Blanche est la couleur des rêves – Jean-Pierre Andrevon

Un écrivain scientifique s’isole dans sa maison du plateau des Bergers, attendant la visite annoncée de mafieux qui veulent récupérer la valise que lui a confiée Mariangela sa maîtresse italienne.
Ce polar d’ambiance à la première personne insiste sur l’isolement et l’intimité des pensées du narrateur pour une construction par flashbacks du récit. Son ex-femme Sophie et leur fille Tina parties depuis longtemps à Aix-en-Provence, sa seconde femme Marité larguée, sa maîtresse assassinée en Italie, ses voisins âgés liquidés par précaution comme l’épicier ambulant Gomez et surtout l’unique passerelle menant à sa maison dynamitée, la situation de reclus est propice à l’introspection, l’image du dernier homme s’impose subrepticement et une cohorte de souvenirs sexuels l’assaillent en attendant le carnage promis, et la découverte de sa séropositivité provenant certainement de Mariangela coupe l’horizon, installe la pratique masturbatoire en vue du baroud d’honneur mortifère qui clôturera le désespoir.
Derrière cette forme de polar et son action violente de fusillades et d’explosions se trouve le terreau autobiographique concernant la gent féminine qui infuse sur des décennies et a donné naissance à un cycle d’exploration de ses souvenirs de conquêtes sexuelles par Jean-Pierre Andrevon, débuté dans la nouvelle Tout à la main en 1983 étoffée en roman en 1988 et réécrit pour conclure en 2008, poursuivi par Blanche est la couleur des rêves en 1997 et Toutes ces belles passantes en 2002. Les liens entre Tout à la main et Blanche est la couleur des rêves sont nombreux, l’ouverture éjaculatoire de la nouvelle Tout à la main qui sera ensuite repoussée dans le roman, la situation du naufragé dans un cataclysme de magma boueux qui se retrouve ici dans le pressentiment vague d’une montée des eaux, la menace mafieuse et sa séropositivité remplaçant la catastrophe naturelle, la description initiale des Plavin héritée à l’identique de Tout à la main comme le personnage de Gomez et sa camionnette, la situation géographique en surplomb, son ex-femme et sa fille, sa nouvelle aventure débutée dans sa bibliothèque, sa maitresse italienne, l’inventaire du garde-manger ou la liste des synonymes du sexe féminin, les exemples de réutilisation abondent. Rétrospectivement, Blanche est la couleur des rêves revêt alors un statut prépondérant dans une démarche auto-fictionnelle qui prendra une importance capitale dans la carrière de Jean-Pierre Andrevon.

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