Cendres – Thierry Di Rollo

Dans Cendres, Renaud est prisonnier d’un camp ignoble, comme ses congénères nés d’une éprouvette, dénué de mémoire et d’espoir, privé d’histoire familiale et incapable de sentiment amoureux, déshumanisé et sans avenir, affamé et enchâssé dans la puanteur, dans une vie insensée.
Dans Jaune papillon, un indigent est kidnappé parmi la foule et se réveille sans mémoire aux mains d’un savant fou, d’une armée qui fabrique ses anciens combattants à coups de scalpel.
Dans Les hommes dans le château, Blandine est une enfant issue de la plus grande misère, vendue à un tyran reclus dans son domaine. Elle parvient à s’échapper avec l’aide d’un habitant de la ville voisine. Elle est la proie d’une chasse cauchemardesque, une fuite perpétuelle au sein d’une société rongée par la décadence.
Dans Quelques grains de riz, Thierry Di Rollo questionne la création artistique à travers Lenquist qui voyage dans le temps pour rendre hommage aux Beatles.
Ce recueil est très sombre, désespéré parfois et toujours plongé dans la folie d’une science sans limite et d’une société corrompue, la mort rôde et la privation de liberté menace.

Le syndrome de l’éléphant – Thierry Di Rollo

Launey et Jocelin forment un duo très efficace de cambrioleurs depuis cinq ans. Une nuit, dans une villa, un gardien les surprend et Jocelin l’abat. Il révèle à Launey que, depuis son enfance, une voix lui révèle les dangers et il peut lire les pensées des autres. Ils se séparent et après la mort de Jocelin, Launey hérite de ce don d’anticipation, continue sa carrière de hors-la-loi.
Dans ce court roman à l’ambiance de polar très sombre et au ressort venant du fantastique, l’aspect psychologique est poussé, abordant la perte d’illusion, le mensonge et le manque d’amour débouchant sur la folie, le sentiment de vide et d’inutilité. Restent la solitude, l’injustice et l’incompréhension de relations impossibles et de réalité cruelle.

Le soleil des Phaulnes – Thierry Di Rollo

Sur la planète Gobo, les Phaulnes ont choisi une vie paisible et archaïque, sereine jusqu’à l’arrivée des Namuriens et de la Garmak, entité industrielle exploitant l’énergie des soleils, qui a jeté son dévolu sur Titéo leur soleil. Ils doivent choisir entre mourir sur place ou être déplacés sur une autre planète. Hyanks est le dernier convoyeur appelé pour extrader un groupe de Phaulnes dont fait partie Griddine au caractère bien trempé. Il se rend compte qu’il est complice d’une déportation inhumaine, rouage d’un colonialisme dévastateur. Griddine se lance dans une aventure spatiale pour venger son peuple et lutter contre l’injustice meurtrière incarnée par San Salkar, émissaire de la Garmak fondée par Ien Eleki.
Le texte est sensible et mature, à la fois d’une poésie nostalgique et d’une gravité identitaire. Cette histoire parle surtout de déracinement, de la mort individuelle et collective, de la mémoire et de la persistance, du pouvoir cynique, de la conquête avide et aveugle. Sa quête amène Griddine à se confronter aux sophistications d’une science surdéveloppée et elle recherche du sens dans ce qu’elle pense et perçoit. La folie d’Eleki se lie à son désir d’immortalité grâce à la science utilisée sans discernement, s’opposant à la simplicité naturelle de la jeune humanoïde. La beauté et la fragilité de la vie demeurent dans cet univers riche et fortement détaillé, avec sérieux, Thierry Di Rollo développant de bonnes idées en science théorique et une héroïne profondément sensible.

La lumière des morts – Thierry Di Rollo

Tout ce livre repose sur les personnages qui se débattent dans un épais courant d’entropie et sur l’ambiance d’une brutalité crue et d’une désillusion malade. Dunkey a fui son passé pour devenir employé d’un parc animalier en Afrique, univers clos où règne la folie. Des animaux insensés provoquent un carnage et l’antihéros parvient à en réchapper. Linder a fui son passé en devenant shooter, une tueuse de criminels, et elle se trouve sur la trace d’un serial killer atypique qui retire le nez de ses victimes. La mort est omniprésente, l’odeur est insoutenable, l’homme est du bétail dégénéré sans horizon dans un monde crasse et amoral, parangon de la déliquescence.
Ce polar dystopique et fantastique d’une noirceur totale est mûr comme un chancre dont les humeurs sont un passé cruel et un avenir inexistant. Le récit peut sembler confus mais une unité visqueuse préside à ces trajectoires maudites pour en faire une expérience extrême, avec pour seule lumière la mort.