passantes cette dimension fictionnelle est supprimée, la mise en abyme distanciée de l’écrivain jouant au naufragé ou à la cible de la mafia pour instiller le doute sur la nature autobiographique du propos n’est plus de mise. Le contenu autocentré suit la construction d’une libido à travers les époques, au gré des rencontres hasardeuses, extraconjugales proches, professionnelles ou tarifées, basées sur une curiosité sauvage et une hypersensibilité hormonale qui transforment la liberté radicale en obsession dévorante à la limite du satyriasis, rechignant quand même à la bestialité et à la cruauté cynique. Les cinq productions littéraires constituant le cycle esquissent le personnage de Jean-Pierre Andrevon dans sa vie psychique et son intimité mouvementée, tiraillé entre ses fantasmes surpuissants de découverte exotique et les limites de l’existence concrète d’un clown un peu triste dans l’incompréhension de l’autre et dans la submersion physique subie faite de pollutions nocturnes et de sauvages éjaculations précoces auxquelles il doit bien se résigner, amoureux du mystère féminin et embarrassé de son propre attirail biologique pas forcément à la hauteur de ses visées transcendantes, dans un désarroi poignant qui échappe sagement à la stérilité.

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