
Après une guerre atomique, Henri Fridman décide d’emmener sa femme Françoise et leurs deux enfants Hélène et Jean-Marie à Lunatown pour fuir la radio-activité qui se propage sur Terre. François Fridman se consacre à la mèdecine, comme son père et son grand-père avant lui, et découvre dans son hôpital parisien le premier bébé mutant à la peau verte.
L’anticipation scientifique des conséquences insidieuses de l’atome mutagène est projetée à partir d’une société marquée par le rejet de la différence, le racisme et une susceptibilité qui nourrit l’eugénisme. Car les mutants sont supérieurs au niveau physiologique avec des sens surdéveloppés et leur intégration reste problématique. Mais les premiers meurtres par la pensée sonnent le glas de la fraternité, un mouvement international se forme pour préserver la pureté de l’espèce, se protéger de la menace psychique, et décision est prise d’isoler les mutants à Vénustown dans un lointain exil forcé qui exacerbe un désir de vengeance. A ce moment, la fantaisie science-fictive amène un tournant décisif dans le récit et introduit le neutraton, un minerai bleu de Vénus qui inhibe la fission nucléaire, et un commando de mutants réussit à travestir sa couleur de peau afin de s’infiltrer sur Terre malgré le blocus et neutraliser la production d’énergie atomique à l’échelle de la planète, plongeant la civilisation terrienne dans une régression technique. L’astuce de cette histoire réside dans le renversement moral de l’intention, dans la démarche punitive qui se transforme en bénédiction pour entrevoir sans pouvoir y échapper une révolution imposée en direction des énergies propres. Ce mélange de fantastique et de science fiction fait un ample détour narratif pour aboutir à un message écologiste subtil dicté par l’après-guerre et trouvant dans la littérature spéculative une illustration grandiloquente des futurs dangers du nucléaire militaire et civil, source de péril biologique pour l’espèce, de division et d’inégalité.
