Essaims galactiques – Jean-Christophe Chaumette / Sébastien Hue

La situation sur Terre est devenue catastrophique, entre pollution et surpopulation, et l’Humanité colonise la Lune puis Mars. Alors que sur Terre la Grande Guerre Climatique éclate par la convoitise pour les derniers territoires viables et décime une grande partie de la population, l’indépendance de Mars est proclamée par la Fédération Démocratique Martienne. A l’issue de la GGC et dans un souci d’unité, le Gouvernement Mondial Terrien est constitué, secondé par le Conseil des Affaires Spirituelles qui se charge d’imposer la religion de la foi vraie et unique par l’intermédiaire de l’Inquisition Mondiale composée de guerriers fanatiques. Lors de la Guerre de Sécession Martienne une armada terrienne écrase la rébellion et impose son système anthropocentrique. Ensuite, les découvertes combinées du compresseur HTW permettant le voyage dans l’hyper-espace et de la captation de l’énergie noire cosmique permettent d’accélérer l’essaimage des humains qui les mène à Nerthus, planète qui va connaitre un essor fantastique jusqu’à faire de l’ombre à la Terre.
Cette chronique s’étend sur quinze siècles dans une histoire du futur non romancée avec une narration distanciée et un seul personnage identifié (Ashwatthama II le Grand Inquisiteur Planétaire), dans une succession d’articles thématiques non linéaires, dans des entrées encyclopédiques sur le contexte sociopolitique modelé par les guerres de religion et sur les technologies très détaillées. Le côté atlas historique et le souci des détails techniques se rapprochent de la présentation d’une base de jeu de rôle. L’immersion dans cet univers est facilitée par la connivence entre les deux artistes et la complémentarité de leur travail, les textes et les illustrations se répondent dans l’anticipation analytique d’un portrait iconologique et sémiologique du monde, jusqu’à définir les mouvements picturaux adoptés et exprimés par Sébastien Hue. Ce livre est atypique comme son format paysage en 21×28 cm et forme un cadre général qui enflamme bien l’imagination, s’engouffrant dans les détails suggérés même si l’Histoire a toujours tendance à se répéter.

L’arpenteur de mondes – Jean-Christophe Chaumette

L’obtention du prix Masterton est un bon argument pour susciter la curiosité à propos de ce livre, et l’éditeur ne s’en prive pas. Une journaliste boucle son enquête sur les croyances ésotériques et ses sectes farfelues. Le dernier illuminé qu’elle rencontre lui révèle une prophétie l’incluant pour combattre le démon originel, le destructeur de mondes. Une série de massacres et de suicides collectifs ritualisés annoncent l’arrivée de l’apocalypse.
Manifestement écrite pour l’an 2000, l’histoire débute dans un style horreur fantastique assez classique de cette période, avec sa prophétie millénariste et son livre maudit engageant un principe du mal abstrait et grandiloquent en une sorte de mélange entre Lovecraft et Clive Barker. Ensuite le récit se base sur une extension de la destruction par la technologie et l’univers d’une réalité virtuelle satanique faisant penser au film Le cobaye par Brett Leonard. Ce livre a vraiment le goût du début des années 2000 avec les balbutiements d’internet et de la réalité virtuelle, dans un contexte techniquement réaliste, prédisant logiquement son évolution à l’échelle de la planète. Derrière les références bibliques permanentes apparait une entité qui voyage entre les dimensions dans une aventure aux échos cyberpunk et fantasy.