L’iceberg rouge – Maurice Limat

L’équipage du Salvador, navire-aquarium en mission dans les mers polaires pour prélever les pinnipèdes en voie d’extinction, se rend à la source d’une anomalie lumineuse et découvre au milieu de la banquise un étrange iceberg rouge.
La première partie du livre voit le capitaine norvégien Karemson et les trois vétérinaires, Gerda Weinbaum de Berlin, Cyril Olivet de Paris et Kashimoto de Tokyo tourner autour du mystère et de l’incongruité de ce qui se révèle être un caillot sanguin glacé. La seconde partie, la plus importante, prolonge la dimension fantastique par l’entrée des protagonistes dans l’univers souterrain de la Terre creuse et déploie une science fiction métaphysique par la rencontre avec les extra-terrestres venus de la planète Ylli qui se meurt dans la constellation de l’Hydre. L’explication de la présence des Ylliwars tient à leur survie dans un vampirisme technique consistant à transmuter au niveau subatomique l’énergie de la pyrosphère en un substrat sanguin transportable jusqu’à leur planète moribonde. Cette alchimie de spoliation présuppose les arcanes du principe vital de la nature et la Terre, en tant que Gaïa, finit par se défendre par des soubresauts et des expectorations destructrices de sang en réaction au risque de géoleucémie. La romance entre Gerda et Cyril est inévitable, le rapprochement se fait aussi entre les deux peuples assez similaires, entre Karemson et Dannykar la représentante des Ylliwars. La troisième partie réside dans l’exil forcé après la destruction de cet alambic industriel, pour finir sur un caillou perdu dans l’espace et déployer une ironie métaphorique. Les personnages terriens ne sont pas assez approfondis pour échapper à la caricature ethnique ou à la platitude, les extra-terrestres sont fluctuants jusqu’à la contradiction dans un mélange de gentillesse et de volonté implacable de pillage à l’image de leur capacité d’hypnose juste effleurée, le blanchon apprivoisé est mignon mais accessoire, l’histoire avance grâce à une action rare mais grandiloquente qui se noie dans des séquences totalement surréalistes, dans un divertissement léger qui gâche tout le potentiel philosophique et mystique du texte.

Miroirs d’univers – Maurice Limat

Ken Erwin, ancien navigateur accompagné par la journaliste Gilda Moor, rend visite au Docteur Arton dans son laboratoire des Alpes atteint par l’hélicoptère que pilote le mécanicien Jo Fernat. Arton leur présente le cosmoscaphe, sa dernière invention permettant de communiquer avec tout l’univers en se servant des courants de métachyons comme onde porteuse. Ken trébuche, se retrouve accidentellement projeté sur une planète inconnue et découvre un projet d’invasion de la Terre par une espèce d’humanoïdes.
La base du roman est une vraie science fiction amenée par la trouvaille d’une nouvelle particule dans une ambiance de révolution scientifique, mais l’aspect action-aventure et le divertissement prennent le dessus. Une touche de fantasy est apportée par le contact avec un nouveau monde, déviant vers son pendant militaire d’infiltration et d’espionnage, cultivant l’amalgame entre science et magie. Malgré une candeur certaine dans la narration, le second degré omniprésent et le point de vue développé de chaque personnage permettent de relativiser la misogynie incontournable d’Arton qui reste un personnage secondaire et une sexualisation digne de l’adolescence accompagnée de sentiments amoureux aussi soudains qu’intenses. Cette immaturité est à peine atténuée par des réflexions sur l’astrophysique dans une structure épistémologique timide. L’histoire multiplie surtout les rebondissements sur le modèle du pulp dans le style d’Edmond Hamilton, à la construction dynamique et dans une euphorie laissant peu de place à une réelle profondeur dans une histoire quantique légère et inoffensive.

Moissons du futur – Maurice Limat

Ce livre fait partie d’un cycle assez vaste avec ses personnages récurrents et on sent très vite la connexion entre eux. Sous la forme d’une science fiction d’aventure, rocambolesque et nerveuse, d’une mission galactique aux rebondissements loufoques et situations improbables, Maurice Limat réussit à poser des questions d’anticipation sur la robotique, les mutations biologiques, la culture humaine, l’espace-temps. Les idées foisonnent et le rythme ne faiblit pas. Le style d’écriture, très début du XXe siècle, est spécial, plutôt raffiné et il donne une impression de complexité alors que ce n’est pas le cas. Le découpage du récit est bien vu, les protagonistes se séparent puis se retrouvent.
Le but est de donner envie de parcourir le cycle et ça marche : les personnages sont un peu caricaturaux et déjantés dans une science fiction à l’ancienne vraiment foisonnante et surprenante.