Le ressuscité de l’Atlantide – Jean-Louis Trudel

Le docteur Vogler sort le corps de Jon Ricard de sa prison cryogénique après lui avoir implanté la personnalité fictive d’un Atlante, Matos Por Lingon qui réussit à s’enfuir en compagnie de l’infirmière Thomasina Hearne.
Le fond du roman est psychologique, incarné dans la schizophrénie qui voit les identités de l’ancien militaire américain et du médecin atlante cohabiter sous la pression du flic Nicklaus Berberini et de Cernícalo à la tête d’un trafic d’individus décongelés. Tributaire de la grande tradition des aventures par épisodes, le récit haletant a pour seule ambition le divertissement, par une action rythmée qui ne laisse que peu de place aux considérations scientifiques, enchainant les rebondissements dans une société post-apocalyptique sclérosée. Ce thriller se nourrit des problèmes d’identité, déploie les thèmes de l’esclavage et de la corruption, de la nostalgie et de l’enfermement, de la culpabilité et de l’aspect cyberpunk de la réalité de la conscience par une ontologie intégrant la manipulation et la simulation psychiques, et la dystopie réside dans une science sans éthique. Le texte est plus timide scientifiquement, malgré des apartés rapides sur la cryogénie et la neurobiologie, que Pour des soleils froids mais c’est contrebalancé par à la fois une agitation sombre et la légèreté nécessaire du héros qui doit bien avancer mais voit partout la nature humaine destructrice.

Pour des soleils froids – Jean-Louis Trudel

Chantal Martial est troisième pilote dans un vaisseau expérimental équipé d’un nouveau système de propulsion et elle parvient lors d’un vol d’essai à neutraliser un incident technique qui coute la vie d’une partie de l’équipage et de son compagnon Iain. Cette tragédie la replonge dans son ancienne vie militaire et son identité de lieutenante Astilanne, l’Armée Impériale la nomme dans une Commission chargée de statuer sur l’utilisation de la technologie à base d’anti-hélium qui a provoqué l’accident de propulsion.
Autour d’un point de départ épistémologique du récit sur une avancée technologique qui ancre le roman dans une vraie science fiction se développe un thriller géopolitique aux accents cyberpunk, avec des pressions, de la surveillance et de la manipulation, une crise d’identité pour l’héroïne solide partagée entre l’obéissance inculquée d’Astilanne et le désir de liberté de Chantal. L’histoire repose donc sur le système sociopolitique à l’échelle d’un Empire immense qui perd sa vigueur dans la paix et sur les résultats d’une décentralisation qui permettent un aspect fantasy dans la visite des différentes villes de Nu-England. En moins de deux cents pages Jean-Louis Trudel pose les bases d’un space opera et son roman conserve la forme d’une parenthèse existentielle entourée d’échos de batailles et de morts dans un univers foisonnant qui laisse une impression de densité et de richesse. La dernière partie est consacrée à une action expliquée scientifiquement qui fait écho à la scène d’ouverture, englobant un texte de science fiction exigeante et enrichie de multiples facettes.