Galactic paranoïa – Louis Thirion

Une psychologue recueille par hasard Gern Enez Sanders qui se déclare perdu, après un voyage dans le temps s’étant mal passé, et poursuivi par des entités extra-terrestres du futur.
La situation science-fictive initiale repose sur le témoignage de Sanders, ses aventures au milieu des batailles en Gaule opposant l’Empire Romain aux peuples du Nord, jusqu’à son dernier saut insuffisant vers l’avenir. Le récit installe en profondeur l’ambiance paranoïaque, alternant les points de vue et ménageant les faux-semblants, conservant le plus longtemps possible un doute sur la véracité des souvenirs et les intentions des protagonistes, misant plus sur la tension que sur l’action. La menace d’un avenir prédestiné fait écho à la résistance de la trame temporelle aux modifications, clin d’œil astucieux à l’uchronie. La paranoïa se propage et les enjeux prennent des proportions à l’échelle des espèces dans une guerre temporelle qui unifie deux peuples fougueux contre une élite vieillissante qui s’accroche au contrôle de l’univers. Au niveau thématique le texte part dans tous les sens et couvre tous les domaines de la science, physique et chimie, neuropsychologie qui soutient le côté thriller, jusqu’à la télépathie, la télékinésie et la présence de robots. Mais l’histoire est solide, bien construite, le personnage féminin est central, la narration est subtile, décrivant la situation générale de manière indirecte pour éviter le simplisme et former un roman intelligent.

Lorsque R’Saanz parut – Louis Thirion

R’Saanz, cyborg extra-terrestre, s’échappe d’un pénitencier galactique et vole un prototype de vaisseau antigravitationnel. Sur Terre, Nelson Swimer est un scientifique qui constate les conséquences catastrophiques de l’influence magnétique d’un sombre objet céleste.
La pure science fiction à la base du roman cède la place à un récit de catastrophe environnementale terrestre dans une double narration qui conjugue l’anticipation scientifique et l’aventure survivaliste individuelle. L’utilisation de pouvoirs psychiques et les prémices d’une histoire d’amour se greffent à la trame, le message humaniste et écologiste prévaut par la description d’une évolution de l’espèce humaine et du bouleversement biblique de la biosphère, de tout le système solaire. Foisonnante de bonnes idées comme les épisodes d’ubiquité, la présence luciférienne de la malignité universelle spontanée et toute cette influence indirecte magnétique et mentale, l’histoire reste focalisée sur le divertissement sensationnel autour de petits accès de profondeur thématique.

Le Temps des rats – Louis Thirion

Sur Terre, Gort Mac Pherson est le quatrième sosie du Président fédéral vivant dans la ville protégée, une enclave encerclée par la ville sauvage qui recouvre le reste de la planète. Gort décide de s’enfoncer dans les territoires dévastés et peuplés de barbares afin de se renseigner sur le passé des hommes d’avant la Grande Destruction et assouvir sa soif de l’inconnu.
Cette science fiction post-apocalyptique revêt d’abord la forme d’une fantasy de voyage et d’aventure, de quête d’identité et de sens au contact d’êtres modifiés ou exotiques, humains mutants aux pouvoirs psychiques, extra-terrestres pleins de sagesse, rats évolués qui parlent et ont des mains après un voyage dans l’espace, développant un humour qui souligne l’absurdité de la position du anti-héros. Louis Thirion s’est adapté au format de cette collection en densifiant son récit par une introduction immersive qui habite directement l’environnement social et technologique, par un développement fait de courtes étapes destinées à présenter les forces en présence et finalement par une conclusion qui noie les enjeux individuels dans une situation d’une importance à l’échelle de l’univers. Le thème du voyage dans le temps vient recentrer le roman dans sa nature de parenthèse haletante, point de jonction d’un processus aux répercutions universelles. La construction du récit est maitrisée dans sa structure, encadrant des idées foisonnantes pour incarner et suggérer un contexte de société ou de civilisation. Le message exprimé est positif dans une ouverture et une tolérance, l’utilité de la coopération et l’intérêt de l’évolution biologique pour l’avenir de l’espèce loin des guerres fratricides et de la pollution.

Que l’éternité soit avec vous ! – Louis Thirion

Gern Enez Sanders est un agent spécial temporel envoyé du XXIXe siècle au XIXe à Londres pour retrouver Sir Archibald Percy Newton subitement disparu.
La base de science fiction et de voyages dans le temps, dans un contexte de guérilla temporelle et d’une civilisation humaine troublée par des luttes de pouvoir après un contact avec des extra-terrestres, se focalise dans une vraie enquête policière entérinée par la présence du Docteur Watson auprès de Sanders dans une démarche uchronique steampunk. Avec la condition de naufragé du temps du personnage principal l’humour désabusé est une constante et apporte une agréable légèreté malgré les enjeux sérieux, entre raisonnements logiques et décalage des époques. La construction du récit évite le simplisme, cette aventure rocambolesque avec des situations surréalistes est englobée par un contexte politique complexe, par l’utilisation de miroirs comme portes temporelles altérant l’identité et la mémoire.