L’envoyé d’Andromède – John Boyd

Une espèce menacée par l’extinction de son Soleil parvient à évoluer vers une forme éthérée et immortelle afin de voyager dans l’univers, s’immiscer dans les êtres rencontrés et partager avec eux leur sagesse cosmique. L’envoyé G-7 se pose sur Terre et choisit d’investir le corps de Ian McCloud, un hors-la-loi appelé Johnny le Dingue lancé à la poursuite d’un duo de malfrats pour se venger mais coincé à Shoshone Flats une bourgade méthodiste titillée par une communauté voisine de mormons.
L’ouverture science-fictive prend place dans un contexte de western et sous la forme d’une comédie, Ian étant étudié à son insu au travers de cette symbiose extra-terrestre, une influence qui n’est pas vraiment une manipulation pure mais plutôt une impulsion initiale pour améliorer son potentiel cognitif qui permet à G-7 de gouter à la subjectivité humaine, d’appréhender l’évolution de son cobaye dans ses interactions avec ses congénères et de lancer son évaluation de l’espèce humaine d’un point de vue éthique pour éventuellement rejoindre la Fraternité galactique. N’étant pas conscient de son inspiration stellaire pour devenir vertueux, Ian devient rusé, sa soif de vengeance atténuée se subordonne à l’appât du gain dans son ambition à développer un système capitaliste qui à la fois aide la société à prospérer et constitue un magot que son égo veut rafler. Par cette situation d’observation unilatérale, le choc exotique et la relativisation des conceptions éthiques se trouvent du côté alien conditionné par son immortalité et son sentiment de supériorité. Le parallèle avec la religion est un terreau fertile pour l’humour, la piété n’est qu’un vernis sur le cynisme des hommes et la voie de l’humanité reste impénétrable pour G-7 dans sa position de juge céleste et d’ange frustré. Les intentions vertueuses qu’inspire l’envoyé à son hôte se traduisent en pratique par une apparente contradiction avec ses principes éthérés mais finissent par le contaminer et faire de lui un ange déchu embrassant la beauté de l’entropie flamboyante, simple illustration épicurienne des limites morales d’un système de lois et d’une causalité évènementielle devant le relativisme chez les hommes, dans un roman impertinent qui aurait pu ne pas appartenir au genre de la science fiction.

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