
Dans L’Assassin de Dieu, Lho’m sur son puissant destrier se rend dans la Vallée du Monde au bord du Gouffre pour recruter un mort-vivant idiot, muet, aveugle et sourd afin de s’en servir pour assassiner Dieu au Pays d’O. Ce texte d’une noirceur mythique, morale et matérielle, glisse d’une sword & sorcery influencée par le western à une science fiction conceptuelle déployant une vision désabusée de la marche de l’Univers.
Dans Bulle de savon, Piotr Newlive en tant que citoyen-actif se rend afin de se distraire dans le Domaine, édifice sphérique dédié à la création artistique et à l’encadrement des enfants avant leur passage au Dehors. Cette allégorie présente la perte d’imagination des adultes qui provoque une amnésie nostalgique et le désir chez le narrateur de connaitre son fils pour retrouver sa propre identité enfuie.
Dans Razzia de printemps, Gessie n’est pas à l’aise dans son unité de Ronde chargée de débusquer les enfants errants et réfractaires à l’Ordre de la Machine pour les exécuter. Ce court texte est intense dans la prise de conscience d’une perte d’humanité suite au conditionnement pour devenir adulte.
Dans Un amour de vacances, Rom est un Guide du Dehors sauvage qui prend en charge les clients en vacances du Dedans sortis de leur milieu aseptisé pour gravir d’immenses buildings érodés, et il tombe amoureux de Liottie derrière son masque filtreur, à l’abri de l’air empoisonné. Une poésie triste émane de la frontière entre la Ville enfouie et la Nature viciée, exprimée par l’hétérogénéité physique et plus encore dans la différence de longévité forçant Rom à choyer l’instant dans sa fragilité en dehors du temps.
Dans Danger, ne lisez pas !, un homme qui a donné rendez-vous à un ami dans la salle d’attente d’un médecin parcourt un livre intitulé L’Assassin de Dieu déposé devant lui par un inconnu et tombe sur une nouvelle racontant la situation de Joseph Mashin similaire à la sienne. Cette mise en abyme fantastique se déporte dans une science fiction aux implications psychiques d’illusion et de prédétermination.
Dans Je suis la guerre, un Soldat qui porte le nom générique de Kyi se remémore les leçons sur l’Histoire de son peuple enseignées par le Maitre Lo, sur l’exil souterrain face à l’attaque d’êtres venus des étoiles jusqu’à l’heure venue de la vengeance. L’intérêt de cette nouvelle réside dans le point de vue qui se révèle dans un glissement exotique et universalise les sentiments de nostalgie et de haine tout en affirmant la nature nuisible de l’espèce humaine.
Dans Le Raconteur, Teolp le vieux Raconteur présente au jeune Ducc une histoire sur un peuple qui lutte pour sa survie sur une planète très lointaine appelée Terre. Cet hommage à la transmission orale et à l’imagination déroule sa dimension cosmogonique dans la visitation d’un possible réalisable.
Dans Première Mort, un des six clones de Jiul Mérédith est décédé d’un accident à trente-sept ans, réduisant le potentiel de travail au service de la SMECX. Cette nouvelle permet de jouer avec l’Un et le Multiple, avec les pronoms et la conscience à la fois massive et diluée.
Dans Pionniers, Volni et son ami Dab sont les deux seuls habitants de leur ville à avoir refusé le départ des terriens vers une planète vierge découverte dans une autre galaxie. Cette acceptation de la lente décroissance mène plus à l’appréciation d’une absence d’agitation qu’au silence, mais surtout à l’affirmation d’une liberté totale.
Dans Numéro sans filet, Sill et Jesddha sont considérés comme les derniers humains, suscitant toute la haine de l’Univers envers cette espèce maudite, mais décidés à présenter une performance inédite sur la scène du cirque Vvorsh pour changer les choses. Ce texte montre le pouvoir de l’Art, capable d’inverser l’intensité des sentiments hostiles en une fascination aussi puissamment bienveillante.
Ce seul recueil de nouvelles de Pierre Pelot permet de gouter un condensé de ses thématiques obsessionnelles et de sa manière, d’une intelligence poétique rare.










