Les enfants du passé – Luce Basseterre

Djaël Aldrin est un ancien pilote d’arche lors de la migration humaine dans les étoiles, homme presque immortel, il erre dans le cosmos à bord d’un cargo indétectable. De passage sur une planète commerçante, il achète un esclave dans le but de l’éduquer à devenir libre. D’un autre côté, Ifan Aldrin, son fils mi-humain mi-Kr’ttt, deux espèces ennemies pendant la guerre, s’investit dans une enquête sur un trafic de clones esclaves sexuels.
Le centre de l’histoire est cette relation mouvementée et ambiguë entre Djaël le mentor et son protégé Oshi engagé dans un processus entre libération et attachement, une confrontation émotionnelle et physique. Cette intimité s’insère dans une quête d’identité, exprimée par le sort de tous ces esclaves fabriqués ou le poids de l’hybridation, et symbolisée par cette plongée dans le passé des peuples sous la forme d’un polar thriller fantastique à l’allure de space opéra. Ce roman parle d’amour et de tolérance, dénonce la corruption des grandes institutions et les violences faites aux enfants, s’attardant sur la complexité psychologique et s’inscrivant dans la modernité avec les pronoms indéterminés, ce qui est aisément assimilable avec l’habitude et très cohérent. Toutes ces réflexions sont applicables à notre société en mutation concernant l’identité, la famille et le progrès scientifique.

Le chant des Fenjicks – Luce Basseterre

Dans cette préquelle à La débusqueuse de mondes, deux protagonistes vivent des aventures chaotiques et tragicomiques. Smine Furr fait partie d’un monde de chats galactiques en plein dépeuplement pour cause de stérilité et poussés sur la voie de l’hermaphrodisme. Waunak Du, un lézard comme tous les Chalecks, lance un projet pour appâter des Fenjicks, de plus en plus difficiles à attraper, à l’aide de bébés tenus en cyberlaisse qu’il guide de son cybersquale. Ils sont malgré eux en première ligne pour la libération des Fenjicks modifiés.
Au début ce livre peut paraitre ardu dans la mise en place très riche d’une situation géopolitique complexe. Cette science fiction biologique, dans l’esprit de Philip José Farmer, se mue en space opéra à l’action trépidante et s’épanouit dans une bonne humeur réjouissante en variant les points de vue, y compris ceux des cybersquales connectés entre eux. Ce côté joyeux et la multiplicité des espèces font penser à Roland C. Wagner. La modification des Fenjicks leur a apporté l’intelligence et il leur reste à conquérir la liberté, ce qui renvoie à la cause animale, et les autres espèces considérées comme supérieures doivent changer pour leur reconnaitre l’autodétermination. La forme du récit est moderne, pleine de vitalité, d’extra-terrestres improbables et d’un foisonnement de cultures. Ce livre est revendicatif, le sexe est traité d’un point de vue sociopolitique, et contrairement à la parcimonie de La débusqueuse de mondes, l’écriture inclusive est présente du début à la fin ; il faut s’habituer et ce défaut qui n’en est pas un, très cohérent, développe un ton original en phase avec son temps grâce à des métaphores multiples.. La relation à la mémoire personnelle ou collective est centrale, une identité pour des personnages principaux tous attachants dans un récit rythmé qui se concentre de plus en plus sur l’action et le charisme des squales, après une partie géopolitique un peu statique mais nécessaire, ce qui prouve la profondeur et le sérieux du propos dans toutes ces destinées qui s’entremêlent. La particularité grammaticale ne doit pas éclipser la richesse et l’énergie de ce roman.

La débusqueuse de mondes – Luce Basseterre

C’est d’abord l’histoire d’une rencontre entre D’Guéba, grenouille experte en terraformation qui prospecte à bord de Koba, un vaisseau vivant, et Otton, esclave humain libéré depuis qu’il est le seul survivant d’un crash. Il est futé et décide de rester un peu avec ceux qui l’ont découvert en perdition en étant obséquieux et volontaire. Des évènements qui sortent de l’ordinaire finissent toujours par arriver, pendant que D’Guéba s’occupe d’un contrat avec des espèces en pleine guerre. Luce Basseterre enchaine, dans une bonne humeur constante, les bonnes idées comme l’exomodelage de planètes pointant la responsabilité des espèces vis à vis de leur environnement, le cybersquale dans la tradition des animaux véhicules, la narration qui alterne les points de vue des personnages, cette vraie impression de space opéra grâce à des voyages très rapides et une aventure bioethnologique.
Cette science fiction basée sur le divertissement, quoique plus bavarde dans la seconde partie, fait penser à Roland C. Wagner et Edmond Hamilton. Mais dans sa modernité, et forcément une revendication, Luce Basseterre use de l’inclusif dans le texte sans en abuser mais c’est aussi désagréable que les fautes de français dans Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes, pas rédhibitoire. Reste un message politique et sociologique de paix et de tolérance, une charge contre le mercantilisme et tout ça finalement à l’échelle du cosmos, cristallisés par l’existence des Fenjicks.