L’empire du Baphomet – Pierre Barbet

En 1118 Hugues de Payn rencontre, alors qu’il chasse, un extra-terrestre tombé en panne sur Terre qui a l’apparence tout à fait démoniaque aux yeux d’un humain. Le Baphomet lui propose tout de suite de l’aider à conquérir le monde, ce que Hugues accepte afin de répandre la foi chrétienne ici-bas et occuper la Terre Sainte, toujours au nom de Dieu. En 1275 Guillaume de Beaujeu, continuateur de ce pacte, lance une croisade à partir de Saint-Jean-d’Acre.
Ce court roman est dans la veine uchronique, revisitant l’histoire des Templiers, donnant une explication à leur or et aux feux grégeois surpuissants, cadeaux du Baphomet. Et c’est avec des grenades atomiques qu’ils écrasent les Égyptiens, les Mamelouks et les Mongols. Ce fond technologique et la situation dans son ensemble contrastant avec l’usage du vieux français et les implications philosophiques, d’une Terre ronde jusqu’à la vie avérée sur d’autres planètes. Avec la religion comme alibi à l’égocentrisme Pierre Barbet manie l’ironie et le décalage humoristique qui repose sur une forme de ridicule et d’exubérance pour montrer la vacuité du manichéisme. La drôlerie du livre rattrape bien son manque d’ampleur et de complexité.

Survivants de l’apocalypse – Pierre Barbet

Ce livre est tout simplement une chronique racontant, du point de vue de la population, la soudaine concrétisation de la guerre nucléaire entre les russes et les américains, certaines bombes déviées tombant sur toute l’Europe. Un PDG à Paris lors de la catastrophe doit rejoindre sa résidence secondaire, munie d’un abri anti-atomique, et son vieux couple d’employés de maison. Sa femme et sa fille cadette, et une amie de cette dernière, sont rejointes par un couple de voisins dans l’abri de leur villa en bord de mer. Leur fille ainée se trouve avec son petit ami sur un bateau en Méditerranée au moment des frappes et ils décident de se réfugier en Corse. Au même instant, deux ouvriers quittent leur usine pour s’enfuir dans la campagne. Ils doivent tous faire face aux conséquences immédiates du cataclysme, les destructions, la panique générale et le danger des premières retombées radioactives. Les semaines qui suivent voient apparaitre le problème de la contamination de l’eau et des cultures, mais surtout celui des groupes de pillards organisés.
Le roman devient vite un précis de survie très documenté au gré des trajectoires des personnages dans ce cauchemar matérialisé symptomatique d’une époque, des petits gestes aux considérations et calculs scientifiques, ce qui apporte un réalisme sombre et une dureté implacable, d’une grande conscience écologique. La vision de cet avenir est très pessimiste, la civilisation régresse et c’est une vue du passé, un système médiéval s’impose à partir d’anciennes places fortifiées, la technologie devient vite inutilisable, la cruauté des hommes fait loi. Cette anticipation proche rayonne d’angoisse en choisissant d’aborder la période entre le cataclysme et le moment où il n’y a plus d’urgence, où la vie se stabilise après un bond en arrière, mais rien ne sera plus comme avant.