Frère de démons, frère de dieux – Jack Williamson

Davey et Puce s’enfuient de la dernière enclave des préhommes, descendants des Créateurs qui ont engendré les vréhommes et les dieux, ainsi que les muthommes pour assurer leur pouvoir.
Cette histoire placée sous le signe de l’aventure allie la science fiction d’anticipation à une fantasy d’ampleur mythologique reposant sur un socle matérialiste, la technologie à la magie. La cosmogonie est génétique, la quête est ethnologique, véritable plaidoyer contre le despotisme, l’intolérance, l’extrémisme religieux et le négationnisme, avec un côté naïf et inquiétant. La portée mythique repose sur une période de mille ans, un gigantisme de taille et de pouvoirs qui instaure un déséquilibre trompeur parmi les personnages, un polythéisme concret et un créationnisme balayé par l’ingénierie génétique et le relativisme. Ce conte oscille entre un peuple oppressé et les dangereuses expérimentations scientifiques qui forment l’avenir dystopique d’une humanité perdant le contrôle de son destin, vision questionnant d’une façon brutale la notion de progrès, le divin est bien une invention de l’homme apparu avec la découverte technique de l’immortalité, les dieux arrogants sont dépassés par l’ultihomme qui ne peut utiliser ses pouvoirs qu’en réponse à une agression, garantie éthique de ne jamais dériver dans la malveillance, réponse ultime de l’évolution dans une sorte de métaphore christique.

Millions de soleils – Jack Williamson

Dans Brillante étoile, un petit météore se loge dans le cerveau de Mr Peabody alors qu’il fuit la pression dans son foyer. Il est désormais capable de dupliquer des objets à volonté. Au milieu de personnages d’une grande banalité le fantastique surgit pour provoquer la paranoïa, l’incrédulité, la méfiance et refléter une réalité sociale de responsabilité familiale et de désir de richesses.
Dans L’épreuve du pouvoir, son fils raconte l’histoire de Garth Hammond, la trajectoire hors du commun d’un charlatan parti de rien pour devenir le dictateur économique du système solaire. Cette nouvelle est emblématique des années 30 par son aventure grandiloquente et la présence des canaux martiens, mais surtout par l’appétence pour la science et l’ampleur de l’anticipation, un divertissement mené par la prospective et l’esprit de pionnier.
Dans L’égalisateur, un équipage de retour d’expédition découvre la Terre totalement désertée. Le contexte politique totalitaire de cette civilisation disparue et l’ombre de l’utilisation militaire de l’énergie atomique enrobent ces aventures stressées d’une sorte d’hystérie. Le lien entre politique et technologie aboutit à un éloge de la simplicité dans une sorte d’utopie non violente en phase avec la nature, incompatible sous peine de mort instantanée avec une vision globalisée et militariste, la soif de pouvoir et la hiérarchie. Dans ce texte à réaction comme alchimique, une révolution sans violence se base sur l’évidence d’un paradigme oblitérant l’accessoire et le superflu, concrétisant la liberté et l’égalité dans la fraternité.
Dans Les bras croisés, Underhill est un vendeur d’androïdes en difficulté sur le marché des mécaniques électroniques et voit débarquer d’une autre planète des humanoïdes qui surpassent toutes les offres existantes. Cette nouvelle à l’origine de la première partie du roman Les humanoïdes pose les bases d’une dystopie issue de bonnes intentions, de l’avènement d’une machine parfaite hors de contrôle des humains, d’une dictature du bonheur imposée suivant la Prime Directive poussant les hommes à la paresse. L’intelligence artificielle et ses directives étouffent à coup de logique la liberté en provoquant l’assentiment forcé d’une mise sous tutelle humiliante. La paranoïa et l’inéluctable forgent l’ambiance de défiance envers les machines devenues autonomes, en boucle sur des routines triomphantes d’un syndrome de Dieu synthétique, dans une confrontation anxiogène entre l’esprit humain et l’intelligence artificielle centralisée.
Dans L’œil vert, un jeune garçon élevé dans un monastère bouddhiste est envoyé chez sa tante au Kansas. D’une inspiration autobiographique, cette nouvelle est d’une brutalité inouïe, utilisant un fantastique moral et libérateur face à l’étroitesse d’esprit, le racisme haineux, la torture psychologique et le fanatisme religieux.
Dans Le nez du colporteur, un vendeur alcoolique de jouets pour enfants se pose sur Terre malgré l’interdiction de contact avec cette planète primitive. Avec humour et un certain sens du ridicule, la prétendue supériorité d’un peuple extra-terrestre reste vulnérable à un simple mal exotique pour lui, expliquant le sens premier d’une quarantaine.
Dans Guinevère pour tous, Pip Chimberley est un ingénieur cybernéticien envoyé pour la maintenance de Athena Sue, une intelligence artificielle qui a lancé sur le marché des clones simulacres d’une femme irrésistible, provoquant un soulèvement des hommes contre les machines. Dans cette nouvelle à chute l’esprit humain retors, égocentrique et cynique cause une situation de cruelle vacuité, vexé par le pouvoir de création et le savoir de l’ordinateur. La vision d’un outil informatique neutre dévoyé par l’ambition d’un homme est encore d’actualité.
Dans Le grand plongeon, Max Mayfield est un astronaute envoyé sur Atlas, une planète déraisonnablement immense, pour percer son secret. Illustration de l’esprit scientifique, ce texte use de l’image poétique du recul et du plongeon dans la compréhension de l’inconnu, le désir humain de connaissance inductiviste pour le bien de l’espèce.
Dans Jamboree, Joey fait partie d’une pouponnière gérée par les robots, produisant des enfants par l’ingénierie génétique, séparant les deux sexes et ne leur permettant pas de devenir adultes. Cette dystopie post-apocalyptique met en scène la rébellion désespérée contre le joug des machines planificatrices infantilisant une espèce imparfaite terrifiée.

Le pont sur les étoiles – Jack Williamson – James E. Gunn

Alan Horn est engagé pour assassiner le dirigent de l’Empire, hégémonie humaine basée sur la technologie et le commerce, un système de tunnels permettant de voyager d’une étoile à une autre en quelques heures. Après sa mission accomplie, le tueur à gage doit survivre, être discret et comprendre les raisons de ce contrat.
Le roman commence dans une science fiction d’action western avec Horn le mercenaire peu préparé et un vieux chinois accompagné d’un perroquet métamorphe friand de pierres précieuses et presque immortel. Le récit s’épanouit ensuite dans l’espionnage et l’infiltration, ajoutant une dimension socio-politique et une description appliquée de cet Empire fragilisé, des rebondissements avec de l’humour, faisant penser à un mélange entre La saga des étoiles d’Edmond Hamilton et La Lune seule le sait de Johan Heliot. L’histoire, centrée sur le personnage principal, est divertissante avant tout, résignée et pleine d’espoir, un space opéra aux digressions philosophiques et scientifiques, de guérilla dans un environnement cohérent qui illustre ce qu’un homme peut réaliser à l’échelle de l’humanité.