
Une histoire s’ennuie, enfermée dans un cahier, et décide de se scinder pour s’ennuyer à deux et briser la solitude.
Des humains qui viennent de nulle part et portent leur prison personnelle jusque dans la ville, déambulant à la recherche de l’amour chez leurs semblables à travers les barreaux, protègent leur liberté de l’entropie du monde dans une danse de cellules à pattes.
A la campagne les maisons sont des êtres qui vivent avec la nature, qui accueillent l’activité bienveillante des gens de passage ou de retour.
La puce, fils de la Tour de Guet et du Guetteur, est envoyé sur la planète-école où il développe une technique de sculpture sur pierre, lui donnant forme grâce à son sifflement.
Un voleur écume les bas quartiers à la nuit tombée, conscient de son rôle de principe, dérobant uniquement des détritus avec lesquels il érige une statue, un golem miroir de vacuité.
Le Camp est la structure abstraite qui se concrétise topologiquement par le biais de l’organisme alliant humains et machines qui occupent le centre de cette zone en constante expansion, cernés par les parias génétiquement altérés errant sans fin.
Casanova immortel constitue un puzzle de femme avec les parties des victimes qu’il assassine.
Nietzsche est interné en 1889, les idoles sonnent creux, Dieu est mort, Dionysos est un ardent syphilitique, le temps est emmêlé, la musique saute et le principe de causalité cafouille dans un univers de mort et de destruction.
L’entropie est en marche pour la chute, trajectoire vers la mort dans un Plan qui dilue l’individu en promettant la disparition.
Une femme surnommée la guêpe provoque des catastrophes aéronautiques dans ses rêves qui deviennent réalité dans sa tête et elle reste otage de cette nécessité destructrice.
Un clown est devenu le cobaye d’une expérience scientifique, il transporte sa tête coupée dans une valise et arbore à la place une fausse tête sculptée puis décapite des victimes qui croisent son chemin pour s’approprier leur chef.
Un homme renseigne les évènements marquants du monde et de son monde sur sa peau à l’aide d’un pyrograveur, surmonte son asociabilité en rencontrant une femme mais elle le quitte et il sombre.
Nuit après nuit, vues de la Terre, les étoiles s’estompent, glanées par un immense habitant du cosmos pour confectionner des jouets qu’il offre à son fils.
Un homme ne cesse de se suicider mais vit toujours, séquestré dans un hôpital pour examens et déclaré mort par l’administration. Il découvre qu’il est le vecteur originel d’une épidémie d’immortalité privant les individus de leur plus grande liberté.
Ce livre est plus proche du roman que du recueil de nouvelles, développant une ambiance de poésie surréaliste sombre, des variations sur l’imbrication du microcosme et du macrocosme, des mondes en médaillons, univers gigogne dans une dynamique entre intérieur et extérieur, identité et altérité, passé et futur. Ce contexte cohérent découle de visions relativistes aux accents fractals et quantiques, où la question de point de vue est fondamentale, où le vertige métaphysique est constant dans une réalité changeante. Science fiction et fantastique se mélangent pour donner une vaste dystopie psychotique et ce sont parfois des textes très ardus mais toujours surprenants qui interrogent la matérialité et l’incarnation, la vacuité possible de l’existence et l’éparpillement du sens vers la disparition.