
Dans Les Voltigeurs de Gy de Ursula K. Le Guin, le peuple Gyr arbore des plumes multicolores évoluant au cours de leur vie comme les humains se couvrent de poils et seulement une partie d’entre eux se verra pousser sans prévenir des ailes à la maturité. Ce conte poétique prend la forme d’une étude ethnologique qui atténue la féérie initiale et, par des témoignages, rend l’approche sociologique réaliste qui affirme la liberté de choix individuelle au-delà d’une détermination biologique, dans une métaphore très actuelle sur l’identité et la tolérance.
Dans Trouver son cœur et tuer la bête de Johan Heliot, la guerre fait rage en Autriche et en Afrique, l’Empire compte sur la bête ultime sortie de terre à Panama pour faire basculer le conflit alors qu’Arthur est chargé par le réseau de résistance de contrecarrer ce plan. Retrouvant l’ambiance et les personnages de La Lune seule le sait, cette nouvelle déroule l’uchronie steampunk à la technologie terrifiante et surtout la dimension politique qui illumine l’ignoble contexte par un espoir fou et un idéalisme volontaire.
Dans À Mélodie pour toujours de Michel Demuth, David Donato est un meurtrier pornographe arrêté par l’Union religieuse et soumis à une torture psychique. Cette expérience cyberpunk présente un monde dystopique contrôlé par les instances religieuses fondamentalistes aux visées génétiques d’hégémonie liberticide.
Dans Voisin, voisine et autres monstres de Guillaume Thiberge, une vieille dame meurt dans un quartier miséreux et laisse sa place à un jeune couple avec deux bambins. Cette nouvelle est d’une noirceur insondable, passant d’une chronique sociale désespérée de déliquescence poisseuse à un affrontement de sorcellerie grandiloquente dans une métaphore mystique de l’enfermement conditionné dans la marginalité et la précarité.
Dans Le djinn qui vivait entre nuit et jour de Bruce Holland Rogers, le djinn Tayab rend visite au djinn Al-faq pour lui raconter son dernier méfait. Ce très court conte fait preuve d’un sens de l’humour démoniaque.
Dans Être ou ne pas être un disney de Sylvie Denis, l’identification de la fonction profonde de la science fiction réflexive au travers de Bleue comme une orange et Il est parmi nous de Norman Spinrad mène à des réflexions sur la portée de l’anticipation, la constitution de futurs réalisables et l’éveil des consciences en direction d’une responsabilité individuelle qui participera au bien commun à l’échelle de l’espèce, expression de l’essence même de cette littérature dans son inspiration philosophique en-deça de sa surface divertissante, situation transitoire qui avec du recul ne fait que durer d’une manière exaspérante.
Dans Nancy Kress : un entretien de Tom Clegg, l’autrice revient sur ses débuts entre science fiction et fantasy, l’apport tardif du thriller et de la hard science, son ressenti sur la place de la femme dans cette littérature, un entretien judicieux à une époque où son travail était peu traduit.
Dans Michel Demuth ou la nostalgie de l’avenir, Richard Comballot aborde avec l’auteur sa longue carrière entre écriture, édition et bien d’autres domaines, avec beaucoup d’anecdotes, sincérité, humilité, nostalgie et lucidité par rapport à sa créativité spontanée proche de l’écriture automatique, un cheminement habité par l’amitié simple et son admiration pour certains auteurs, multiples activités qui ont repoussé la possibilité de clôturer Les Galaxiales (fait en 2022 en son absence), une vision inestimable sur la science fiction.
Dans Scientifiction : apprivoisons le Soleil de Roland Lehoucq, la vie de l’étoile est basée sur un équilibre entre la contraction gravitationnelle et le processus de fusion nucléaire qui émet un rayonnement, mène doucement à une déperdition calorifique et à une dilatation de son enveloppe suite au manque de carburant, menant l’astre au stade de géante rouge qui souffle tout le système planétaire. Les idées pour empêcher cette évolution invasive et destructrice de la vie sur Terre restent hypothétiques, reposant soit sur la fuite, soit sur une intervention au bon moment pour raviver l’étoile.
Dans Amazing Stories, une sensationnelle histoire, quatrième partie, les années 50 : les mondes de rêve de Mike Ashley, Howard Browne est à la tête d’Amazing avec l’idée d’en faire une publication plus raffinée dans la forme, le fond n’évoluant pas vraiment, et lance Fantastic qui correspond mieux à ses goûts moins scientifiques. Le saut qualitatif ne prend pas, la guerre de Corée s’annonce, le format digest s’impose, la réalité éditoriale reste un peu floue entre continuation pulp et avant-garde plus adulte et le bilan de Browne en 1958 n’est pas fameux du tout.
