Le sourire des crabes – Pierre Pelot

Cath et Luc sont frère et sœur et ils sont schizophrènes paranoïaques, mais l’ainé se maitrise mieux et il n’est pas interné, lui. Ils sont fusionnels, se comprennent mutuellement et veulent vivre seuls tous les deux, ensemble comme une entité à deux faces. Leur besoin de liberté a toujours été nourri par le rejet et l’enfermement. Ce qui est au départ un désir d’autonomie rassurante devient une confrontation avec la société dans un glissement vers le délire, et la liberté doit être absolue. Cette opposition ne peut qu’être radicale.
Le duo oppressé a décidé de s’échapper et commence sa cavale ultra-violente, à l’instar du film Tueurs-Nés d’Oliver Stone. Une poésie hallucinée traverse ce texte à la fois gore et métaphysique, à rapprocher de La zone du dehors (Alain Damasio) et de Jean-Pierre Andrevon, mélange solaire de littérature classique un peu étrange, d’anticipation politique et sociale et d’action sanglante à un rythme infernal. Ils enlèvent une femme quelconque et elle devient témoin de leur libération des carcans de la société, des institutions, de la famille, pour réaliser l’anarchie. Cette échappée belle devient une rupture avec le réel pas si simpliste, profondément humaine et subtilement tragique, pour embrasser une liberté oblitérante dans un road-movie suicidaire et amoral.

Les enfants du mirage

La démarche de Richard Comballot est de mettre en valeur la science fiction française, en l’occurrence des années 70, d’exposer ses spécificités et ses préoccupations, son évolution par rapport aux précurseurs français et à l’omniprésence programmée anglophone. L’existence de la science fiction est indissociable de la société, de la contestation de la fin des années 60, de l’implacable réalité des guerres, de la libération sexuelle et du chevauchement des générations. A cet égard la préface de Jean-Pierre Andrevon est passionnante, montrant bien les difficultés pour s’adapter au monde en mutation de l’édition, aux exigences des individualités du milieu de l’écriture, pour créer une identité littéraire riche et diverse.
Il y a logiquement une sorte de langueur concernée, une poésie résistante face au contrôle, à l’asservissement et au découragement. Il y a aussi l’évolution urbaine et technologique comme défi humain grâce à la rébellion, l’insoumission ; pas de mysticisme, pas de voyages spatiaux mais le pouvoir de l’esprit et la réalité relative dans un paradoxe qui allie l’élan de liberté et l’attachement au sensible. Cette nécessité débouche sur un pessimisme positif plein de conscience et de lucidité écologique. Le péril ; l’influence humaine est globale et l’adaptation nécessaire. C’est une science fiction d’une profonde gravité, d’une appréhension sensible et cruelle.