
L’autoroute sauvage
Nous suivons l’errance d’un jeune homme dans une France post-apocalyptique, suivant ses rencontres amicales ou démesurément mortelles. Il faut s’adapter aux conditions changeantes et adopter une difficile maitrise des émotions. C’est un roman de survie, avec un petit côté manuel pas désagréable, une autopsie de la débrouille, une immersion dans le danger et la force fragile. Le trio de personnages est bien dans sa réalité, tiraillé par l’instinct de conserve et les sentiments. On sent que les mutations génétiques vont avoir de l’importance.
Je rapproche Alain Damasio de Julia Verlanger dans cette façon d’écrire intensément et à voix haute ; la réflexion se déplie devant nous et l’action s’écoule, urgente.
La mort en billes
Cette fois, les deux garçons repartent en vadrouille, munis de ce qui ressemble à un vaccin contre la peste bleue, dans la France incertaine infestée par les amas de billes clapotants et digérant paresseusement la chair. Ils sont de moins en moins seuls, passant de chance en malchance, d’une rencontre problématique à une autre, avec toujours ce sens pour démasquer le sadique et vainement éviter de s’attendrir devant l’innocence illusoire. Et il faut trouver un moyen de se débarrasser des billes goulues, prédateur aussi mou qu’un zombie de première génération. Le rythme ne faiblit pas du tout.
L’ile brûlée
La mission suivante consiste à s’infiltrer en Afrique du nord pour repérer un groupe armé apparemment puissant. C’est au contact de cette junte que le premier vrai élément de science fiction est amené (faisant penser à Philip K. Dick) d’une façon tellement judicieuse à ce moment de voir les pensées du héros déborder dans le récit alors qu’il ne leur partageait qu’avec nous. Si ta mère était pesteuse au moment de te donner naissance, ou si tu es né dans la zone irradiée, tu pourras lire dans la tête des autres. Et justement le petit baroud dans l’environnement modifié par les mutagènes apporte une touche de science fiction d’aventure exploration, avec une faune et une flore qui semblent venues d’une autre planète.
Les trois livres se lisent avec entrain grâce à cette familiarité prenante, cette proximité motivante et enivrante. Avec une inventivité débraillée, tout cela donne une aventure exceptionnelle, exemplaire d’une science fiction d’action aventure espionnage.
Les nouvelles complètent cet univers plein de poésie enfantine et de peur profonde, de candeur en sursis, avec toujours les questions sur la mutation, sur la responsabilité dans le don d’un monde aux générations suivantes. Et cette haine de la privation de liberté toujours présente, mais aussi cette trouille de l’abandon, ce besoin de s’investir impossible à réprimer, juste l’adaptation.