Dimension quatre ! (La loi du temps) – Piet Legay

Christian Quemeneur, marin et scientifique, emmène Pierrick Marlin, passionné de photographie, et accompagnés par Aïmata Oa Tua, sur une ile du Pacifique. En pleine nuit, ils assistent à une cérémonie de sacrifice humain.
Le triple récit fantastique repose sur la divination magique polynésienne et sa résurgence, l’intérêt occulte de ce peuple et son ancienneté participent à l’ambiance paranoïaque étouffante, comme un hommage à Lovecraft. A la moitié du livre, une soudaine bifurcation advient lors du passage du trio dans une autre dimension et cette entrée surnaturelle dans un monde inconnu correspond à une fantasy d’aventure et ethnologique par la découverte d’une société qui confond matriarcat et libertinage de réclusion, qui est fondée sur des lois racistes. Une touche de science fiction apparait subitement avec la présence d’une épave de vaisseau extra-terrestre, l’antigravité, un système d’univers gigognes et la télépathie. L’histoire pleine d’action et de rebondissements, de rapts et de chasses à l’homme, part dans tous les sens, et dans des directions surprenantes à la limite du loufoque, alors que l’idée de l’atavisme mystérieux du peuple maori est clairement prise au sérieux, explorant les légendes cosmogoniques et les traditions magiques. Le vernis masculiniste est léger pour l’époque, négligeable en face des messages délivrés sur la xénophobie et la violence, un véritable intérêt pour la culture polynésienne. Pourtant Aïmata disparait sans explication, Christian et Pierrick sont des personnages victimes de l’injustice et Piet Legay pousse l’ironie jusqu’à embrasser les thématiques lovecraftiennes de l’insignifiance de l’homme et du contact fatal avec des entités supérieures, assurant la noirceur de l’ensemble plutôt bancal.

Shaan ! – Piet Legay

Un groupe de colons s’installe sur un site désert de la planète Achbaran pour une durée de sept ans. L’expédition est vite confrontée à l’apparition inopinée de grands papillons sur le camp de base.
Cette histoire de science fiction de premier contact qui forcément tourne mal débute de façon classique, se basant sur les relations entre les différents personnages, exclusivement masculins. L’étrangeté de la planète et des évènements apporte une couleur fantastique à l’horreur et à la sidération de l’équipe. La mission invasive au nom de la connaissance est considérée comme l’incarnation de l’anthropocentrisme de l’équipage malmené dans un renversement de situation, dans une violente leçon d’humilité objective qui ne dure pas. L’ambiance tendue jusqu’à l’effroi vient palier le manque d’action et la rencontre avec les Shâans, un peuple échoué sur cette planète qui vit dans une société totalitaire de castes et pratique à l’occasion le cannibalisme, montre que malgré leur don de télépathie ces êtres sont bien pires que les humains, une espèce subjectivement dégénérée et isolée, totalement étrangère. D’une morale un peu floue et pas vraiment subtile, ce récit assez daté chante la liberté à travers ce groupe d’hommes en position de victimes pour finir en redresseurs de tort, l’aspect fantasy ethnologique étant un dérisoire défilé de clichés dans une histoire qui partait pourtant bien mais qui se perd en chemin dans toutes les directions, dans un mélange des genres peu digeste.