La dame de cuir – Michel Grimaud

Payan est un baroudeur galactique et décide de visiter Troay, une planète inculte, sauvage, où vivent les Cuirs, hominidés chasseurs cueilleurs. Il est accueilli dans une famille et tombe amoureux de Yull, femelle représentative de son espèce, joyeuse, curieuse et d’une candeur attendrissante, fascinante. Malgré leur langage poétique ils ignorent l’abstraction, leur vie est comme une œuvre d’art sans représentation entre plaisirs simples et liberté.
Tout l’intérêt se trouve dans l’étude ethnologique de ce peuple à la pensée structurée différemment, et le héros observateur est élément perturbateur, subjectif, désireux de les voir progresser tout en s’émerveillant de leur poésie naïve, qu’il décide de ramener sa compagne sur Terre. Elle est en quarantaine, prise pour un animal, et il y a l’amour, la mort, la souffrance et la culpabilité. C’est un conte sur la nature humaine, emblématique des années 80, comme Le chaînon manquant par Picha, avec sa mise en scène d’une préhistoire un peu loufoque et très créative, sombre et triste, pleine d’émotions. La structure narrative est judicieuse, les deux parties de l’histoire sont imbriquées, rendant implacable la chute des personnages. De ce texte jaillissent une grande beauté fragile, une dénonciation de la colonisation et des méandres administratifs d’une complexité destructrice de spontanéité.

Les enfants du mirage

La démarche de Richard Comballot est de mettre en valeur la science fiction française, en l’occurrence des années 70, d’exposer ses spécificités et ses préoccupations, son évolution par rapport aux précurseurs français et à l’omniprésence programmée anglophone. L’existence de la science fiction est indissociable de la société, de la contestation de la fin des années 60, de l’implacable réalité des guerres, de la libération sexuelle et du chevauchement des générations. A cet égard la préface de Jean-Pierre Andrevon est passionnante, montrant bien les difficultés pour s’adapter au monde en mutation de l’édition, aux exigences des individualités du milieu de l’écriture, pour créer une identité littéraire riche et diverse.
Il y a logiquement une sorte de langueur concernée, une poésie résistante face au contrôle, à l’asservissement et au découragement. Il y a aussi l’évolution urbaine et technologique comme défi humain grâce à la rébellion, l’insoumission ; pas de mysticisme, pas de voyages spatiaux mais le pouvoir de l’esprit et la réalité relative dans un paradoxe qui allie l’élan de liberté et l’attachement au sensible. Cette nécessité débouche sur un pessimisme positif plein de conscience et de lucidité écologique. Le péril ; l’influence humaine est globale et l’adaptation nécessaire. C’est une science fiction d’une profonde gravité, d’une appréhension sensible et cruelle.